Industries culturelles et créatives

Industries culturelles et créatives

J’ai interrogé le Ministre à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’emploi et de l’économie concernant les industries culturelles et créatives.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Dans le contexte de diminution drastique de l’emploi industriel et de montée de la mise en concurrence des villes, la culture – puisqu’on parlait de services – tend à jouer un rôle de plus en plus déterminant en tant que secteur pourvoyeur d’emplois, mais aussi en tant que facteur identitaire et distinctif à même de rayonner sur le plan de l’attractivité internationale et de favoriser le lien social.

Ainsi, cela fait maintenant une dizaine d’années que les industries culturelles et créatives (ICC) font l’objet de nombreuses politiques européennes, nationales ou régionales qui reconnaissent leur impact positif tant sur la relance économique que l’identité et l’attractivité des territoires. Les projections montrent, en général, que le secteur peut être un grand créateur d’emplois assez qualifiés dans des entreprises en forte croissance.

La Région bruxelloise mise très clairement aujourd’hui sur les nouvelles technologies et l’industrie créative  encore jugées comme secondaires en termes d’économie et d’emploi il y a une décennie -, notamment via la création de la future Cité des médias ou les différents clusters regroupés sous l’aile de screen.brussels qui, par divers mécanismes, permet de financer les projets créatifs en Région bruxelloise.

Quelles sont les conclusions de l’étude sur l’économie culturelle et créative que la Région bruxelloise a commandée aux chercheurs de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) par l’entremise de M. Vanhengel?

Combien d’emplois ont-ils été générés, ces dernières années dans notre Région, grâce à ce type d’entreprises ? Quels sont les secteurs les plus porteurs en interne ?

On lit que les ICC seraient en baisse. Le confirmez-vous ? Si oui, quelles en sont les causes ? Le soutien public est-il aujourd’hui suffisant pour permettre aux ICC de se déployer davantage et d’engranger de nouveaux emplois ?

Quel est le bilan de screen.brussels un an après son lancement ? Combien de projets ont-ils été financés grâce à cet outil ?

À la suite de cette étude, des estimations ont-elles été réalisées sur les éventuelles retombées économiques pour les prochaines années ? Les titres interpellants des quotidiens faisant état d’une baisse de régime en la matière m’ont fortement étonnée.

Didier Gosuin, ministre – Comme vous, j’ai pris connaissance des conclusions de l’étude commandée par mon collègue. Ses conclusions nous apprennent que la composition des industries culturelles et créatives (ICC) bruxelloises diffère de celles de Flandre et Wallonie, plus particulièrement en ce qui concerne le rôle joué par les publicitaires et le secteur audiovisuel. Cela est dû en grande partie à la présence de grands sièges d’entreprises audiovisuelles à Bruxelles.

La grande problématique des études qui portent sur le secteur des ICC est liée à la difficulté de bien déterminer les secteurs qui en font partie. L’étude montre qu’il existe un manque de données sur ce secteur et qu’il faudrait promouvoir une étude pour recueillir des données que l’on pourrait anonymiser.

Enfin, l’étude rappelle qu’il n’est pas possible d’étudier les ICC uniquement via les données économiques, car celles-ci n’intègrent pas les asbl ni les acteurs publics. Certaines ICC ne sont, en outre, pas reprises dans les codes NACE (nomenclature européenne des activités économiques). Cela est en partie dû à la modification de la classification de ces codes après 2008.

Si vous souhaitez avoir de plus amples informations sur l’étude, je vous invite à questionner mon collègue.

Concernant la diminution des ICC, l’étude montre que les secteurs de cette catégorie sont touchés de manière hétérogène et avec une intensité variable. La numérisation a un impact sur les ICC, plus particulièrement, sur le secteur de l’imprimerie. L‘étude montre que les métiers plus artistiques résistent mieux au passage au numérique de l’économie.

Il y a quelques jours, nous célébrions les deux ans de la marque ombrelle screen.brussels. J’ai profité de cette occasion pour rappeler qu’à Bruxelles, nous avons écouté les acteurs du secteur audiovisuel et constaté que celui-ci devait être stimulé. La stratégie que nous avons mise en place est payante : deux ans plus tard, seize entreprises sont revenues s’installer en Région bruxelloise. D’autres se créent, attirées par les nouvelles opportunités d’affaires.

Fortes de ce dynamisme dans le secteur et de la qualité de dialogue entre les acteurs, de nouvelles initiatives naissent ponctuellement. Je pense, par exemple, à des formations ciblées pour fournir à l’industrie audiovisuelle ce dont elle a besoin.

