Indépendants âgés

Indépendants âgés

J’ai interrogé le Ministre en charge de l’Economie, de l’Emploi et de la Lutte contre l’Incendie et l’Aide médicale urgente, sur les indépendants de plus en plus âgés et la création du guichet unique de soutien aux indépendants dans le cadre de la Stratégie 2025.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Il ressort d’une enquête réalisée par le journal Le Soir en partenariat avec AXA que 74 % des Belges souhaitent continuer à exercer une activité professionnelle une fois arrivés à l’âge de la pension. C’est un chiffre important que j’aimerais mettre en parallèle avec les dernières statistiques fournies par l’Institut national d’assurances sociales pour travailleurs indépendants (Inasti). Selon l’Inasti, le nombre d’indépendants qui travaillent après l’âge de 65 ans est en constante augmentation.

Les indépendants sont aujourd’hui près de 90.000 à travailler au-delà de 65 ans. La principale explication tient sans doute à la nouvelle attractivité du cumul possible de la pension et du salaire et donc à l’absence de limite aux revenus que l’on peut percevoir sans perdre sa pension.

Cependant, d’autres facteurs jouent également, comme la difficulté croissante de céder son affaire dans de bonnes conditions ou la croissance des professions libérales qui « sont des métiers moins pénibles que d’autres ».

Le montant de la pension des indépendants, qui s’élève en moyenne à 787 euros, peut également expliquer cette tendance.

Enfin, l’espérance de vie augmente, et les périodes en bonne santé aussi. De plus en plus d’indépendants ne ressentent pas le besoin physique de s’arrêter de travailler. En outre, de nombreuses personnes se lancent dans une activité indépendante bien au-delà de 50 ans, à l’issue d’un licenciement tardif, par exemple. Et à 65 ans, quand les affaires marchent, elles n’ont pas envie d’arrêter.

Il y a un an, une autre étude, réalisée par une société spécialisée dans les solutions touchant le capital humain, pointait cette tendance, et soulignait que les indépendants bruxellois travaillant au-delà de l’âge de la pension étaient même en moyenne plus âgés que ceux de Flandre et de Wallonie. Notre Région aurait donc tort de négliger ce phénomène.

M. le ministre, j’aimerais connaître le bénéfice que l’on pourrait retirer en mettant l’expérience de ces indépendants plus âgés au profit des jeunes démarrant une activité. Un des chantiers de la Stratégie 2025, le plan ambitieux pour redynamiser l’économie de la Région, concerne la création d’un guichet unique de soutien aux indépendants afin d’assurer la visibilité, l’accessibilité et la gratuité des services pour tout le cycle de vie d’une entreprise.

Est-il prévu, avec ce guichet, de créer un service permettant de mettre l’expérience des indépendants plus âgés au service des plus jeunes afin de leur transmettre la maîtrise du métier et une bonne connaissance de l’organisation du travail, des facteurs essentiels à la réussite de la création des petites entreprises ?

Dans le cas contraire, un lieu de rencontre et d’échange de bons procédés entre les anciens et les plus jeunes est-il envisageable ? Existe-t-il, au niveau bruxellois, d’autres services ou modes d’accompagnement pour ce type de public ? À défaut, pense-t-on en créer?

Didier Gosuin, ministre – Je vous remercie pour votre question. Je ne vais pas m’étendre sur le dernier constat que vous venez de faire, qui ressort de diverses études. Cela tient sans doute à la situation économique, à des désirs personnels de pouvoir travailler jusqu’au moment où l’on veut et où l’on peut travailler. Cela tient sans doute aussi à la difficulté parfois de transmettre une entreprise. Et ça, c’est un autre problème. C’est peut-être un sujet sur lequel on pourrait revenir, mais vous m’interrogez plus particulièrement sur la manière d’utiliser ce potentiel.

Tout d’abord, je vais clarifier ce qu’on appelle le guichet unique envisagé dans le cadre de la Stratégie 2025. Il s’adresse à tous ceux qui entreprennent, qu’ils soient entrepreneurs ex-salariés ou qu’ils soient seuls indépendants.

