L’emploi et les jeunes

L’emploi et les jeunes

Plus de 5,6 millions de jeunes chômeurs au sein de l’Union européenne : telle est la situation aujourd’hui ! J’ai interrogé notre premier Ministre en séance plénière afin de savoir quelles  mesures ont été mises en place par l’Union européenne à travers son dispositif de « garantie pour la jeunesse » et comment, concrètement, notre pays sera impacté par ces mesures.

J’ai interrogé notre Premier Ministre en séance plénière à ce sujet:

Isabelle Emmery : Monsieur le président, monsieur le  premier ministre, monsieur le ministre, depuis le début de la crise  financière, nous n’entendons plus que les mots sévérité budgétaire et  austérité. Mais derrière ces mots se cachent des situations  dramatiques, se cachent des vies humaines, une réalité souvent  ignorée par les conservateurs européens.

Ce mardi, monsieur le premier ministre, vous étiez à Paris pour  participer à la 2è Conférence sur l’emploi des jeunes au sein de  l’Union européenne. Le chômage des jeunes est bel et bien l’une des  situations les plus dramatiques que nous connaissons. 5,6 millions de  jeunes chômeurs au sein de l’Union européenne, c’est intolérable.  Notre pays a certes pris des mesures pour lutter contre cette injustice  mais notre pays, seul, est démuni face à un phénomène d’une telle  ampleur.

Dans votre intervention, vous avez exprimé votre indignation face à ce  phénomène dramatique. Vous avez dénoncé le dumping social, le  dumping fiscal qui créent des concurrences déloyales au sein de  l’Europe. Cette indignation semble avoir été entendue et n’est pas  restée lettre morte. L’Europe commence à prendre conscience de la  réalité vécue par les jeunes. Elle semble bouger pour éviter le  désespoir de cette population, de cette génération. Il est bien temps!

L’Europe semble abandonner ce discours monomaniaque sur  l’austérité et enfin parler de croissance et de relance.

Monsieur le ministre, je voudrais vous poser deux questions:
Quelles sont les mesures qui seront mises en place par l’Union  européenne à travers son dispositif de garanties pour la jeunesse?
Concrètement, pour notre pays, quelles sont les conséquences  positives que nous sommes en droit d’attendre de ces mesures  européennes?

Elio Di Rupo , premier ministre: Monsieur le président, chère  collègue, vous savez qu’en Belgique comme dans beaucoup d’autres  pays européens, la situation des jeunes reste très difficile. Je voudrais  rappeler ces chiffres peu connus: 17 % des jeunes de moins de  25 ans sont au chômage en Flandre, 33 % à Bruxelles et 30 % en  Wallonie.

Avec d’autres collègues, je me suis battu au niveau européen et nous  avons obtenu des montants financiers pour ce qu’on appelle  maintenant « la garantie pour la jeunesse » de l’Union européenne. En  réalité, 6 milliards seront débloqués pour les sept prochaines années  par  la  Commission  européenne.  La  Banque  européenne  d’investissement facilitera des prêts à taux avantageux pour les PME  qui engagent des jeunes.

L’objectif de cette garantie pour la jeunesse est de permettre à  chaque jeune, dans les quatre mois qui suivent sa sortie de  l’enseignement ou la perte de son emploi, soit d’accéder à un nouvel  emploi, soit de suivre une formation, soit d’être en apprentissage, soit  de reprendre des études.

Dans le cadre de ce programme, la Belgique pourra utiliser un  montant de 120 millions d’euros, qui sera concentré dans la province  de Hainaut, la province de Liège et la Région de Bruxelles-Capitale. À  ces 120 millions, il faut ajouter 133 millions que j’ai obtenus lors d’un  sommet européen précédent. 66,5 millions iront au Limbourg, suite  notamment à la fermeture de Ford-Genk, et 66,5 millions devront  servir à réduire le chômage causé par la fermeture chez Arcelor- Mittal.

La mise en œuvre de la « garantie pour la jeunesse » sera donc une  intensification des efforts très appréciables que font actuellement le  VDAB, Actiris et le Forem.

Mesdames, messieurs, chers collègues, par ailleurs, il est vrai que j’ai  profité de la réunion exceptionnelle de Paris pour taper du poing sur la  table. J’ai dénoncé les effets pervers de la politique de détachement  de travailleurs au sein de l’Union européenne. Ce qui se passe en  Belgique avec certains travailleurs venus de l’étranger dans les  secteurs de la construction, du transport et du nettoyage notamment,  est totalement inacceptable.

La politique de détachement de l’Union européenne conduit, dans de  nombreux cas, à une concurrence déloyale et à un dumping social.  Vous le savez, en Belgique, on assiste à un ballet incessant de  minibus remplis de travailleurs venus d’ailleurs qui partent et  reviennent et surtout détournent ainsi la législation, pour éviter de  payer les cotisations sociales dans notre pays.

La préoccupation de la Belgique par rapport à ce phénomène est  également partagée par d’autres États membres. Je pense ici,  notamment, à la France et aux Pays-Bas.
Dans sa réponse à mon intervention, le président de la Commission  européenne, José Manuel Barroso, a reconnu que l’Union  européenne devait faire des efforts supplémentaires pour éviter le  dumping social et il a promis de proposer une directive d’application  visant à éviter ce dumping social tout en préservant la libre circulation  des travailleurs.

Enfin, au niveau national, le gouvernement fédéral traitera cette  problématique spécifique avec un plan d’action concret lors d’un  prochain Conseil des ministres. Le problème est sérieux. Nous  entendons donc combattre ce dumping social.

Isabelle Emmery: Monsieur le président, monsieur le  premier ministre, je vous remercie pour votre réponse claire et  porteuse d’espoir. En effet, on ne peut laisser notre jeunesse sans  espoir, sans un véritable projet de vie.

L’Europe lance, enfin, un signal positif aux jeunes. Ce signal devra  être suivi de résultats. Je sais que le gouvernement travaille dans ce sens. Vous l’avez prouvé et vous le prouverez encore. J’espère que  l’Europe fera désormais de même.

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