Pour analyser le bilan de screen.brussels, je me dois de vous présenter le résultat des quatre solutions que la marque propose.

D’abord, screen.brussels fund, à savoir le cofinancement de productions audiovisuelles qui effectuent tout ou partie de leurs dépenses audiovisuelles en Région bruxelloise. Un euro investi par la Région a donné lieu à 9,6 euros de dépenses audiovisuelles structurantes. Ce retour exceptionnel est réalisé grâce au projet – tout aussi exceptionnel – produit par la société nWave Digital.

En effet, le long métrage d’animation « The Son of Bigfoot » génère à lui seul plus de 1.000 jours de travail pour cette entreprise qui emploie 96 personnes dont 60 résident en Région bruxelloise. Les statistiques peuvent donner lieu à des effets conjoncturels et nous devons être prudents à cet égard. Abstraction faite de ce projet, le ratio reste cependant très haut. Il est d’un euro investi pour 8,4 euros de dépenses.

Depuis 2016, près de cinq millions d’euros ont déjà été investis dans les contenus qui vont générer 45 millions d’euros de dépenses audiovisuelles directes en Région de Bruxelles-Capitale : retombées économiques à long terme, rémunérations d’artistes, scénaristes, comédiens, techniciens du son, de l’image et de la lumière, infographistes spécialisés en effets spéciaux et en animation, régisseurs, décorateurs, habillage, maquillage, coiffure, etc.

C’est l’ensemble de la filière qui profite des retombées économiques. Quelque 80% des productions soutenues impliquent des sociétés de production bruxelloises ; 74% des productions soutenues sont des productions majoritaires belges, c’est-à-dire dont le centre de décision et le financement sont majoritairement belges.

Sur les 50 productions déjà soutenues, 41 avaient un réalisateur bruxellois. On le voit, outre les retombées strictement économiques, le fonds permet aussi de mettre en valeur le savoir-faire bruxellois.

Screen.brussels cluster, logé chez impulse.brussels, accompagne les entreprises dans leur création, leur croissance et leur internationalisation.

En 2016, screen.brussels cluster a réalisé 120 accompagnements d’entreprises, organisé 40 ateliers/rencontres B2B autour de thématiques jugées prioritaires par les entrepreneurs et vingt rencontres rassemblant la communauté « réalité virtuelle » de Bruxelles. Il a permis aux entreprises membres de participer à dix événements internationaux.

Aujourd’hui, le cluster compte plus de 200 membres dont la moitié de producteurs et un quart d’entreprises actives dans la postproduction. Les grandes sociétés de diffusion sont également très actives au sein du cluster.

Screen.brussels film commission apporte un soutien logistique aux tournages : obtenir les autorisations, aider à la recherche de décors, proposer les hébergements.

En 2016, c’est plus de mille jours de tournage qui se sont déroulés à Bruxelles avec toutes les retombées économiques (hôtels, restaurants, etc.) que cela génère. Sans compter l’image et la notoriété de la ville. Dans une période où l’image de Bruxelles a été tellement écornée, la mise en valeur de son patrimoine, architectural notamment, est bonne pour l’attractivité de la Région.

Screen.brussels business propose un financement structurel de sociétés audiovisuelles bruxelloises en croissance sous forme de prêts classiques ou convertibles.

Un montant d’un million d’euros est prévu pour le screen.brussels fund. Récemment encore, nous avons financé une entreprise d’origine liégeoise, Score Brussels, installée à Bruxelles pour y organiser des formations en doublage, afin de répondre au marché important dans ce secteur. Organiser des formations pour les comédiens, c’est leur donner du travail.

Je vous transmettrai par ailleurs d’autres informations sur screen.brussels business qui ne figurent pas dans le texte de ma réponse.

Il faut être prudent avec ces études, en raison du problème de classification, de la présence de grandes entreprises publicitaires et de l’impact de la numérisation. Nos indicateurs montrent, au contraire, une croissance importante du secteur.

Notre position est fragile en raison de la présence de grands acteurs. Si ceux-ci subissent un revers économique, nous risquons d’être confrontés à des problèmes. La question est de savoir si nous faisons venir de nouveaux acteurs, même s’il s’agit de petits acteurs.

Seize entreprises sont installées depuis un an environ à Bruxelles.

Isabelle Emmery – Je remercie le ministre pour sa réponse rassurante, mais aussi vigilante quant à l’avenir de ces entreprises.

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