Accompagnement des artistes au chômage

Accompagnement des artistes au chômage

J’ai interpellé le  Ministre à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’emploi et de l’économie sur « le statut de l’artiste et la manière dont la Région accompagne l’artiste pendant les périodes de chômage ».

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Une étude d’Eurostat dévoilait il y a quelques mois que notre pays compte 3,1% d’employés dans le secteur culturel. C’est un taux légèrement supérieur à la moyenne européenne.

Malgré les évolutions et la valorisation académique dans ce secteur d’activité, le statut d’artiste reste encore précaire. Nos jeunes artistes, fraîchement sortis des écoles, peinent à s’en sortir. Or, en ces temps difficiles, la culture est un facteur économique qui génère de la richesse et nous aurions raison de valoriser davantage la création artistique et le statut de l’artiste.

Ce dossier est complexe par nature et il ne s’agit pas non plus de le compliquer davantage par des dispositions régionales disparates et incohérentes. Depuis la sixième réforme de l’État, le statut dépend également des Régions, qui sont en charge du contrôle et du suivi de ceux qui ont le statut de chômeur.

Les régimes de travail ne sont plus adaptés à la réalité à laquelle nombre de travailleurs du secteur culturel et créatif sont confrontés. Je pense notamment à l’intermittence et à la polyvalence. Pour poursuivre le développement positif de ce secteur, il conviendrait de sécuriser la trajectoire de ceux et celles qui inscrivent leur horizon professionnel dans les différents secteurs de la création, à leur bénéfice mais aussi à celui de ce secteur extrêmement générateur de richesses.

De plus, au sortir des écoles, les jeunes ne sont pas armés pour jeter les bases de leur carrière professionnelle. Le manque d’information, ainsi que la difficulté d’accès aux informations techniques, administratives et sociales, perdurent par ailleurs tout au long de leur carrière. Il manque, particulièrement dans ce secteur, un chaînon entre le monde professionnel et les étudiants.

Il me semble donc essentiel de développer des mécanismes de professionnalisation et de transmission des expériences qui favorisent le travail de terrain et facilitent la rencontre au sein d’ateliers, lors d’accompagnements de projets ou lors de résidences : compagnonnages, stages, ateliers de formation, parrainages, etc.

Qu’est-ce qui existe en la matière ? Quelles sont les mesures proposées par la Région à ce titre, qui seraient spécifiques à ce secteur ou qui pourraient lui bénéficier le plus ?

Mme Alda Greoli, ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a récemment indiqué dans la presse et lors d’une réunion de la Commission de la culture du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qu’elle rencontrerait bientôt les ministres régionaux de l’Emploi afin de discuter de la manière dont le chômage « accompagne » l’artiste. Confirmez-vous cet agenda ?

Avez-vous déjà avancé de votre côté sur la question, et notamment en matière de contrôle de la disponibilité ? Quelles sont les mesures d’accompagnement existantes et/ou envisagées ? Quelle est la position du gouvernement bruxellois sur la suggestion de Mme Greoli concernant la carte de pointage ? Selon elle, cette carte devrait être identifiée comme celle d’un artiste, pour bien montrer qu’il possède un statut particulier et reconnu.

Il me semble également primordial de développer et soutenir la formation continue des artistes et des techniciens, afin de la doter d’outils adaptés au développement de leur carrière professionnelle et répondant aux évolutions des pratiques artistiques. Sans doute devrais-je vous poser cette question dans une autre assemblée, mais vous détenez à la fois les compétences en matière d’économie et de formation. Existe-t-il des outils pour cela, et le cas échéant, quels sont-ils ? La mise en place de nouveaux outils est-elle à l’ordre du jour ?

Didier Gosuin, ministre.- Dans le cadre de la sixième réforme de l’État, ce n’est pas le statut d’artiste qui a été transféré aux Régions, mais bien la compétence du contrôle de la disponibilité des chômeurs, en ce compris ceux qui ont un statut d’artiste.

Actiris reprend, au 1er janvier 2017, la gestion opérationnelle du contrôle de la disponibilité et est en train de finaliser les procédures d’évaluation qui tiendront compte des spécificités du statut des artistes et de sa complexité dans le cadre de leur recherche d’emploi et de leur disponibilité sur le marché du travail.

Au niveau d’Actiris, il existe actuellement des activités collectives d’accompagnement à la détermination de projets et de recherche active d’emploi pour tous les chercheurs d’emploi incluant, bien évidemment, les artistes. La méthodologie utilisée par Actiris se base sur des groupes hétérogènes, afin de favoriser les échanges entre chercheurs d’emploi de profils et d’expériences différents.

Conscient des problèmes spécifiques de recherche d’emploi pour les artistes, Actiris a développé des partenariats spécifiques, d’une part avec ILES asbl, et d’autre part avec le MAD Brussels.

