Art Brussels

Art Brussels

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur la 35e édition d’Art Brussels.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Le week-end dernier s’est déroulée la dernière édition en date d’Art Brussels. Y était prévue une forme de décentralisation des activités entre Tour & Taxis, qui était l’implantation principale, et quatre foires satellites regroupées autour du Mont des Arts. Art Brussels est l’une des plus grandes foires d’art contemporain d’Europe. Ce thème a beaucoup occupé notre commission ce matin. On voit que les choses bougent énormément et je m’en réjouis, car il y a de la place pour beaucoup. Cette foire réunit chaque année près de 30 000 professionnels, collectionneurs et amateurs d’art. Sa notoriété prend une ampleur grandissante. Cent quarante-cinq galeries de 28 pays s’y sont disputé les trois sections de l’événement.

Madame la Ministre, si Art Brussels n’est pas un événement subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles, des aides existent-elles pour l’exposition d’artistes francophones? Nous avons encore souligné ce matin que soutenir les artistes de notre Communauté et faciliter le travail des galeries tant en Wallonie qu’à Bruxelles font partie des missions de la Fédération WallonieBruxelles.

L’administration de la Culture participe-telle d’une manière ou d’une autre à ce type d’événement pour ses missions d’acquisition d’œuvres d’artistes belges? Il s’agit d’un autre levier d’action pour nos artistes. Une action estelle menée lors de ces manifestations?

Je voudrais faire une référence à votre récent voyage à Venise. Des visites guidées ont été organisées, en marge d’Art Brussels, afin de faire découvrir les artistes participant à la Biennale de Venise. Que se passera-t-il en Italie? Un projet de présence permanente de la Fédération WallonieBruxelles est-il envisagé à Venise? Cette question est déjà revenue dans nos débats et votre prédécesseure avait, semble-t-il, marqué son intérêt.

Lors de la prochaine Biennale, dont le pavillon belge est organisé cette année par la Flandre, des artistes de la Fédération seront-ils présents? Ont-ils été soutenus par les services de votre ministère?

Alda Greoli – Pour participer à Art Brussels ou à tout autre événement en Belgique ou à l’étranger, les artistes qui vivent et travaillent sur le territoire de la Communauté française peuvent introduire des demandes d’aide à la création auprès de la Commission consultative des arts plastiques. C’est sur la base de ses avis que je me prononce sur l’opportunité d’octroyer les aides sollicitées.

Concernant la participation des personnes morales à la foire, la Communauté française n’est pas habilitée à intervenir financièrement dans la location de stands par des galeries commerciales. Les seules interventions qui pourraient être envisagées sur la base d’un dossier introduit auprès de la Commission consultative, comme une aide à l’édition, concernent des demandes émises par des ASBL invitées à Art Brussels dans la partie de la foire dévolue aux «espaces non lucratifs».

Vous évoquez la participation de l’administration à ce type d’événement dans le cadre de sa mission d’acquisition d’œuvres. Il convient d’éviter les raccourcis, mais, s’il est normal que le marché de l’art soit examiné dans le cadre du projet de redéfinition de la politique d’acquisition et de valorisation de la collection, la démarche d’enrichissement d’une collection publique doit être encadrée par un travail d’expertise des critères et d’examen préalable. Je suis persuadée que nous sommes d’accord sur ce point. Il serait, à mon sens, singulier de mandater l’administration pour faire du shopping à la foire en vue d’étoffer la collection de la Communauté française.

Par contre, la présence de l’administration au sein de foires comme Art Brussels a du sens si c’est dans l’objectif de contribuer au développement de la visibilité de nos artistes. C’est dans ce processus que le service des Arts plastiques s’inscrit depuis 2012. En effet, les modalités de sa présence à la foire ont été revues et renégociées afin de servir un objectif: permettre à un artiste ou à un duo et à son commissaire d’investir, au moyen d’un projet d’exposition inédit, le stand de 50min2s mis à la disposition de l’administration.

Pour pouvoir concourir à l’appel lancé chaque année, l’artiste ne doit pas être représenté à Art Brussels par une galerie. Le service public joue donc pleinement son rôle en aidant concrètement des artistes à être présents dans la plus grande foire de Belgique.

La location du stand fait l’objet d’un marché public particulier d’une durée de 4 ans entre la Fédération et Artexis, qui organise la foire. Cette location coûte annuellement 22 000 euros, TVA comprise. Le lauréat de l’appel annuel pour l’occupation effective du stand bénéficie, par ailleurs, d’une somme de 10 000 euros pour monter son projet. L’artiste choisi en 2017 est le photographe Michel Mazzoni. Je vous engage à vous intéresser à son travail qui évoque notre rapport au temps et l’estompement de l’image.

Concernant la Biennale de Venise, il serait logique pour l’instant que la Communauté n’occupe pas le pavillon national des Giardini. L’organisation d’un tel événement implique l’établissement d’une procédure de marché public et un budget supplémentaire, car il faut prévoir de louer un espace. Un budget de 370 000 euros ayant été dégagé pour l’occupation du pavillon en 2015, l’organisation collatérale requerrait un budget au moins équivalent.

Conjugué aux autres initiatives belges à Venise, le contexte budgétaire actuel m’a conduite à la conclusion que l’organisation d’un événement collatéral officiel en 2017 à Venise ne constituait pas une option tout à fait obligatoire. En effet, le budget actuellement disponible ne permettait pas d’envisager l’organisation sereine d’un tel événement. L’expérience malheureuse du projet «Le retour de l’enfoui», choisi par la Communauté française en 2013 en guise d’événement collatéral et annulé un mois avant l’ouverture de la Biennale, m’a confortée dans cette décision.

En lieu et place, j’ai estimé qu’il était sans doute plus porteur d’affecter le budget disponible à l’organisation sur notre territoire d’un événement faisant sens pour le secteur: une exposition rétrospective à BOZAR consacrée à l’artiste Jean Glibert. Ce dernier s’est particulièrement illustré dans la réalisation d’œuvres pour les espaces publics et cet événement sera l’occasion de parler des enjeux entourant spécifiquement les intégrations d’œuvres dans les espaces publics.

L’organisation de cette exposition à BOZAR n’empêche pas de maintenir, en parallèle, des initiatives ciblées durant la Biennale, entrant en résonnance avec celle-ci. Ainsi, dans le cadre de l’accord de coopération établi avec la Flandre, la Communauté française, par l’intermédiaire du service des Arts plastiques et en collaboration avec le Flanders Arts Institute, produira une publication numérique destinée à promouvoir les photographes belges. Le thème choisi fait naturellement écho au projet retenu par la Communauté flamande pour occuper le pavillon national en 2017.

Concernant la présence d’artistes francophones à Venise, Edith Dekyndt a été conviée par Christine Macel, la curatrice de cette édition, à créer une œuvre pour le pavillon central. Il s’agit d’un honneur et de la reconnaissance de la qualité du parcours de cette artiste de talent. À la suite du dépôt de son dossier à la Commission consultative, je lui ai octroyé une subvention de 25 000 euros en guise de soutien à la création. La présence de la Communauté française à Venise peut donc être envisagée autrement que par l’organisation systématique d’une exposition.

Ma réponse avait pour but de vous prouver que j’ai veillé à organiser un certain nombre d’activités et d’initiatives qui servent notre action sans pour autant dénaturer l’esprit de la Biennale de Venise.

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, votre réponse démontre votre soutien au secteur. En outre, la tenue, en marge de la Biennale de Venise, d’une exposition au Palais des beaux-arts, qui pourra être vue par un grand nombre de visiteurs, me semble devoir être soulignée.

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