Portail bibliothèque numérique

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J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur le développement d’un portail bibliothèque numérique francophone au service du rayonnement des cultures francophones et de la langue française

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Les vingt-six plus grandes institutions documentaires du monde francophone ont récemment rendu publique une Déclaration sur le patrimoine culturel menacé.

Les signataires de ce texte sont des bibliothèques et archives réunies au sein du Réseau francophone numérique (RFN). Elles étaient réunies le 27 avril 2016 à Paris au siège de l’Organisation internationale de la francophonie. Elles y tenaient la Xe Assemblée générale du RFN. Les signataires ont pris cette initiative à la suite des attentats qui ont frappé des institutions culturelles et leurs publics dans plusieurs de leurs pays: Belgique, Côte d’Ivoire, France, Maroc, Mali et Tunisie. La Déclaration rappelle la nécessité de préserver, valoriser et diffuser sous toutes ses formes le patrimoine culturel. Elle souligne la dimension universelle du patrimoine culturel sous sa double forme matérielle et immatérielle. La Déclaration réaffirme la détermination des membres du Réseau à unir leurs efforts pour renforcer les conditions de conservation, de signalement, de diffusion et de valorisation des patrimoines dont ils ont la responsabilité collective au bénéfice des générations présentes et futures.

Déjà engagées dans des programmes de numérisation patrimoniale ou soucieuses de développer des projets dans ce domaine, elles fédèrent leurs efforts pour construire et développer un portail de bibliothèque numérique francophone au service du rayonnement des cultures francophones et de la langue française. L’OIF, chargée de la coopération multilatérale francophone, apporte son soutien au RFN.

En effet, pour accomplir leurs missions fondamentales en matière de démocratisation du savoir et de la culture, les institutions documentaires n’ont désormais plus le choix que de se poser en acteurs fortement engagés dans l’univers numérique. L’existence du patrimoine culturel est avant tout fonction de sa visibilité et de sa lisibilité sur le web. Accès aux documents numérisés, nouvelles formes de création artistique et littéraire virtuelles, interactivité croissante avec les usagers, logique des réseaux et données ouvertes: la remise en question des pratiques s’accélère, les dogmes corporatistes vacillent, le changement s’impose à une vitesse vertigineuse.

Ces avancées majeures ne peuvent toutefois masquer une réalité inquiétante: dans ce tourbillon, le facteur économique joue un rôle croissant et la fracture numérique est loin de céder du terrain.

Or rien ne serait plus dommageable pour le patrimoine documentaire international que d’apparaître sur la toile comme un simple reflet des forces du marché. Une réflexion autour de ce risque s’était imposée depuis le début des années 2000, avec pour conséquence heureuse la création du Réseau francophone numérique.

Madame la Ministre, la Fédération WallonieBruxelles est-elle associée aux travaux menés par le RFN? Avez-vous été consultée dans le cadre de la Déclaration sur le patrimoine récemment signée et publiée?

La Fédération soutient-elle le développement d’une bibliothèque numérique francophone au service du rayonnement des cultures francophones et de la langue française? Si oui, de quelles manières? Quelles sont les collaborations concrètes?

Des réflexions au sujet de la conservation du patrimoine culturel sous forme numérique ont lieu au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles depuis plusieurs années. Disposons-nous déjà d’outils qui permettent d’évaluer ces différents projets et quels sont les prochains chantiers que mènera la Fédération pour relever ces défis?

Alda Greoli – Aucune institution culturelle relevant de la Fédération n’est membre du Réseau francophone numérique. Ce réseau a été créé début 2006 à l’initiative de la Bibliothèque nationale de France. Celle-ci n’avait contacté que les membres francophones de la Conférence européenne des bibliothèques nationales. Cela explique que, pour la Belgique, seule la Bibliothèque royale, qui dépend du pouvoir fédéral, ait été associée au projet.

Le Service général du patrimoine a pour objet essentiel la numérisation des patrimoines culturels et les opérateurs patrimoniaux soutenus par la Fédération doivent dès lors tous consacrer une partie de leur soutien public à la conservation sous forme numérique, que ce soit dans le domaine muséal ou dans celui des archives.

Je peux vous signaler à titre d’exemple que les collections gérées directement par le ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles sont numérisées pour les œuvres majeures et en voie de numérisation pour l’ensemble des artéfacts. Ainsi, le Musée royal de Mariemont a numérisé plus de 25 000 numéros d’inventaire pour une collection qui en compte plus de 120 000. Il reste donc encore du travail. En outre, la collection d’œuvres de la Fédération – qui compte plus de 60 000 numéros d’inventaire – est numérisée pour plus de 30 %. Ce travail de numérisation, qui monopolise une partie importante des ressources humaines et financières, est mené quotidiennement. Il fait vraiment partie des tâches journalières des institutions.

Disposons-nous d’outils permettant d’évaluer les différents projets? Le Service général du patrimoine compte, dans ses quatre composantes, une cellule spécifiquement dédiée à la question de la numérisation du patrimoine culturel. Le plan de préservation et d’exploitation des patrimoines (Pep’s) assure une triple mission: celle de conseil et d’expertise auprès des opérateurs soutenus, celle d’initiateur de numérisation et celle de diffuseur des documents numériques.

Dans sa première fonction, le Pep’s préconise les normes, les formats pérennes, l’articulation avec les instances internationales, la constitution des marchés publics, la gestion des droits, la validation des résultats. Comme initiateur, le Pep’s a géré depuis 2008 un montant global d’1,8 million d’euros qui a permis aux opérateurs reconnus de numériser 500 000 pages, 65 000 photos, 1 400 œuvres en deux dimensions, 250 heures d’images animées, 1 000 heures de sons, 20 000 objets et documents divers. À ces résultats, il convient d’ajouter l’ambitieux plan de numérisation de la Cinémathèque de la Fédération qui, dans un avenir proche, aura numérisé ses 8 000 entrées.

Enfin, comme diffuseur, le Pep’s alimente le site www.numeriques.be, accessible depuis 2013, qui contient l’ensemble des documents numérisés par ce service ainsi qu’une sélection des numérisations de Mariemont et des collections de la Fédération.

Isabelle Emmery – Les détails fournis par la ministre feront l’objet de ma part d’une lecture plus approfondie pour mes propres archives. En tout cas, il est un peu dommage que les composantes de l’État fédéral soient ignorées par le Réseau. Il faudra sans doute poser des questions dans d’autres cénacles.

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