Le projet de l’asbl ILES, dénommé Artist project et financé annuellement à concurrence de plus de 80.000 euros, a pour objectif l’accompagnement des chercheurs d’emploi artistes selon une méthodologie adaptée, basée notamment sur : – des actions d’information via une centralisation et une diffusion de tout ce qui concerne la carrière et le statut d’artiste (la brochure « A ! comme artiste » a ainsi été éditée) ;

– la détermination de projets en groupe ;

– un suivi de structuration de projets ;

– des ateliers en groupe de quatre semaines ;

– un accompagnement individuel à la concrétisation de projets ou des conseils individualisés (législation, stratégie de gestion de carrière, etc.)

MAD Brussels a développé un projet Mad@Work, pour lequel il reçoit une subvention annuelle d’Actiris de 44.000 euros. Ce projet est composé de différentes actions spécifiques aux chercheurs d’emploi qui souhaitent se lancer en tant qu’artistes dans une carrière en lien avec la mode et le design :

– réalisation d’entretiens d’orientation ;

– coaching intensif ;

– aide à la recherche de stages ;

– prospection d’entreprises ;

– collecte d’offres d’emploi.

Il est prévu qu’Actiris lance en 2018 un appel à projets afin de prévoir davantage de partenaires et de structurer plus encore l’accompagnement de ce public.

J’ai effectivement rencontré la ministre Greoli hier, mais elle n’a aucunement abordé le chômage des artistes. Elle m’a entretenu des agents contractuels subventionnés (ACS), des contrats d’insertion, des emplois jeunes et des ACS pour l’accueil de la petite enfance.

Je précise que contrairement à ce qui est dit dans l’article du journal L’Écho, le statut d’artiste ne relève pas des Régions. Par contre, le contrôle de la disponibilité des chômeurs a bien été transféré dans le cadre de la sixième réforme de l’État. Nous gérons également les réductions de cotisations à l’Office national de sécurité sociale pour les artistes engagés.

Tout chômeur qui perçoit une allocation de chômage doit être inscrit comme demandeur d’emploi auprès d’Actiris et être disponible sur le marché du travail. Cela s’applique également aux personnes sous statut d’artiste. Concrètement, un chômeur sous statut d’artiste ne peut donc, en principe, limiter ses recherches d’emploi au seul secteur artistique. Il s’agit d’une disposition fédérale.

Je suis bien conscient de la situation de ces demandeurs d’emploi artistes. Aussi est-il proposé, dans les procédures d’évaluation fixées par Actiris, que l’artiste qui prouvera au moins 156 jours de travail salarié artistique dans les dix-huit mois qui précèdent la période d’évaluation pourra limiter ses recherches d’emploi au secteur artistique. Heureusement, de plus en plus d’artistes deviennent des coopérateurs. Songeons à l’asbl Smart, qui regroupe un nombre incalculable d’artistes.

Il existe une offre de formation dans le domaine de l’art et du spectacle, dispensée aussi bien par les opérateurs de formation publics que par l’enseignement de promotion sociale ou l’Espace formation PME (EFP). À ce stade, il n’est pas prévu de développer ou de créer de nouveaux outils.

Isabelle Emmery – Si Mme Greoli ne vous a pas parlé de sa volonté de rencontrer les ministres régionaux de l’Emploi, il m’est difficile de vous demander ce que vous pensez de la carte de pointage identifiée pour les artistes. Je la réinterrogerai à ce propos.

Vous parliez également de 156 jours, qui constitueraient une base pour la reconnaissance.

Didier Gosuin, ministre.- C’est pour pouvoir limiter l’artiste dans des recherches d’emploi liées au secteur artistique. Il s’agit bien de 156 jours sur 18 mois. Ce n’est pas une moyenne.

Ce nombre de jours a été fixé dans le cadre normatif au niveau fédéral. Ce n’est pas de notre ressort. C’est la concession faite au monde artistique pour éviter cette pression consistant à être exclu des allocations de chômage. L’artiste qui ne travaillerait qu’un jour sur les 156 en tant qu’artiste risque de rencontrer un problème. S’il travaille 156 jours ou plus, il n’a aucun problème et ne doit faire aucune recherche en dehors du secteur artistique.

Isabelle Emmery – C’est énorme. En ce qui concerne la formation, quand on est artiste et qu’on réalise un projet, on a souvent du mal à le gérer administrativement. Je visais donc plutôt une formation en entrepreneuriat culturel.

Didier Gosuin, ministre.- Tout artiste indépendant a la même possibilité d’accès au pôle d’accompagnement.

Isabelle Emmery – Sans spécificité ? Le management d’un projet culturel est tout de même très spécifique. Dans une ville où tant de choses se passent, il serait intéressant de mener une réflexion à ce sujet dans le cadre de nos outils formatifs.

Les commentaires sont fermés