Infirmier(e)s hospitalier(e)s breveté(e)s

Infirmier(e)s hospitalier(e)s breveté(e)s

Au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, j’ai interrogé Joëlle Milquet, ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance, sur la formation des infirmier(s) hospitalier(e)s breveté(e)s

Mme Isabelle Emmery  – Comme vous l’a exposé mon collègue, il existe dans notre Fédération, deux filières menant au diplôme d’infirmier : le bachelier en soins infirmiers et le brevet d’infirmier hospitalier.

Parmi les écoles qui délivrent le diplôme d’infirmier breveté, l’Institut reine Fabiola a rencontré plusieurs difficultés. Certains hôpitaux, dont l’hôpital Érasme qui lui est proche, limitent, voire suppriment totalement, l’accès des élèves aux stages. Ils privilégient les infirmiers bacheliers alors que depuis la construction de l’hôpital Érasme, tous les stagiaires effectuaient leurs stages (en moyenne 250 élèves) dans cette implantation. Les stages sont maintenant délocalisés dans des hôpitaux beaucoup plus éloignés.

Par ailleurs, cette formation sera bientôt soumise aux contraintes européennes. Je ne reviendrai pas sur ce qui a été exposé, mais relèverai deux éléments : la directive imposera, à partir de 2016, une augmentation du nombre d’heures de formation, ce qui suppose une augmentation du nombre d’années d’études, et introduira un système de huit compétences. Je ne les citerai pas car elles sont connues.

La formation donnée à l’Institut Reine Fabiola (IRF) satisfait à six des huit compétences.
Madame la ministre, je suis bien consciente de l’évolution de certaines exigences liées à la formation des infirmiers. Cependant, les soins prodigués aux patients demeurent semblables dans les deux formations. Afin de maintenir la formation à trois années d’études, plusieurs pistes peuvent être envisagées.

Une distinction pourrait ainsi être établie entre la formation des bacheliers répondant aux normes européennes et désignés sous le titre « d’infirmier en soins généraux », par opposition au titre « d’infirmier national », qui correspondrait à la formation via le brevet.

Les élèves, désireux de poursuivre et perfectionner leur apprentissage après les trois années de formation professionnelle, pourraient accéder à une passerelle via l’enseignement de promotion sociale pour obtenir le titre « d’infirmier en soins généraux ». Cette passerelle existe d’ailleurs en Communauté flamande et donne, paraît-il, relativement satisfaction.

Il est également important de prendre conscience que les formations données dans les écoles comme l’IRF ciblent un public particulier. Il s’agit bien souvent d’un public fragilisé et en difficulté ayant besoin d’un certain accompagnement et d’un soutien quasi constant pendant l’apprentissage, comme j’ai pu m’en rendre en compte en visitant l’école à plusieurs reprises. Ajouter une année de formation supplémentaire afin de répondre à la directive européenne serait à la fois une contrainte temporelle pour ces élèves qui cherchent à être assez vite sur le marché du travail, mais aussi une contrainte financière. )

On peut certes relever des lacunes dans la formation des infirmiers brevetés. La formation étant ouverte à tout public et assez prisée des étudiants étrangers, le niveau de maîtrise de la langue française est assez faible, ce qui engendre certaines réticences pour l’accès aux stages. En outre, la mise en stage précoce n’est pas un atout et représente une contrainte pour le personnel encadrant.

Le Conseil de l’enseignement avait été mandaté sous l’ancienne législature par Martine Schyns afin de remettre un rapport et travailler sur la conformité de la formation aux nouvelles contraintes européennes.

Madame la ministre, qui sont les experts membres de ce groupe de travail ? Quelles sont les avancées ? Quelles sont les échéances pour la remise du rapport, sachant que nous devons faire face à l’échéance européenne de 2016 ?

Que pensez-vous de l’établissement d’une distinction entre « infirmier en soins généraux » et « infirmier national » afin d’éviter une suppression de la formation donnée dans l’enseignement professionnel ?

Afin d’améliorer la formation et la pratique de la langue française, ne pourrait-on envisager d’instaurer un test de français avant le début des trois années de formation et ainsi remettre à niveau les élèves ayant de grosses difficultés linguistiques ?

