Diffusion des films belges

Diffusion des films belges

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur l’état d’avancement de la nouvelle stratégie de diffusion des films belges

Voici notre échange:

Isabelle Emmery– Madame la Ministre, le cinéma belge a le vent en poupe, mais il importe de continuer à réfléchir, tant au nord qu’au sud du pays, à ce qui peut faire la clé de son succès, tant à l’intérieur de nos frontières qu’à l’échelon international. C’est pourquoi les intéressantes expériences en matière de promotion qui ont été menées avec détermination du côté flamand méritent grandement notre attention, d’autant que les cinéastes belges francophones font, eux, face à la difficulté de s’imposer sur leur propre marché intérieur, conséquence de la confusion fréquente entre le cinéma belge francophone et le cinéma français.

Lors de la présentation de la nouvelle stratégie de promotion du cinéma belge francophone coordonnée par le Centre du cinéma à l’occasion du trentième Festival international du film francophone et ensuite, en réponse à plusieurs questions posées ici même, vous aviez déclaré vouloir renforcer l’image du cinéma made in Belgium notamment en organisant des avant-premières avec des leaders d’opinion et des séances spéciales dans les villes sans cinéma, en intensifiant la présence dans les médias ainsi que celle des artistes via le web et les réseaux sociaux.

Vous avez indiqué que, sur le budget de 1 100 000 euros actuellement prévu à cet effet, vous souhaitiez répartir désormais différemment les aides et les primes et augmenter par ailleurs ce budget de 210 000 euros, qui «passera en effet à 1 300 000 euros en 2016. Dès lors, 800 000 euros seront alloués directement aux distributeurs pour la sortie de leurs films et 500 000 euros couvriront tous les frais que nous évoquons pour la promotion de nos films. Nous octroyons en outre 50 000 euros à la Quadrature du Cercle pour soutenir une meilleure diffusion des films belges dans les centres culturels».

À l’occasion de la sortie en salle de Belgica au début de ce mois, un comparatif s’impose. Faisant la belle part à la réalité bilingue du pays, beaucoup de critiques et de professionnels voient au sein du cinéma belge plus de similitudes que de différences. Quel est votre avis sur la question ?

Quels sont les principaux obstacles à la mise en œuvre d’une promotion efficace de nos talents francophones ? Où en sommes-nous dans la nouvelle stratégie de diffusion des films belges francophones ? Quelles sont les avancées ?

Qu’en est-il de la redynamisation des ciné-clubs, fort présents dans certaines communes, et de la présence des cinéastes dans les écoles ? C’est un volet important du décret relatif aux centres culturels, qui visait précisément l’exercice concret des droits à la culture, lesquels comprennent notamment un accès pour tous et un meilleur maillage géographique et social.

Enfin, en juin 2016, se déroulera le Brussels Film Festival à Flagey. À cette occasion, des productions belges seront-elles mises à l’honneur ? Lors de quels autres évènements présents ou à venir le cinéma belge francophone sera-t-il mis en avant ? Je pense par exemple au Festival international du film documentaire Millenium, actuellement en cours. Quel soutien apportez-vous à ces différentes initiatives ?

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Je me suis déjà longuement exprimée sur ce sujet.

Derrière les films des deux communautés, on retrouve souvent les mêmes producteurs, les mêmes équipes techniques et, parfois, les mêmes comédiens.

Le cinéma flamand compte plusieurs courants, dont deux principaux : l’un, de consommation, avec des films comme Mega Mindy, FC De Kampioenen ou Safety First, qui n’a pas d’équivalent francophone ; l’autre, qui est du cinéma d’auteur, dont le meilleur représentant est Félix Van Groeningen et qui se rapproche très fort du type de films produits du côté francophone.

Cependant, il ne faut pas non plus nier les nombreuses différences qui existent entre les deux productions, en particulier en ce qui concerne la diffusion. Le film Belgica de Félix Van Groeningen est distribué par Kinepolis Films Distribution, qui le sort dans tous ses complexes et aussi dans d’autres salles. Le film est sorti le 2 mars dernier et a été projeté au cours de plus de 750 séances en première semaine, ce qui est énorme, mais assez fréquent du côté flamand.

Du côté francophone, seul Le Tout Nouveau Testament a bénéficié d’une diffusion aussi large, et encore, puisqu’il a été projeté au cours de 668 séances, la semaine du 2 septembre.

Quels sont les obstacles ? La promotion de nos talents est correctement assurée, et même de mieux en mieux, grâce à de nouvelles initiatives, comme les Magritte du cinéma, ou grâce aux tournées des films primés, que nous organisons désormais dans les différents centres culturels. On a également organisé des premières dans différentes villes de Wallonie et de Bruxelles.

Nous sommes en train de réaliser des bandes annonces de films belges avec Brightfish, pour qu’elles soient projetées dans les salles, au même titre que les clips de présentation des films américains.

On organise encore des avant-premières pour les faiseurs d’opinion, c’est-à-dire des personnalités appartenant à un cercle plus large que celui de la presse, afin qu’ils puissent assurer, sur leur blog ou ailleurs, la promotion des films belges francophones et éviter ainsi qu’ils soient noyés sous la masse des productions françaises.

Les séances spéciales de proximité sont une initiative très intéressante. Nous en avons programmé cinq, une par province et plusieurs à Bruxelles. En outre, lorsque les films sortent en salle, on les projette dans des endroits où les réalisations belges ne sont pas diffusées. On l’a fait pour Les Chevaliers blancs, qui sont un très bon film avec Vincent Lindon, et a enregistré 11 000 entrées. On l’a fait aussi pour Les Premiers, les Derniers, de Bouli Lanners, et on le fera pour le Le Cœur régulier, de Vanja d’Alcantara.

On rencontre les exploitants sur le terrain, on crée des réseaux parallèles pour les films belges, on lance une dynamique avec les distributeurs, on noue des contacts avec la presse locale et, en général, les équipes nous accompagnent également.

Depuis le 16 décembre, on projette dans les salles des bandes-annonces, que nous finançons nous-mêmes. Ça a commencé avec Les Chevaliers blancs, puis Le Chant des hommes, Mirage d’amour, Les Premiers, les Derniers, Parasol, Keeper, Je me tue à le dire et Le Cœur régulier.

On a également demandé de relancer et de financer les ciné-clubs. On cherche aussi à ce que les centres culturels reprogramment davantage de films belges. À cet effet, nous subsidions la Quadrature du Cercle. Enfin, il y a la présence des films belges dans les festivals, que l’on stimule avec l’aide de WBI.

Isabelle Emmery– C’est effectivement un sujet récurrent dans notre commission, sur lequel on reviendra probablement après avoir entendu le bilan du cinéma. Votre réponse comporte des éléments particulièrement importants. Il s’agit d’aller au-delà de ce que la critique peut apporter à notre cinéma belge francophone et de promouvoir ce très beau cinéma par le biais de blogs en utilisant des leaders d’opinion.

Je ne sais pas si vous l’avez évoqué, mais nous pouvons, grâce aux nouvelles applications et technologies, cibler tous les publics. Elles permettent de rencontrer un public plus large, voire plus jeune, qui serait plus attiré par les productions populaires ou les «grosses machines» que par les films étiquetés «cinéma d’auteur», mais qui sont tout aussi formidables et populaires, et procurent autant d’émotions.

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