Ces enfants, ils ne les auront pas !

Ces enfants, ils ne les auront pas !

Le 20 mai 1943, la Gestapo a débarqué dans le couvent du Très Saint Sauveur à Anderlecht pour emmener 14 fillettes juives et leur accompagnatrice qui y étaient cachées. Les enfants avaient entre vingt mois et douze ans. Il fallait agir immédiatement et enlever les fillettes avant le retour de la Gestapo prévu pour le lendemain.

Paul Halter, Commandant de Partisans Armés, Bernard Fenerberg, Floris
Desmedt, Toby Cymberknopf, Andrée Ermel et Jankiel Parancevitch
ont mené cette opération de sauvetage.

En voici le récit…

« Nous sommes en 1942 et j’ai 16 ans.

Après avoir échappé à la grande rafle du 3 septembre, ma mère rejoint un frère dans sa cache et ma sœur est emmenée par une militante du « Comité de Défenses des Juifs » au couvent d’Heverlée.

Mon père se trouve alors en France comme travailleur obligatoire au Mur de l’Atlantique. Il faut donc que je me débrouille seul et je me rends chez l’abbé Bruylants qui s’occupe de la paroisse Notre Dame Immaculée à Anderlecht.

J’y apprends que l’abbé, aidé par une vieille femme qui s’appelle Marieke, héberge des petits garçons juifs dans une maison à côté de l’église. J’y loge aussi quelques temps avant de trouver une mansarde chaussée de Mons.

Le soir je prends mes repas chez l’abbé Bruylants et j’emporte mon repas du lendemain-midi dans une gamelle que je réchauffe à l’atelier – où je travaille clandestinement avec l’accord du patron – comme apprenti fourreur en compagnie de mon ami Toby Cymberknopf. Cette situation dure 8 mois jusqu’à la deuxième quinzaine de mai 1943.

Le 20 mai, je me rends chez l’Abbé Bruylants et je trouve Marieke en pleurs. Elle m’explique que les agents de la Gestapo, accompagnés d’un dénonciateur bien connu nommé le gros Jacques, ont débarqué dans le couvent du Très-Saint-Sauveur, situé avenue Clémenceau à Anderlecht, pour emmener les 14 fillettes juives et leur accompagnatrice, également juive, qui y étaient cachées. Ces enfants ont entre vingt mois et douze ans.

Marieke m’apprend aussi, qu’après maintes supplications, les soeurs religieuses ont obtenu auprès des gestapistes qu’ils reviennent le lendemain pour leur permettre de préparer les effets des fillettes.

Les gestapistes ont accepté tout en menaçant d’embarquer les religieuses si les fillettes avaient disparu à leur retour.

J’écoute Marieke sans réactions perceptibles mais en réalité je ne tenais plus en place, je suis révolté: ces enfants ils ne les auront pas ! Il faut agir immédiatement et enlever les fillettes avant le retour de la Gestapo.

Je retourne rapidement sur mon lieu de travail raconter les faits à Toby et nous partons sur le champ à la recherche de Paul Halter que nous savions être un commandant des Partisans Armés.

Heureusement nous trouvons Paul et il prend sans hésitations la tête des opérations.
Il nous fixe rendez-vous à la tombée de la nuit devant le couvent avec trois autres résistants : Floris Desmedt, Andrée Ermel et Jankiel Parancevitch.

Nous sommes bien décidés à mener cette opération jusqu’au bout mais je suis très inquiet quant à la réussite de notre action… Y aura-t-il un agent de la Gestapo en faction à l’intérieur du couvent ? Nous n’en savons rien mais il faut tout tenter pour sauver les fillettes et leur accompagnatrice.

Comme prévu, nous nous retrouvons au couvent à la nuit tombée et nous demandons aux religieuses de réveiller les fillettes qui se mettent toutes à pleurer et à crier, effrayées par ce réveil brutal.

L’accompagnatrice Gutki leur explique que nous ne sommes pas des nazis et que nous venons pour les sauver…  Les enfants se calment et, avec l’aide des soeurs, Gutki les habillent rapidement.

Ensuite, à leur demande, nous ligotons les soeurs religieuses pour qu’elles ne soient pas accusées de complicité dans cet enlèvement.

Mais il nous faut également solutionner un autre problème important : où loger les filles?
Suite à ma suggestion nous convenons de les cacher dans l’appartement qu’occupaient mes parents avant la grande rafle de la rue Terre-Neuve en plein quartier juif. C’est risqué mais la Gestapo ne s’est jamais préoccupée de cet appartement.

Paul Halter et Andrée Ermel, sa coursière, emmènent les deux plus jeunes enfants.
Toby et moi emmenons les autres filles et Gutki à l’appartement par groupe de trois, éloignés les uns des autres pour ne pas attirer l’attention des quelques rares passants pressés de rentrer avant le couvre-feu. Nous craignons à chaque instant de croiser des patrouilles allemandes mais tout se passent sans encombre et nous pouvons coucher les enfants que nous veillons toute la nuit dans l’angoisse.

Comme prévu, les agents de la gestapo retourne au couvent le lendemain pour emmener les enfants mais, bien entendu, ils repartent bredouilles et furieux aussi mais sans inquiétés les religieuses, tandis que les résistants du CDJ emmènent les fillettes en lieu sûr.

L’opération du sauvetage a réussi.« 

Bernard Fenerberg.

Fenerberg 2

Vous retrouverez ce récit détaillé dans le livre de Bernard Fenerberg, paru en 2013 aux Editions Couleur Livres: « Ces enfants, ils ne les auront pas! »

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