Brussels Film Festival

Brussels Film Festival

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur le Brussels Film Festival

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – La 14e édition du «Brussels Film Festival», organisé depuis 2009 par l’ASBL Cinéphile, s’est tenue du 17 au 24 juin 2016 à Flagey. Ce festival inscrit à son menu plusieurs découvertes, avant-premières, courts-métrages, projections gratuites et aussi, cette année, de la musique.

Vous avez, comme moi je suppose, pris connaissance du fait que le directeur du festival, Ivan Corbisier, avait fait part de ses inquiétudes pour la survie de cette manifestation lors de la conférence de presse du 2 juin dernier. Il a notamment pointé les difficultés de financement – 100 000 euros de subsides en moins en trois ans – et le contexte post-attentat. Selon lui, grâce notamment au travail fourni par de nombreux bénévoles et malgré la tendance générale à la baisse de fréquentation que connaissent les événements culturels, ce festival tient toujours la route.

Ce n’est pas la première fois que nous nous penchons sur ce dossier. En décembre dernier, j’avais déjà interrogé Mme Milquet qui nous confiait que le «Brussels film festival» ne bénéficiait pas d’un avis très positif de la part de la commission d’aide aux opérateurs chargée de se prononcer sur le dossier. Elle ajoutait qu’une réflexion était en cours pour faire évoluer le projet.

Malgré l’accumulation de diverses difficultés, le directeur n’a pas l’intention de renoncer au cinéma européen. Pour innover, il a par ailleurs fait appel à la plateforme de financement participatif «KissKissBankBank» en vue de réunir une somme de 4 000 euros et d’organiser un Cinéconcert gratuit dans le cadre de la Fête de la musique.

Après cette nouvelle édition, quel est le bilan du «Brussels Film Festival»? Quel fut le taux de fréquentation moyen? Constatez-vous une diminution par rapport aux années précédentes?

Les modifications apportées sont-elles de nature à faire évoluer positivement l’avis de la commission?

Où en est la réflexion sur la question de l’agenda des festivals qui, me semble-t-il, doit pouvoir être analysée sereinement pour améliorer l’offre et favoriser l’accessibilité des publics à des festivals diversifiés de qualité?

Alda Greoli – Madame la Députée, comme vous l’avez vous-même indiqué, le festival a eu lieu du 17 au 24 juin et vient donc à peine de se terminer. Il est encore trop tôt pour dresser un bilan précis de cette édition. Sur la base des éditions précédentes, je peux vous communiquer que bon an mal an, le festival attire un peu plus de 20 000 spectateurs dont la moitié est constituée de spectateurs payants. Ce chiffre comprend les projections gratuites en plein air sur la Place Flagey.

Cette édition 2016 a dû faire face à de nombreuses difficultés, vous les avez rappelées, qu’elles soient d’ordre financier comme l’a expliqué le directeur du festival, ou qu’elles découlent de la concurrence de nombreux événements culturels organisés à Bruxelles chaque année. S’ajoutent à ceux-ci l’Euro 2016, le Coca SummerFestival Movie Days, la grève générale le jour de la clôture, etc. Les premiers chiffres communiqués par l’organisateur semblent toutefois indiquer une augmentation de la fréquentation de l’événement.

Le festival est soutenu depuis de longues années par la Fédération Wallonie-Bruxelles à concurrence de 70 000 euros par an, sur avis de la commission d’aide aux opérateurs audiovisuels. Ce montant est inchangé depuis 2008. Chaque année, la commission a émis de nombreuses réserves sur les dossiers remis par les organisateurs du festival. Celles-ci ont, semble-t-il, été peu prises en compte par eux puisque, en 2015, la commission a remis un avis négatif concernant le soutien pour 2016. La ministre précédente a néanmoins souhaité aider le festival grâce à une aide ponctuelle de 35 000 euros en 2016.

Permettez-moi quand même de vous signifier ma grande surprise à propos de votre question. Je vous cite: «Pensez-vous que les modifications apportées soient de nature à faire évoluer positivement l’avis de la Commission?» Vous connaissez mon obsession de la différenciation entre opérateurs et régulateurs. Je n’ai donc pas à me mêler de l’avis de la commission. J’attends que celle-ci me rende un avis en toute liberté et responsabilité.

J’en arrive aux conditions du festival. Les organisateurs des festivals choisissent en toute liberté le moment qu’ils estiment le plus opportun pour la tenue de leurs manifestations. La concurrence d’autres événements culturels se déroulant au même moment doit évidemment être prise en compte, mais c’est aux organisateurs de le faire, pas à moi. Il n’appartient pas à l’autorité publique d’imposer un calendrier aux organisateurs de manifestations. Je peux tout de même vous dire que, d’après mes informations, une nouvelle initiative sera bientôt lancée. Elle regroupera sur un seul site internet toutes les dates de festivals de cinéma en Belgique. Un débat aura d’ailleurs lieu à ce propos lors du prochain Brussels Creative Forum en septembre. Par contre, afin de permettre à la commission d’aide aux opérateurs audiovisuels de prendre ses décisions de la manière la plus pertinente possible par rapport aux différents projets déposés, je poursuis le projet lancé par ma prédécesseure d’un échéancier commun pour tous les opérateurs. Cela permettra à la commission d’attribuer les aides de façon plus équitable, sans que les décisions antérieures ne bloquent une partie du budget disponible. Cet échéancier commun devrait être d’application en 2017.

Isabelle Emmery – J’attendrai l’avis de la commission pour revenir sur le jugement qualitatif de l’événement.

J’accueille favorablement votre idée d’échéancier commun. Il est certes plus facile de décider de l’octroi des deniers publics en ayant une vue d’ensemble de ce qui est proposé.

Grâce à cet échéancier commun, vous pourrez sans doute beaucoup mieux juger de la répartition des subsides par rapport au nombre de spectateurs.

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