Alibaba

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J’ai interrogé la Secrétaire d’Etat à la Région de Bruxelles-Capitale, chargée du commerce extérieur concernant l’installation d’une antenne à Bruxelles du plus grand site de commerce en ligne Alibaba

Voici notre échange:

(…)

Isabelle Emmery – Dans le développement de la question adressée à Mme Jodogne, beaucoup d’aspects concernent également les compétentes de M. Gosuin. J’imagine que la réponse que vous allez fournir tient compte de l’ensemble de ces aspects.

En février dernier, nous apprenions que le groupe gérant le plus important site de commerce en ligne au niveau mondial, Alibaba, comptait s’installer à Bruxelles en mai. Cette société, avec ses 423 millions d’utilisateurs par an, pèse quelque 30 millions d’emplois et possède déjà des succursales en Italie, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas.

L’annonce a été confirmée lors d’un récent rendez-vous au Palais royal. Son fondateur et président y a réaffirmé sa décision d’ouvrir une antenne et des bureaux à Bruxelles.

Les médias annonçaient en des termes optimistes que l’installation de ces bureaux devrait mener à la création d’une centaine d’emplois. Il s’agirait d’une petite équipe qui se concentrerait sur le lien avec l’Union européenne et les affaires de réglementation. Par ailleurs, le dirigeant d’Alibaba aurait fait connaître son intention d’aider les petites et moyennes entreprises (PME) et les entreprises belges à trouver des marchés en Chine et à accéder aux consommateurs. On se trouve vraiment au cœur de vos compétences, Mme Jodogne, puisqu’il s’agirait là d’une belle opportunité d’ouverture vers le marché chinois pour nos marques et fournisseurs belges.

Cela fait beaucoup de rumeurs, relayées pour la plupart par la presse, peu ou pas confirmées, sous condition, et finalement assez peu de certitudes.

Certes, l’installation d’un géant du commerce en ligne à Bruxelles peut être une opportunité en termes de création d’emplois qualifiés, mais il faut, me semble-t-il, une vision à plus long terme. La question du commerce en ligne pose question dans le contexte bruxellois, voire belge. Nous avons eu l’occasion d’aborder cette question dans l’enceinte de cette Commission. Le problème dans notre pays est le retard pris par nos entreprises par rapport au commerce en ligne, alors que celui-ci connaît une croissance ininterrompue depuis plusieurs années, y compris grâce aux consommateurs belges et bruxellois.

Les grandes plates-formes de vente en ligne sont étrangères et nos entreprises subissent finalement leurs conditions. Les entreprises qui ont opté pour la possibilité de vente en ligne sont encore rares : soit elles n’ont pas franchi le pas dans un domaine qu’elles ne connaissent et ne maîtrisent pas, soit – fait incroyable – elles n’ont même pas de site internet, pour diverses raisons.

Dans ce contexte se pose la question de ce que nous faisons pour renverser la tendance. Comment concilier un courant mondial qu’il serait absurde et même contreproductif de tenter d’arrêter, et la situation de nos commerces, peu adaptés ou préparés pour ce défi ?

Comment saisir l’occasion qui se présente aujourd’hui avec Alibaba pour permettre à nos entreprises d’attraper un train qui file déjà à toute allure ?

Dans le cadre de cette annonce, avez-vous rencontré les dirigeants d’Alibaba afin de discuter de l’installation de leur antenne à Bruxelles ? Que vous ont-ils dit sur leurs projets à Bruxelles ? On nous parle d’une centaine d’emplois. Confirmez-vous cette information ?

Il a aussi été question d’ouvrir des postes à des Bruxellois. Un protocole d’accord a-t-il été prévu à ce sujet, afin que l’implantation de ce géant du commerce en ligne soit bel et bien bénéfique pour la Région et ses habitants ?

Une évaluation des retombées économiques pour nos entreprises belges en Chine a-t-elle été faite ou est-elle prévue ? Si oui, quelles en sont les résultats ?

Vous avez annoncé l’organisation d’un atelier avec les représentants chinois dès l’automne. J’imagine que votre cabinet a été associé à cette initiative. Avez-vous déjà une idée précise du contenu de cet atelier ?

