#Metoo dans le secteur culturel

#Metoo dans le secteur culturel

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur les mesures durables prises pour promouvoir des comportements respectueux dans les secteurs culturels relevant des compétences de la ministre, et en particulier dans le cinéma.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – À la suite de «l’affaire Weinstein» et du lancement des hashtags «balancetonporc» et «Metoo» sur les réseaux sociaux, le débat relatif au harcèlement dont les femmes sont victimes dans la sphère publique, dans leurs relations de travail et dans l’univers du cinéma notamment, a aussi été ouvert chez nous et au niveau européen. En soi, aborder une question souvent restée tabou est positif.

Au-delà de l’indignation légitime provoquée par l’ampleur du phénomène et du fait qu’au final chacun doit se sentir concerné par cette problématique, le sens de mon propos est de voir comment venir en aide aux personnes concernées et comment valoriser des comportements positifs et respectueux dans une sphère professionnelle où interagissent des personnes dont une part de la fragilité peut évidemment provenir de leur très grande exposition.

Ce qui choque, c’est bien entendu l’abus du rapport de forces, mais aussi l’incapacité d’un nombre certain de victimes à déposer plainte et à faire respecter leurs droits. Briser l’omerta, mettre fin à l’impunité de fait, parler et témoigner pour, à l’avenir, protéger d’autres potentielles victimes… Tel est aussi le sens de la démarche.

Madame la Ministre, quelles démarches avez-vous soutenues ou entreprises dans les secteurs dont vous avez la charge – en particulier le cinéma – pour favoriser des pratiques positives et respectueuses des femmes et des hommes qui y évoluent?

Évidemment, si bien d’autres éléments – comme l’image des femmes dans la société en général et la lutte contre le sexisme ordinaire – dépassent les échanges ciblés sur cette question, il me paraissait néanmoins utile d’aborder ce sujet et d’envisager des pistes positives et durables.

Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance – Madame la Députée, j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur les graves réalités dévoilées par les actes de sexisme et de violence qui ont été mis en lumière ces dernières semaines, notamment dans la sphère culturelle. Je suis tout à fait indignée et choquée par ces situations et j’estime qu’il est important que la parole se libère enfin à ce sujet, comme c’est d’ailleurs le cas pour n’importe quel type de manipulation et de violence.

Dans le cas présent, je mène une action complémentaire portant sur les différents secteurs dont j’ai la charge. Il s’agit d’une occasion unique de mener des politiques transversales et cohérentes dans le domaine du cinéma et de la culture, de l’éducation permanente et de l’égalité des chances et des droits des femmes, et ce, pour la Région wallonne. Je suis certaine que ma collègue Isabelle Simonis est sur la même longueur d’onde au niveau de la Communauté française. À court terme, je mets en place et élabore des dispositifs visant à prévenir et à accompagner les femmes victimes de violences. Je suis toutefois convaincue que l’action à long terme de déconstruction des stéréotypes, de déculpabilisation des victimes et de sensibilisation du grand public réalisée chaque jour par les associations en éducation permanente contribue activement à transformer les cultures et les pratiques sexistes. Enfin, dans le champ du cinéma en particulier, le Centre du cinéma et de l’audiovisuel (CCA) a entrepris d’évaluer la place occupée par les femmes (réalisatrices, productrices et scénaristes) dans le cadre des dossiers de demande de soutien qu’il reçoit. Les statistiques qui en résulteront devraient me permettre de définir une stratégie destinée à accroître le nombre de demandes déposées par les femmes et, par extension, le nombre de dossiers de femmes bénéficiant d’un soutien.

À terme, cette mesure devrait influer positivement sur l’image des femmes qui est véhiculée par les médias en général, ainsi – compte tenu des rapports de force qui s’y exercent – que par le secteur du cinéma. C’est, du moins, ce que j’espère. J’aimerais également évoquer le «Boost Camp», cette initiative de Diana Elbaum soutenue notamment par la Communauté française et visant à accompagner le développement de quatre films de femmes. Le but est d’accélérer le processus créatif, d’augmenter les chances que leur film soit produit, mais également de renforcer le réseau de ces réalisatrices et, bien évidemment, à terme, d’améliorer la représentativité des femmes dans le secteur.

Isabelle Emmery – Je vous remercie d’avoir dressé le tableau des initiatives en cours dans ces domaines que traversent vos différentes compétences. J’ai également pris connaissance de l’initiative «Boost Camp» dans le cadre de laquelle des prix seront d’ailleurs remis très prochainement. J’espère toutefois qu’à l’avenir, lorsque «tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes», ce type de projet cessera d’être une nécessité.

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