Bilan du Centre du cinéma

Bilan du Centre du cinéma

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur le bilan du Centre du cinéma et de l’audiovisuel

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – La présentation du bilan du CCA est un rendez-vous incontournable pour celles et ceux qui veulent faire le point sur les chiffres du secteur et sur les enjeux qui occupent les professionnels du cinéma en Fédération Wallonie-Bruxelles. C’est un moment de rencontre, d’enthousiasme et de dialogue et la cuvée 2017 n’a pas failli à la tradition. Il m’est évidemment impossible de revenir ici sur l’ensemble des données présentées. Je me contenterai donc, dans le cadre de la présente question, de revenir sur quelques éléments mis en avant dans le cadre des échanges avec la salle.

J’ai noté avec grand intérêt l’annonce de la rédaction d’un vade-mecum visant à aider les professionnels, dans le cadre de la nouvelle réforme du décret «Cinéma». C’est un élément qui me semble positif, de même que l’attention renforcée accordée à la question du genre. D’ailleurs, les petites répliques de tout à l’heure n’étaient pas très heureuses. Elles étaient pleines de stéréotypes.

(..)

Personnellement, je me réjouis de l’attention renforcée accordée à la question du genre lors de la présentation du bilan et de la volonté de suivre cette thématique avec détermination.

Concernant le fonds des séries FWB/RTBF, des chiffres assez probants ont été évoqués. Je m’en réjouis, tout comme de l’ouverture au format de 26 minutes, de la révision des plafonds et de la réflexion sur l’aide à l’écriture. Toutes ces avancées sont positives. L’accord signé avec Cinedata dans le but de disposer enfin de chiffres de fréquentation en salles est également une bonne nouvelle.

Subsiste-t-il une marge de réflexion sur la question des plafonds pour les projets soutenus dans le cadre du fonds des séries? Quelles pistes avez-vous choisi de privilégier pour accroître le renforcement de la dimension du genre dans les projets soutenus? Qu’en est-il des modalités pratiques de développement de la plateforme d’accès aux films pour le monde enseignant? Le cas échéant, menez-vous des discussions avec votre collègue en charge de l’éducation concernant le soutien des projets spécifiques de déplacement des élèves vers nos salles d’art et d’essai?

Pourriez-vous faire le point sur les modalités de la mobilisation prévue dans le cadre de la célébration des cinquante ans des aides culturelles au secteur du cinéma pour mettre en valeur notre patrimoine immense et diversifié en la matière? Pourriez-vous également me communiquer des informations sur les salles, membres du dispositif, qui font l’objet de la convention signée avec Cinedata? Sans entrer dans ce que vous nommez, à juste titre, «la dictature des chiffres», pouvezvous me préciser la manière dont vous utiliserez ces nouvelles données pour le pilotage de vos politiques?

Enfin, au moment de la présentation du bilan du CCA, vous avez fait quelques déclarations sur le cinéma Pathé Palace. J’étais présente lundi dans la commission présidée par M. Flahaut et j’y ai entendu un certain nombre de choses. Je ne m’avancerai pas plus sur le sujet, tant vos déclarations me laissent perplexe.

Alda Greoli – Mesdames, messieurs, pour vous faciliter la vie, j’ai organisé avec mes collaborateurs ma réponse pour que chacun d’entre vous puisse, je l’espère, ne pas se sentir frustré. Tout comme vous, je trouve que l’occasion était belle et les raisons multiples de se réjouir lors de la publication du bilan du Centre du cinéma et de l’audiovisuel le 31 mars. Je suis assez contente, mais je ne doutais pas que vous ayez tous, directement ou représentés, été attentifs à mes diverses paroles. Cependant, ce qui était plus important était le contenu concernant ce secteur.

Pour répondre aux questions de Mme Emmery et de M. Maroy, la convention signée avec l’ASBL Cinedata coûte par an

2 000 euros au CCA. Il s’agit donc d’une forme d’abonnement qu’il prend en charge. La plateforme de communication de données est organisée par le système maccsbox développé par une société spécialisée dans l’application de logiciels pour le secteur de la distribution de films depuis plus de vingt ans, Maccs International. L’analyse des chiffres permettra surtout de mieux appréhender le marché de l’exploitation dans son ensemble en Belgique. Elle devrait permettre d’évaluer la manière dont les films belges se comportent sur le marché par rapport aux films d’art et d’essai européens et aux blockbusters américains.