Enfin, ne serait-il pas judicieux de ne permettre l’accès des élèves au terrain qu’après un minimum de six mois de formation ?

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Le volet de la formation supérieure relève des compétences du ministre Marcourt qui, il y a peu, a indiqué qu’en raison de la nouvelle directive adoptée en 2013, il n’y avait d’autre choix que de passer à quatre années afin de permettre aux infirmiers de suivre le quota de stages requis par la norme européenne.

L’enseignement secondaire professionnel complémentaire du quatrième degré délivre un brevet d’infirmier hospitalier en trois ans. L’enseignement secondaire ne répond pas aux exigences de la législation européenne concernant cette formation. Des adaptations doivent être envisagées.

Le Conseil général de concertation de l’enseignement secondaire ordinaire a créé un groupe de travail afin de réfléchir à ce quatrième degré en soins infirmiers mais aussi à l’ensemble des formations aux métiers de la santé.

Il s’est fixé comme objectif de réfléchir au repositionnement des formations paramédicales de niveaux trois, quatre et cinq, selon le cadre européen de certification, pour répondre aux besoins des milieux professionnels. Nous devons aussi nous adapter aux nouveaux métiers du secteur non marchand. L’école obligatoire doit s’adapter à ces évolutions.

Ce groupe de travail est composé de représentants des pouvoirs organisateurs, de l’inspection scolaire, de l’administration et des délégations syndicales et des membres du service francophone des métiers et des qualifications.

Il rencontre successivement des représentants des différents milieux professionnels tels que la petite enfance, les fédérations de maisons de repos, de soins, de soins à domicile, des aides aux personnes handicapées pour définir les profils et les formations nécessaires.

Ces rencontres sont très constructives. Elles rassemblent aussi les représentants des fédérations d’institutions hospitalières et le SPF Santé ainsi que les régions, depuis le transfert de compétences.

Le groupe de travail rendra son rapport en juin 2015. Des concertations avec l’enseignement de promotion sociale et l’union générale des infirmiers de Belgique qui regroupe les fédérations des trois communautés sont prévues.

La proposition de transformer l’actuel brevet d’infirmier hospitalier en une filière nationale est une des pistes envisagées. Nous voulons créer des formations conduisant à de nouveaux métiers. Cette intuition me paraît bonne. Les différents profils de compétence qui correspondent aux nouveaux métiers sont à l’étude et doivent être finalisés.

Une autre piste consiste à renforcer certaines options pour lesquelles les exigences toujours plus grandes des métiers nécessitent d’allonger la formation. Les aides-soignantes sont actuellement formées en un an, en septième professionnelle. Elles se retrouvent fréquemment seules au domicile des personnes malades, handicapées ou âgées et peuvent être amenées à prendre des décisions urgentes demandant parfois un sens élevé des responsabilités.

Ces exigences doivent s’inscrire dans la réforme de l’enseignement qualifiant et des programmes opérationnels des trois dernières années. Avec la septième année, nous pourrions déterminer un cursus de quatre ans pour lequel, dès la première année, les stages et le programme devraient être intensifiés. Cette réflexion se situe aux confins de la réforme de l’enseignement supérieur, du secondaire qualifiant, de la septième année et des métiers de la santé de manière générale. J’espère que le travail sera terminé dans les temps.

Le Pacte d’excellence prévoit la création de nouvelles filières en fonction des nouveaux besoins. C’est la raison pour laquelle nous avons mis toutes les fédérations, marchandes et non marchandes, en lien avec les instances de réforme de l’enseignement qualifiant.

(…)

Mme Isabelle Emmery  – Madame la ministre, vous n’avez pas répondu à propos du test de français ni du stage se déroulant plus tard dans la formation. J’imagine que vous envisagerez ces questions en fonction de l’évolution de ce type de diplômes.

Mme Joëlle Milquet – Tout est lié à la réforme des structures de l’enseignement qualifiant. Si nous nous dirigeons vers le tronc commun de trois années complètes de formation, nous pourrons alors revoir les contenus et prévoir les stages beaucoup plus tôt.

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