European Disability Card

European Disability Card

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur la « European Disability Card »

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, l’European Disability Card, ou projet de carte européenne d’invalidité, est un projet belge lancé en février 2016, qui réunit les cinq institutions belges chargées de mener la politique en matière d’intégration des personnes handicapées.

L’objectif du projet consiste à permettre aux personnes handicapées de bénéficier d’une série d’avantages dans les domaines de la culture, des loisirs et du sport en Belgique et dans les autres pays participants (Chypre, Estonie, Finlande, Italie, Malte, Slovénie et Roumanie). La Fédération Wallonie-Bruxelles ne semble pas directement partenaire du projet malgré ses compétences dans le secteur de la culture et du sport et la diffusion du guide «Aménagements raisonnables pour les personnes handicapées dans le secteur de la culture et auprès des opérateurs culturels».

De quelle manière les services de la Fédération Wallonie-Bruxelles participent-ils à ce projet afin d’assurer les synergies avec les acteurs culturels? Quelles sont les conclusions du groupe de travail sur l’accessibilité pour les personnes handicapées, mené conjointement avec le gouvernement wallon? Un accent particulier a-t-il été mis sur l’accessibilité des manifestations culturelles aux enfants handicapés? Avez-vous été interpellée par les acteurs culturels sur l’European Disability Card? Dans l’affirmative, qu’en disent les opérateurs? De nombreuses associations soutenues par vos services réalisent un travail de grande qualité afin de faciliter l’accès à la culture pour les personnes handicapées. Ces dernières ontelles été impliquées dans ce projet?

Alda Greoli – Comme vous vous en doutez, ce sujet me tient d’autant plus à cœur que j’ai eu l’occasion de l’approfondir dans mes vies professionnelles précédentes. Il va de soi que la construction du vivre ensemble exige d’accorder une attention particulière aux personnes moins valides et que l’amélioration de l’accès à la vie culturelle pour les personnes en situation de handicap doit être une priorité.

L’European Disability Card, ou carte européenne d’invalidité, fait suite à une demande répétée des personnes porteuses d’un handicap d’obtenir un document compact et pratique qui attesterait leur handicap et donnerait droit à des compensations. Le groupe de travail auquel vous faites référence a été créé au niveau fédéral. En effet, l’initiative «European Disability Card» est mise en place par un comité de pilotage réunissant les cinq institutions belges chargées de mener la politique d’intégration des personnes handicapées: le service fédéral de Sécurité sociale, l’AViQ (Agence pour une Vie de Qualité – Familles, Santé, Handicap), la VAPH (Vlaamse Agentschap voor personen met een handicap), PHARE (Personnes handicapées autonomie recherchée) et le DPB (Dienststelle für Personen mit Behinderung).

Le projet est développé selon trois axes: la mise en place d’un système de gestion publique et partagée de la carte afin d’échanger les informations utiles à délivrance de la carte; la sensibilisation des prestataires de services; et l’organisation d’une campagne d’information à l’intention des utilisateurs.

Pour le deuxième axe, l’implication de la Communauté française et des opérateurs publics et privés des domaines de la culture, du sport et des loisirs est la clé de la réussite d’une initiative d’inclusion. Un travail d’information et de sensibilisation est réalisé vis-à-vis de ces opérateurs. La Communauté française a donc été sollicitée par l’AViQ et par PHARE, tant au niveau de l’administration de la culture que de l’ADEPS. Ce contact avec l’administration est essentiel pour définir la stratégie de sensibilisation adéquate envers les opérateurs et servir de relais sur le terrain.

À la suite de cette interpellation de l’AViQ, l’information sur la carte a été diffusée sur le site www.culture.be et les coordonnées des associations ont été transmises. Je compte d’ailleurs sur toute la mobilisation des associations pour faire écho à cette première ligne d’information et de sensibilisation. Pour bien les connaître, je sais qu’elles ne manqueront pas de le faire. Le projet a également été discuté au sein du Conseil supérieur national des personnes handicapées, qui rassemble plusieurs membres d’associations reconnues en éducation permanente comme – j’en cite plusieurs au hasard – l’Association socialiste de la personne handicapée, Inclusion ASBL, Altéo ou la Ligue Braille.

L’initiative est ensuite remontée au Forum européen des personnes handicapées, où elle a progressivement été mise en œuvre, notamment par le biais d’un appel à projets. Une consultation auprès de la Commission wallonne des personnes handicapées a également eu lieu. Néanmoins, la Communauté française n’y a pas été associée à ce stade. En effet, ces discussions se sont déroulées dans le cadre de l’élaboration du plan «Accessibilité» que le gouvernement wallon s’était engagé à mettre en œuvre dans le cadre de ses compétences, en mettant l’accent sur les bâtiments, les transports et les services.

En ce qui concerne la suite de votre question, qui porte sur l’implication de l’administration générale de la Culture et sur les contacts pris avec les acteurs culturels, j’attirerai votre attention sur trois mesures concrètes. Ces trois mesures, que je mets en œuvre actuellement au niveau de la Communauté française, visent à faciliter l’accès à la culture aux personnes porteuses d’un handicap.

S’agissant de la première mesure, relative à l’audiovisuel, il est prévu que, dès l’entrée en vigueur du nouveau décret relatif au cinéma belge francophone, les aides à la production de films comporteront 5 000 euros obligatoirement consacrés à l’audiodescription des films majoritaires belges.

La deuxième mesure concerne le site Internet «Lettres et livre». À cet égard, le portail des littératures – dont la mise en ligne est prévue pour la fin de l’année 2017 – présentera des interfaces adaptées aux déficients visuels. J’ai également prévu un soutien pour les opérateurs culturels développant des projets inclusifs.

La troisième mesure s’inscrit dans le cadre de l’action «Bouger les lignes». Sur la base d’accords avec les Régions, j’entends proposer que les établissements culturels soient audités par des organismes agréés, afin d’établir leur capacité à accueillir des personnes en situation de handicap et d’évaluer les efforts à consentir pour améliorer l’accès aux lieux ainsi qu’aux contenus. L’un ne saurait en effet aller sans l’autre.

L’accessibilité architecturale et sensorielle devra dorénavant être prévue à titre de clause spécifique dans les marchés de construction et de rénovation des institutions culturelles soutenues par la Communauté française, et ce, sur la base de points significatifs à la hauteur des enjeux sociétaux liés à ce critère.

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, je vous remercie pour cette réponse complète, qui témoigne de la grande attention que le gouvernement porte à cette question. Je la relirai très attentivement, au vu des nombreux éléments qu’elle comporte.

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