Collaboration des institutions culturelles flamandes et francophones

Collaboration des institutions culturelles flamandes et francophones

J’ai interpellé Rudi Vervoort, Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, sur la collaboration des institutions culturelles flamandes et francophones au profit de l’image de Bruxelles.

Voici notre échange:

Isabelle  Emmery –  Monsieur le ministre-président, chers collègues, malgré sa petite taille, Bruxelles dispose d’un dynamisme culturel hors norme, et la place que prend cette matière dans les débats de notre commission en est sans doute la preuve. En effet, l’offre culturelle et les initiatives culturelles dans notre ville sont bien supérieures à celles de nos voisins londoniens ou parisiens, même si des partenariats avec Paris sont à mettre en évidence…

Les loyers moins chers qu’ailleurs, un climat de dialogue et de collaboration plus facile pousseraient ainsi de nombreux jeunes artistes à expérimenter leurs atouts artistiques à Bruxelles. Un autre constat très intéressant est le rôle crucial que jouent les institutions flamandes dans le dynamisme culturel bruxellois. Bruxelles est riche de son offre culturelle, notamment grâce aux collaborations entre les deux Communautés qui donnent une image multiculturelle.

Prenons l’exemple de l’Ancienne Belgique, une institution culturelle flamande qui joue un rôle non négligeable dans la vie culturelle avec pas moins de 300.000 visiteurs par an. Sa collaboration avec le Botanique souligne l’intérêt que nous devons entretenir pour plus de partenariats francoflamands.

Autre exemple, le Passa Porta : la somme d’une association flamande et d’une association francophone, subventionnées, d’une part, par la Communauté flamande et, d’autre part, par la Communauté française. Cette maison littéraire porte un regard sur l’international qui est vraiment lié aux spécificités linguistiques de notre capitale.

Monsieur le ministre-président, quelles sont les actions régionales qui sont développées pour renforcer davantage cette collaboration, très profitable à l’image de Bruxelles tant sur le plan national qu’international ? Là aussi, nous avons beaucoup à gagner en portant cette image culturelle au niveau international.

Malgré le rôle majeur que jouent les institutions culturelles flamandes sur notre territoire, il semblerait que le public flamand soit encore peu présent dans les institutions francophones. Comment renforcer et attirer davantage celui-ci pour ainsi diffuser et promouvoir une image de Bruxelles représentant parfaitement ses spécificités linguistiques ? Le potentiel est en tout cas là.

Par ailleurs, Bruxelles est la deuxième ville la plus cosmopolite au monde. Comment les projets bruxellois sont-ils sensibilisés à prendre en compte la grande diversité du public présent dans la capitale ? De nombreuses initiatives existent, mais j’aimerais vous entendre sur ce point.

Cette question avait été rédigée avant la conférence interministérielle (CIM) qui s’est tenue avec les nombreux ministres de la culture. Mais comme disait ce matin un tweet de Thomas Gunzig, des ministres de la culture, il n’y en aura jamais assez ! C’est une compétence qui a des effets très porteurs, à beaucoup de niveaux, et surtout économiques. Je reviendrai donc vous interroger sur les décisions ou les pistes en voie d’être exprimées dans la CIM, mais j’aimerais que vous nous éclairiez déjà un peu à ce sujet.

(…)

Rudi Vervoort, ministre-président.- Visit.brussels, en tant qu’agence de promotion du tourisme et de la culture de la Région de Bruxelles-Capitale, a pour mission de mettre en avant les spécificités et atouts de Bruxelles, et notamment son image multiculturelle.

Nous n’allons pas débattre du multiculturalisme et de l’identité bruxelloise. Ce qui est intéressant, ici, c’est qu’il y a quelque chose qui existe, dont nous avons peut-être difficile à définir les contours, mais qui s’impose à nous. Notre difficulté est de nous adapter à cette réalité. Une très grande attente existe dans les milieux culturels et chez les Bruxellois en général, qui considèrent une série de questions comme anecdotiques. Ces questions peuvent créer un peu d’excitation au Nord et au Sud du pays, mais, tant qu’on ne nous ennuie pas, je peux vivre avec. Le problème, c’est qu’il y a parfois une tendance à vouloir s’occuper des Bruxellois, ce qui est toujours ennuyeux.

Depuis de nombreuses années, visit.brussels met en ligne, par le biais de son site www.agenda.brussels, l’ensemble des événements, manifestations et lieux culturels en Région bruxelloise. La base de données du site rassemble à l’heure actuelle plus de 28.000 manifestations par an ayant lieu dans les 19 communes. Elle contient des événements – manifestations culturelles, sportives, festives, etc. -, mais aussi les références des institutions -, les lieux et organisateurs.

