Soutien aux institutions culturelles fédérales de Bruxelles

Soutien aux institutions culturelles fédérales de Bruxelles

J’ai interpellé la Ministre de la Culture sur le budget supplémentaire dégagé par le fédéral pour soutenir les institutions culturelles fédérales de Bruxelles.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, depuis les tragiques évènements du 22 mars, le désastre socioéconomique et culturel est bien là. Bruxelles, mais aussi d’autres grandes villes, souffrent de la désertion du public et les impacts sur les acteurs culturels sont catastrophiques. Une réaction forte s’impose dès lors, d’autant plus que, pour ce qui nous concerne, la culture est un vecteur de vivre et de faire ensemble. Je rejoins donc les propos de M. Doulkeridis sur cette fantastique compétence, la Culture, que nous détenons, pour améliorer notre société. Dans ce cadre, le gouvernement fédéral a annoncé l’adoption d’une dizaine de mesures pour soutenir l’activité économique et culturelle après les attentats, à l’issue d’une réunion d’un groupe de travail associant les milieux économiques et culturels. Un budget de 880 000 euros a ainsi été dégagé pour les institutions culturelles fédérales de Bruxelles.

Le gouvernement fédéral a décidé d’augmenter les moyens de Bozar, de la Monnaie et de l’Orchestre national, et les autorise également à afficher un déficit budgétaire exceptionnel. En outre, une compensation des frais de sécurisation est également prévue. Mais j’ai plus de doutes sur cette mesure. Comme M. Doulkeridis l’a dit, il faut sans doute compenser ce qui a été fait, mais faire des institutions culturelles des forteresses me semble antagoniste par rapport à ce que représente la culture. Par ailleurs, le ministre fédéral chargé des institutions culturelles aurait lancé un appel aux Communautés pour mettre en œuvre «une exception culturelle». Je suis ravie de ce genre de déclaration, car après avoir désinvesti, y aurait-il donc une prise de conscience du niveau fédéral de l’importance de la culture à Bruxelles?

Face au lockdown qui a suivi les tragiques attentats de Paris du 13 novembre 2015, le secteur culturel avait déjà lancé un appel à davantage de soutien, subissant de plein fouet les conséquences de la fermeture des institutions culturelles. Cela va de soi que dans le contexte difficile que nous vivons, nous nous devons de soutenir le travail effectué par nos institutions culturelles, les opérateurs et les artistes. Nous devons assurer la visibilité nécessaire à la promotion de ces derniers ainsi que mettre en place les mécanismes indispensables à la médiation et la collaboration. Une étude de l’impact du lockdown et des attentats de Bruxelles sur les institutions culturelles soutenues par la Fédération Wallonie-Bruxelles sera-t-elle réalisée?

Confirmez-vous les déclarations de M. Reynders concernant l’appel aux Communautés pour «une exception culturelle»? Je ne sais pas très bien ce qu’il vise. Une concertation a-t-elle été planifiée à ce sujet avec le gouvernement fédéral ou est-ce juste un effet d’annonce? Ce point est-il à l’ordre du jour du Comité de concertation? Une réunion avec vos homologues bruxellois, flamands et fédéraux est-elle prévue sur la situation des institutions et opérateurs culturels bruxellois afin de dégager des pistes de soutien? Dans l’affirmative, quelles sont les priorités que vous défendrez en tant ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles?

(…)

Mme Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance. – Je tiens d’emblée à rassurer M. Doulkeridis: si je change de métier, mes convictions, elles, ne changent pas. Vous avez bien mis en évidence l’importance de l’éducation permanente dans ce qu’elle peut apporter d’émancipation individuelle, mais aussi collective, à un certain nombre de publics, en privilégiant la participation active de ceux-ci. Les valeurs citoyennes, le vivre ensemble et le développement de l’esprit critique qu’elle permet resteront au cœur de mes préoccupations et de mes actions. L’éducation permanente a, par ailleurs, un impact sur l’ensemble de la société et je suis assez d’accord pour dire qu’elle participe, au moins autant que le sentiment de sécurité, à une réelle sécurité.

Je ne peux qu’approuver l’entièreté des trois interpellations en ce qui concerne sa place dans le renforcement du dialogue interculturel, de la citoyenneté et de la lutte contre le racisme en Wallonie et à Bruxelles. Je m’en voudrais de passer sous silence les autres acteurs culturels qui sont parfois porteurs de ces valeurs: les arts de la scène, les centres culturels, les Centres d’expression et de créativité (CEC), les arts plastiques, le secteur du patrimoine, bref l’entièreté du monde culturel et de l’éducation permanente sont, aux côtés de l’enseignement, des vecteurs de savoir vivre ensemble.