L’objectif n’est pas forcément d’adapter les subsides dans un sens ou dans un autre avec une forme de récompense, mais bien d’avoir conscience des réalités d’un secteur et de son évolution. Pour donner un exemple, Cinedata a rendu publique la baisse de fréquentation générale des salles en Belgique en 2016. Il importe ici de savoir – pour pouvoir mener une politique culturelle et ne pas avancer à l’aveugle – de déterminer notamment si toutes les salles sont touchées de la même manière: les cinémas d’art et d’essai comme les multiplexes, les salles de proximité comme les grands réseaux, Bruxelles comme des zones en Flandre ou en Wallonie. Cette baisse de fréquentation touche-t-elle tous les films de la même façon, c’est-à-dire tous les genres, toutes les nationalités, les films d’art et d’essai comme les films de pur divertissement? Ici aussi, la réponse à ces questions est très éclairante pour construire une politique. Ces chiffres ne vont pas influencer directement ou indirectement l’aide à la production. Mais comme nous soutenons la production, mais aussi la promotion et la diffusion des films, il est important de pouvoir mesurer l’impact des mesures adoptées et de notre politique.

Enfin, la convention que j’ai signée avec Cinedata prévoit que l’utilisation des données par le CCA est balisée. Elle lui permet de rédiger le bulletin du cinéma trimestriel dans lequel les données seront utilisées afin de publier des aperçus généraux du secteur cinématographique ou d’une partie de celui-ci et non de les utiliser de manière brute. Plus de 80 % des salles belges sont concernées par le système Cinedata. Une disposition de la convention de soutien des salles d’art et d’essai soutenues par la Communauté française prévoira une obligation de prendre part au système. Pour les autres, Cinedata demeurera un système auquel ils peuvent participer sur une base volontaire. Nous pourrons ainsi répondre aux nombreuses sollicitations internationales, comme celles de l’Observatoire européen de l’audiovisuel, qui élabore des statistiques très intéressantes au niveau macroéconomique. La Belgique est à ce jour le seul pays européen incapable de fournir des chiffres d’exploitation.

L’objectif de l’appel à projets «production légère» est d’offrir aux réalisateurs une alternative au dépôt de la Commission de sélection des films, comme M. Maroy l’a répété, pour des projets dont la structure de production est plus limitée et donc pas en cas de coproduction internationale par exemple. Le but est de permettre aux réalisateurs de commencer le tournage plus rapidement. Comme tout projet pilote, cet appel sera évalué, par l’administration et avec le secteur, tout au long du processus. Son budget, enveloppe fermée, sera de 300 000 euros et permettra de soutenir trois films à hauteur de 100 000 euros. L’objectif fondamental de l’appel à projets est de stimuler les écritures personnelles et singulières en proposant un cadre de production à la fois léger – le montant de 100 000 euros est un bon point de départ pour le financement d’un projet qui peut lever l’entièreté de son budget en Belgique par exemple –, mais aussi contraignant puisque le projet doit être terminé dans les deux ans de la sélection. Il n’y a pas d’exigence de diffusion dans les salles de cinéma, les projets pourront trouver de nouveaux publics en circulant par exemple sur les plateformes web.

J’en viens à la question de M. Baurain sur le rapport entre les investissements publics et privés. Les proportions présentées dans le bilan concernent les montants mis à disposition du secteur dans le cadre de réglementations qui relèvent directement de la Communauté française, que ce soit le décret relatif au cinéma du 10 novembre 2011 ou encore le celui sur les services de médias audiovisuels du 26 mars 2009. Ces textes encadrent respectivement, par exemple, les aides octroyées par les différentes instances d’avis et la gestion et le suivi de la contribution des éditeurs et distributeurs de services de médias audiovisuels à la production d’œuvres audiovisuelles. Cependant, la portée de cette proportion doit être relativisée: elle ne prend en considération ni les aides régionales Wallimage et Screen.Brussels ni les aides allouées en Flandre ni l’apport fait via le mécanisme fédéral du Tax Shelter. Par ailleurs, il n’existe pas à ma connaissance de statistiques belges ou européennes globales de cette répartition entre les contributions publiques et privées au secteur audiovisuel. La réalité du paysage audiovisuel européen montre en outre que la diversité de politiques de soutien au secteur audiovisuel ne permettrait de faire que des comparaisons limitées.