Il s’agira de confirmer la place du numéro d’appel 1819 d’Entreprendre à Bruxelles dans sa fonction d’accueil et d’orientation et d’assurer que tout porteur de projet trouve une information accessible auprès des organismes publics de soutien à l’entreprise qui peuvent l’aider dans ses démarches, qu’elles soient d’ordre technique (la finalisation d’un business plan, le choix d’un statut juridique pour son activité), d’ordre financier ou concernent une recherche de localisation pour implanter des activités.

Je voulais parler de ces trois pôles. Dans celui du conseil et de l’accompagnement, nous allons aussi agréer le Centre d’entreprises en difficultés comme outil d’accompagnement des entreprises. Nous allons aussi travailler avec UpTransmission qui vise à faire se rencontrer ceux qui veulent céder leur entreprise et ceux qui veulent reprendre une activité.

Cela veut dire que les acteurs non publics vont s’inscrire dans cette logique régionale puisque quelques-uns de ces exemples sont d’initiative financés par nous mais aussi d’initiative fiancés par le monde patronal, par Brussels Enterprises Commerce and Industry (BECI) en particulier. Parmi eux, il y a un certain nombre d’asbl qui ont en effet misé sur les échanges d’expériences entre entrepreneurs plus âgés et plus jeunes.

J’en viens donc à votre question précise concernant les opportunités offertes par l’expérience d’indépendants plus âgés au profit des débutants. Certains organismes d’accompagnement travaillent déjà avec des équipes importantes de consultants bénévoles. Souvent, on y retrouve des personnes plus âgées qui veulent partager leur expérience. Il s’agit notamment du Centre d’entreprises en difficultés, de JobYourself Brussels (JYB), de la Coopérative de crédit alternatif (Crédal) et de microStart.

Notons enfin que l’association Les jeunes entreprises travaille avec des bénévoles plus âgés pour sensibiliser les jeunes à l’entrepreneuriat.

Par ailleurs, certains entrepreneurs expérimentés choisissent aussi de devenir mentors de jeunes entrepreneurs, par exemple :
– via le Réseau entreprendre qui mobilise des chefs d’entreprises de la Région pour conseiller, orienter, accompagner des créateurs et repreneurs de PME et qui se donne comme mission de faire réussir des entrepreneurs en leur proposant un accompagnement par un chef d’entreprise expérimenté, en permettant des échanges et de l’entraide avec d’autres entrepreneurs, en facilitant l’accès aux banques ou encore en favorisant l’intégration des lauréats dans le tissu économique ;
– ou via d’autres formules, comme le mentorat offert par l’asbl Cap-Sciences humaines dans le cadre de contrats de quartiers.

Plusieurs autres acteurs, qui ne sont pas nécessairement subsidiés par la Région, offrent également des services de ce type, même gratuitement. Par exemple, l’asbl Belgian Senior Consultants Bruxelles (BSC Bruxelles), une association de consultants bénévoles, offre ses services aux entrepreneurs de manière totalement gratuite. À épingler aussi, dans un autre cadre, l’initiative Duo for a Job qui permet d’encadrer des jeunes demandeurs d’emploi dans la recherche d’un emploi. Le service 1819 connaît ces acteurs et fait le relais vers ces associations lorsque la situation s’y prête.

Je vous remercie donc pour vos propositions qui, comme vous le constaterez, sont déjà partiellement rencontrées sur le terrain bruxellois.

Je partage votre constat sur l’importance de la transmission des savoirs et de l’accompagnement des jeunes par des travailleurs bénéficiant d’une large expérience professionnelle. C’est un capital à mettre en valeur.

Ceci vaut d’ailleurs aussi pour le travail salarié pour lequel je voudrais promouvoir davantage les filières de tutorat en entreprise. En d’autres termes, il s’agit d’aider l’entreprise qui affecterait un travailleur plus âgé à accueillir des jeunes en entreprise, ou qui irait partager son expérience dans des centres de formation tout en restant salarié de l’entreprise.

Isabelle Emmery – Je vous remercie pour votre réponse. Ce que j’ai développé semble au coeur de vos préoccupations. Beaucoup d’initiatives existent en la matière. Ce guichet unique permettra de les centraliser et de mieux les faire connaître.

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