Elle est alimentée par le secteur culturel lui-même ainsi que par les organisateurs d’événements et elle est gérée par visit.brussels via un extranet avec formulaire d’encodage (9.235 utilisateurs actifs représentant 7.583 institutions) et via des flux automatisés de données provenant des grands opérateurs culturels.

De tels imports ont été développés notamment pour Bozar, l’AB, La Monnaie, le Théâtre National, la Cinematek, le Botanique, le Kaai , le KVS, Flagey et j’en passe. Agenda constitue donc une réelle vitrine de la multiculturalité bruxelloise.

Par ailleurs, les différents ministres de la Culture compétents sur le territoire se sont accordés récemment, au cours de la CIM Culture, sur la nécessité de renforcer davantage la collaboration en ce qui concerne la promotion de l’offre culturelle à Bruxelles.

Visit.brussels se verra ainsi confier un rôle de régie dans la diffusion de l’offre culturelle et événementielle en collaboration avec des opérateurs flamands tels que Muntpunt, Cultuurnet Vlaanderen, etc.

Bruxelles est en effet la deuxième ville la plus cosmopolite au monde et la première en Europe, selon le World Migration Report 2015. Rien d’étonnant, puisque plus de la moitié de la population qui y vit possède des origines dont les ramifications s’étendent au-delà des frontières belges. Ainsi, 183 nationalités s’y côtoient quotidiennement et l’ébullition multiculturelle est presque permanente.

Peut-on vraiment parler de « super-diversité », je n’en sais rien, mais notre approche fait qu’on découvre parfois ailleurs des phénomènes qui créent le débat et la polémique – pas qu’en Belgique, d’ailleurs – alors que ces problèmes ont été réglés depuis longtemps à Bruxelles. C’est en tout cas le sentiment que j’ai en voyant la maturité et l’apaisement avec lesquels les Bruxellois envisagent les grands tourments et les grands changements du monde.

Le Bruxellois-type, tel qu’on l’imaginait, n’existe plus. Nous sommes dans des métissages extraordinairement complexes, le produit de tellement de choses que nous ne pourrions plus nous définir à travers cela. Nous ne sommes pas sur une île, devenus déficients mentaux à force de nous reproduire entre nous… Ce qui crée cette richesse, c’est cette ouverture, ce métissage.

À l’image de son histoire et des chiffres éloquents, Bruxelles a développé une offre culturelle et touristique étoffée et variée. Ainsi a été lancée MIXITY.brussels 2017, une association hors norme de quatre gouvernements d’entités fédérées. Ça a l’air évident aujourd’hui, mais c’est quand même une première, puisque la Région bruxelloise s’est entourée de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Flandre et de la Cocof pour mener à bien une dynamique positive pour Bruxelles.

Visit.brussels, qui opère pour ces quatre gouvernements, est chargé de piloter cette année à thème. D’autres partenaires seront également impliqués, comme le Centre bruxellois d’action interculturelle (CBAI). Plusieurs activités seront organisées et le programme sera riche et varié.

Il y sera question des projets qui mettent en valeur la rencontre entre différents publics, qui transmettent aux jeunes générations les valeurs de la diversité et du vivre-ensemble dans la tolérance, qui mettent l’accent sur les origines diverses, les appartenances sexuelles libres et la liberté de culte, qui sont respectueux des personnes moins valides ou qui ouvrent des possibilités de rencontres intergénérationnelles.

La CIM s’est donc réunie une première fois et un cadre a été approuvé, ce qui constitue un progrès notable. J’y ai annoncé que nous porterions le dossier de candidature de Bruxelles au titre de capitale culturelle européenne 2030.

En 2030, nous fêterons le bicentenaire de la Belgique. Il nous a donc semblé pertinent que Bruxelles présente sa candidature au titre de capitale culturelle. La Belgique, c’est aussi le nord et le sud, et notre intention est d’en faire la synthèse en mobilisant l’ensemble du secteur culturel.

Nous ne manquons pas de projets ambitieux pour Bruxelles.

Isabelle Emmery – Je remercie le ministre-président pour sa réponse pleine d’enthousiasme. J’en retiens que Bruxelles est un véritable laboratoire, tant national qu’international. Il convient de souligner que la culture permet de déplacer les frontières territoriales, contrairement à nombre de compétences.

La Conférence interministérielle était une première. On l’attendait depuis longtemps. Elle a eu lieu. On peut s’en féliciter. Les choses bougent. Le moment était bien choisi dans la perspective de la candidature de Bruxelles au titre de capitale de la Culture en 2030.

La culture est pluri-identitaire et, partant, proche des citoyens. Et bientôt, les termes de médiation ou de démocratisation, fréquents dans le lexique communautaire, prendront tout leur sens au niveau régional.

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