J’en viens à la critique de «L’Avenir» de la présentation du nombre de spectateurs. Les chiffres présentés au bilan regroupent effectivement les entrées en salle en Belgique et en France. Cette présentation découle du fait que, les deux marchés étant très perméables, le marché naturel de nos films dépasse les frontières belges. Il ne s’agit pas d’une quelconque volonté de cacher les chiffres d’exploitation recensés uniquement en Belgique. Ils sont d’ailleurs clairement énoncés dans le bilan imprimé et publié sur Internet, et sont bien connus du CCA. C’est d’ailleurs sur la base de l’analyse des chiffres d’exploitation de nos films en Belgique qu’a été lancée en septembre 2015 une nouvelle stratégie de promotion du cinéma belge destinée à rapprocher nos films de leur public local. Cette stratégie est établie en concertation avec le secteur audiovisuel et fait l’objet de modifications constantes et de nouvelles propositions afin d’adhérer au mieux aux constats des professionnels et de l’administration. Je pense notamment aux soirées «VIP». Il y a en tout cas une évolution permanente et non pas un soutien figé.

Madame Emmery, nous avons comme vous le savez déjà revu les plafonds du Fonds «Séries» en concertation avec le secteur. À ce jour, aucune nouvelle modification n’est nécessaire. Le CCA et la RTBF évaluent constamment le fonctionnement de ce fonds et le caractère changeant du secteur fait que de nouvelles modifications ne sont pas à exclure, mais il n’y a pour le moment rien sur la table.

Quant à la problématique du genre, les premiers résultats récoltés parmi les projets soutenus montrent que le problème ne se pose pas au niveau de la sélection des dossiers. Le taux de sélectivité des projets des scénaristes-réalisatrices est quasiment identique à celui des projets des scénaristes-réalisateurs. Par contre, il se pose au niveau du dépôt. Les femmes déposent des projets au stade de l’écriture et du développement, mais beaucoup moins au stade de la production. Il convient donc de s’interroger sur les causes qui les empêchent de tenter leur chance en production, à moins qu’elles n’en aient simplement pas envie. Afin d’accroître les chances des réalisatrices de déposer des projets solides en production, que la Communauté française est partenaire de «Boost Camp», initiative visant à accompagner le développement de films de femmes pendant un an. Les premiers résultats sont attendus pour 2018. Au niveau de la collecte de données, l’arrivée prochaine d’un nouveau statisticien, ou statisticienne, au CCA devrait permettre d’étoffer les données récoltées, notamment au niveau du documentaire.

Madame Emmery, puis-je vous suggérer de vous référer à la réponse que je vais donner à M. Maroy sur le Palace? Le marché public pour la réalisation de la plateforme d’accès aux films pour le monde enseignant a été lancé et nous espérons pouvoir annoncer sa mise à disposition dès septembre 2017. Son objectif est une mise à disposition aisée pour les écoles des films belges – fictions, documentaires, courts-métrages – sur une base volontaire de la part des réalisateurs avec par exemple une éditorialisation sur la base des thèmes ou de l’actualité.

Enfin, l’opération «50 ans des aides culturelles au cinéma en Communauté française» jouit déjà d’une mobilisation très forte du secteur, tant de la part des réalisateurs-producteurs, ou réalisatrices-productrices, des films qui seront programmés par le CCA que de la part des opérateurs (festivals, exploitants, associations professionnelles) qui ont souhaité s’associer à l’opération pour donner leur propre vision de ces cinquante ans de soutien au cinéma belge. L’opération sera lancée officiellement le 31 mai par une conférence de presse. Elle débutera publiquement le 15 juin 2017 par la projection du film «Les Barons» dans la grande salle de Flagey.

(…)

Isabelle Emmery – Je vous remercie, Madame la Ministre, pour l’ensemble de vos réponses précises. Il m’intéresserait de disposer, ne serait-ce qu’en temps utile, des analyses liées au partenariat avec le programme «Boost Camp». Il serait également intéressant que les parlementaires soient associés à la soirée d’ouverture des cinquante ans des aides culturelles au cinéma belge francophone.

 

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