Bibliothèques 2.0

Bibliothèques 2.0

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur l’évolution des bibliothèques 2.0

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Le Web 2.0 est un phénomène sociotechnique majeur qui réunit tous les facteurs de changements des bibliothèques. Leurs usagers s’attendent à être servis, mais sont également prêts à partager, à participer et à collaborer avec les professionnels. C’est pourquoi les bibliothécaires doivent avoir compris ces nouvelles attentes, non seulement pour répondre aux besoins des enfants du numérique, aux besoins des usagers internautes, mais également pour répondre à ceux de la société: la bibliothèque se déterritorialise et expérimente de nouveaux espaces, dont les règles sont différentes, en développant de nouvelles compétences qui permettent à la bibliothèque de ne plus seulement proposer des services documentaires ou du linéaire en termes de médias, mais également des services non documentaires culturels, éducatifs et sociaux qui soient au centre des attentes des usagers.

Les nouveaux services développés par les bibliothèques – qu’ils soient 2,0, comme par exemple, les blogs, les cartes collaboratives, les portails de veille, les widgets (un mot-valise composé de Windows et de gadget) de recherche, les recommandations des usagers… ou qu’ils ne soient pas 2,0, comme les services de questions-réponses, les lettres d’information et les contenus créés par les bibliothécaires… – permettent de mettre l’usager au cœur des préoccupations des bibliothécaires et surtout au cœur du fonctionnement même des bibliothèques.

En Flandre, les bibliothèques semblent évoluer dans ce sens puisqu’elles comportent parfois une salle de cinéma, une salle de jeux, une autre, de lecture où l’on peut se retrouver autour d’un café, un espace de découverte des produits locaux ou encore une salle de devoirs alternative pour les élèves qui n’ont pas Internet chez eux. Dans ma commune, pour l’instant, la bibliothèque est bondée par les étudiants. C’est une réalité, parfois compliquée à gérer d’ailleurs. Telles sont les nouvelles fonctions des bibliothèques à l’ère du numérique. Avec le grand succès des médias numériques et du streaming, les bibliothèques développent de nouvelles niches répondant aux besoins du citoyen et connaissent à nouveau une augmentation de leur fréquentation, même si le nombre d’emprunts continue à baisser. Ceci est la preuve que les bibliothèques restent des lieux essentiels et des intermédiaires de savoir et de création de lieux sociaux.

Madame la Ministre, les bibliothèques francophones en Fédération Wallonie-Bruxelles innovent-elles également dans ce sens? Je pense que certaines le font, mais chacune le fait dans son coin. Pouvez-vous nous citer quelques exemples? Ces initiatives connaissent-elles autant de succès qu’en Flandre? Quel regard portez-vous sur cette nouvelle évolution? La Fédération Wallonie-Bruxelles encourage-t-elle la création de nouvelles initiatives dans les bibliothèques afin de répondre à de nouvelles attentes en phase avec l’air du temps?

Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance – Madame la Députée, les bibliothèques francophones de la Communauté française innovent en effet depuis longtemps et aussi bien dans le domaine du numérique que pour tous les autres services offerts aux usagers. Mis à part les services numériques, je peux citer le club Manga No Kami créé à Morlanwelz. Ce club a créé le festival Festimanga qui connaît un grand succès parmi les adolescents. C’est d’ailleurs à mon avis un succès tout à fait mérité pour les mangas. Je peux également mentionner la Bibliothèque de rue de Tournai qui va à la rencontre des jeunes n’ayant pas un accès naturel aux livres et à la lecture.

En ce qui concerne le numérique en tant que tel, notons que 74 % des réseaux de lecture publics proposent à leurs usagers des initiations individuelles à l’utilisation d’Internet. Ces animations touchent près de trente mille personnes. Notons également que la moitié des réseaux organisent des animations pour les autres outils numériques. En 2016, nous avons soutenu quelques bibliothèques qui souhaitaient acquérir des tablettes et des liseuses en vue de développer les activités autour de ces outils. Le Service de la lecture publique, en collaboration avec l’ensemble des bibliothèques publiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a coordonné la mise en place de quatre outils numériques destinés aux usagers des bibliothèques publiques. Le premier, nommé Samarcande, est le portail des catalogues collectifs des bibliothèques publiques de la Communauté française. Il permet d’avoir accès à l’ensemble des collections présentes dans nos bibliothèques et de faire transférer un livre se trouvant à Mons, par exemple, vers n’importe quelle bibliothèque du réseau. Vient ensuite Perioclic, le catalogue collectif des articles de périodiques des bibliothèques publiques qui mutualise le travail de dépouillement et d’indexation des revues présentes dans les collections des bibliothèques publiques. L’outil Lirtuel permet quant à lui le prêt de livres numériques, et enfin Eurêkoi est un service en ligne de questions-réponses. Ce dernier projet est le fruit de la collaboration entre les bibliothèques de la Communauté française et la Bibliothèque publique d’information de Paris. Il a pour objectif d’apporter une réponse et des ressources documentaires en 72 heures pour toute question posée par les usagers. Depuis peu, ce service propose également des conseils de lecture, de films ou de séries de fiction en fonction de différents critères.

De la même façon qu’en Flandre, les différentes initiatives rencontrent un succès évident, tant à Bruxelles qu’en Wallonie. Le projet Lirtuel n’a par contre pas d’équivalent en Flandre; il est en effet assez novateur que l’ensemble des bibliothèques d’un territoire se mobilisent et mutualisent leurs compétences et leurs ressources pour donner naissance à ce genre de projet. Je ne peux que m’en réjouir.

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, je vous remercie pour votre réponse qui illustre bien le dynamisme et l’ouverture des bibliothèques envers cette évolution du Web 2.0.

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