Cécile Jodogne – Avec le ministre-président, nous avons reçu le fondateur et CEO d’Alibaba, M. Jack Ma, le 23 mai. Mme Emmery, c’était donc cette visite qui était annoncée en mai et non l’ouverture du bureau. La rencontre fut positive, constructive et très détendue. Les échanges d’informations ont été réels et les objectifs sont partagés.    M. De Wolf, la visite d’État fut un moment important dans les contacts avec Alibaba. Depuis le départ, Brussels Invest & Export est associé. Grâce à son travail, la visite du 23 mai a pu comprendre une rencontre entre le ministre-président, moi-même, le responsable de Brussels Invest & Export et notre attaché économique et commercial à Shanghai. Cette rencontre directe a permis d’avoir les contacts nécessaires pour développer un projet concret.

Alibaba, via ses sites de vente en ligne à destination des consommateurs chinois, constitue un e-mall. Ces 300 millions de consommateurs de la classe moyenne chinoise qui est en croissance représentent une belle porte d’entrée pour nos PME. Même s’il est difficile de chiffrer les retombées économiques, cela constitue une excellente opportunité. Ouvrir des portes sur 300 millions de consommateurs potentiels est en effet non négligeable.    Jack Ma nous a confirmé l’ouverture prochaine d’un bureau à Bruxelles. La volonté du groupe Alibaba est d’ouvrir ce bureau avant la fin de 2016 avec deux missions : d’une part, la représentation des intérêts du groupe auprès de l’Union européenne et, d’autre part, le développement de ses relations commerciales en Belgique.

La gestion des activités commerciales d’Alibaba en Belgique sera donc, à court terme, transférée d’Amsterdam, où elle a lieu actuellement, vers Bruxelles. Cela devrait faire évoluer à la hausse le nombre d’emplois créés.

Je ne peux cependant donner ici de chiffres précis. Je suppose que M. De Wolf le comprendra. Il va de soi que nous avons bon espoir qu’une grande partie de ces emplois sera occupée par des Bruxellois. Toutefois, aucun protocole d’accord ne peut être conclu en ce sens. En effet, cela constituerait une réelle discrimination à l’embauche.

À terme, la volonté de Jack Ma est de créer un pavillon belge, c’est-à-dire une section distincte, sur le site de vente en ligne, qui mettrait en valeur les produits originaires de nos contrées. Ainsi qu’il l’a souligné, Bruxelles présente de très nombreuses opportunités à mettre en avant sur cette future section du site.

Je vous confirme également que des sociétés bruxelloises ont spontanément pris contact avec nos équipes, tant à Bruxelles qu’en Chine, à ce sujet et que nous les avons déjà mises en contact avec l’équipe d’Alibaba Benelux.

Pour sensibiliser encore davantage nos entreprises aux opportunités liées à cette plate-forme, j’ai proposé lors de la réunion avec Jack Ma de demander à mes équipes d’organiser un atelier cet automne à Bruxelles, destiné à nos PME, et ce, en présence de représentants du site Alibaba. Cette proposition a été acceptée, une date a été avancée et nous sommes en discussion.

De plus, je mènerai au cours du premier semestre 2017, une mission économique bruxelloise à Hangzhou, où est basé le siège social – appelé « campus » – d’Alibaba. Cette mission aura pour objectif de permettre à nos PME d’approfondir leurs contacts avec le groupe Alibaba, et surtout d’appréhender la meilleure manière de vendre leurs produits sur cette plate-forme.

L’objectif est de toucher un maximum de consommateurs chinois, lesquels sont de plus en plus avides de produits de qualité. M. De Wolf, vous avez vous-même repris les propos de M. Jack Ma sur la qualité des produits bruxellois.

Mme Emmery, vous avez raison de dire que le commerce en ligne est incontournable. Il enregistre d’ailleurs une croissance annuelle à deux chiffres.

Il est exact qu’il accuse un retard en Belgique et en Région bruxelloise. Nous en sommes bien conscients. S’agissant du commerce extérieur, la réforme des incitants financiers qui est en préparation tient compte de ce défi. Nous travaillons en parfaite coopération avec l’équipe de M. Gosuin et l’administration à aider, inciter et sensibiliser les entreprises bruxelloises au commerce en ligne et aux outils à développer.

Une telle évolution est inéluctable et il serait vain de s’y opposer. Prenons-la comme une opportunité et encourageons nos entreprises à s’y adapter.

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Isabelle Emmery – J’entends la possibilité de favoriser l’emploi des Bruxellois. Si un protocole n’est pas possible en tant que tel, lors de l’installation de grandes entreprises, des conventions peuvent être signées avec Actiris, la Région ou les communes, comme cela s’est fait pour Ikea et Decathlon. Il ne faut pas éluder ces possibilités.

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