Je ne dispose pas encore d’un cadastre complet, secteur par secteur, des effets sur les institutions culturelles des niveaux 3 et 4 consécutifs aux attentats de Paris et de Bruxelles. J’ai toutefois souhaité objectiver ces données en demandant à l’administration générale de la Culture de bien vouloir me fournir des éléments d’ordre statistique. La Direction du service du patrimoine culturel attendait, pour le 30 avril, des réponses en ce qui concerne les musées, éléments que je n’ai pas encore reçus. Les données sont en cours de traitement. J’insiste néanmoins sur un point: la nécessité de mener une action coordonnée de tous les niveaux de pouvoir. J’y reviendrai, car il importe d’assurer non seulement la défense de l’image, mais aussi la réalité du rôle culturel de Bruxelles.

Quelles sont les mesures mises en place pour soutenir les secteurs qui ont souffert des attentats? Dans ce contexte, nous rejoignons les principes portés par le gouvernement bruxellois, qui s’est réuni le 28 avril pour traiter de la sécurité de Bruxelles, de son image et du soutien à son économie, frappée par le terrorisme. Il a pris un certain nombre de décisions salutaires dont nous voulons, dans nos contacts avec les opérateurs culturels, faciliter une mise en œuvre efficace et rapide. Parmi ces dispositions, je citerai particulièrement les aides à la sécurisation de l’ensemble des salles de spectacle et des lieux de culture régionaux, des moyens budgétaires dégagés pour des campagnes, sur les réseaux sociaux, vantant la richesse de l’offre culturelle et événementielle à Bruxelles, le développement par l’agence Impulse.Brussels, anciennement Agence bruxelloise pour l’entreprise, d’un accompagnement spécifique des salles de spectacles et des lieux de culture affectés par le contexte du lockdown.

J’en viens aux déclarations de M. Reynders sur une exception culturelle. Je vous le dis d’emblée, vous ne me verrez pas souvent critiquer par principe les autres entités. J’ai en effet à cœur de favoriser un fédéralisme de coopération plutôt que d’opposition, laquelle doit être l’apanage des Parlements. Toutefois, l’absence totale de concertation du ministre fédéral avec les représentants des entités fédérées est regrettable, d’autant plus que son annonce succède à une réduction de 15 à 30 % des moyens. Annoncer que l’on ajoute 800 000 euros après avoir retiré plus de deux millions me fait légèrement sourire.

Mais comme je l’ai dit, je suis pour un fédéralisme de coopération et non d’affrontement. Je me réjouis de voir les effets du dernier conclave budgétaire fédéral, car le ministre a créé, là aussi, des exceptions pour les seules institutions fédérales en termes de réduction de cotisations sociales et/ou d’immunisation dans les modifications relatives aux emplois Maribel social. Je suis curieuse de voir si l’égalité de traitement sera aussi à l’ordre du jour, car ce n’est pas sans importance pour les dossiers qui nous concernent. Il en va de même pour le tax shelter. Nous n’avons pas été sollicités formellement pour réfléchir conjointement à la situation des opérateurs culturels bruxellois. Mais ce midi, j’ai dîné avec mon homologue, Sven Gatz, et nous avons décidé de réfléchir ensemble, notamment à propos du futur dialogue avec le gouvernement fédéral. En conclusion, nous devons avoir une action coordonnée de tous les niveaux de pouvoir, en dépassant le seul secteur culturel, afin de défendre l’image et le rôle de Bruxelles.

(…)

Isabelle Emmery  – J’entends que des statistiques ont été demandées à l’administration. Comme mon collègue, je pense que nous referons un mini-débat pour discuter de la manière dont nous pouvons soutenir au mieux le secteur et promouvoir son image. Il se passe énormément de choses à Bruxelles et en Wallonie, sous la coupole de la Fédération. Valoriser tout cela est d’une importance capitale, tant pour notre public francophone que pour notre public international. On prend acte de la manière dont le gouvernement fédéral a fonctionné. J’avais déjà pu le constater au niveau régional quant aux compétences bruxelloises. Il ne faut pas renoncer à en parler ici et à signaler les aspects négatifs. Il faut évidemment prendre langue et dire que nous désirons avoir une vue d’ensemble des solutions.

Dès votre entrée en fonction, vous avez pris rendez-vous avec Sven Gatz. Il importe de ne pas oublier qu’il y a aussi une compétence culturelle au niveau bruxellois, à travers la Commission communautaire française, dont les budgets ne sont certes pas exorbitants, mais qui, comme vous, prête beaucoup d’attention au public. Je pense notamment aux initiatives qui font sortir les publics des CPAS et leur donnent les outils nécessaires pour être acteurs de la vie culturelle, notamment grâce à une formation théâtrale.

J’en resterai là aujourd’hui. Nous reparlerons certainement de tout cela très prochainement.

Alda Greoli – Pour les musées, cela devrait arriver parce qu’ils établissent un rapport trimestriel et, pour les autres secteurs, j’espère disposer de toutes les données à la mi-juin.

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