La création de nouvelles écoles artistiques

La création de nouvelles écoles artistiques

J’ai interrogé Jean-Claude Marcourt, Vice-Président et Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias concernant la création de nouvelles écoles artistiques.

Mme Isabelle Emmery  – Monsieur le Ministre, l’offre artistique des écoles privées s’est considérablement accrue en un an et demi avec l’apparition de trois nouvelles écoles à Bruxelles: le Cours Florent, Broadway et l’Esra.

Comme nous pouvons nous en douter, l’accessibilité n’est certes pas la préoccupation première de cet enseignement privé puisque le minerval dépasse, à titre d’exemple pour l’Esra, six mille euros.

Cette offre d’enseignement privée entre-t-elle en concurrence avec l’offre d’enseignement artistique organisé et/ou subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles?
Si ces écoles privées délivrent des diplômes ou certificats, quelle en est leur valeur?
Enfin, au niveau du personnel, vous revient-il que des enseignants actuellement en fonction dans les écoles supérieures artistiques seraient tentés de quitter leur poste pour répondre à des offres d’emploi de ces cours privés?

D’avance, je vous remercie pour vos éléments de réponse.

M. Jean-Claude Marcourt, vice-président et ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias. – J’ai en effet découvert à la lecture de la presse et par le biais de publicités diffusées dans le journal Métro que trois écoles artistiques privées avaient été créées récemment ou étaient en voie de l’être.

La liberté d’enseignement étant garantie par notre Constitution, chacun est en droit d’ouvrir une école; cela ne signifie évidemment pas que celle-ci est reconnue et – encore moins – subventionnée par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les établissements d’enseignement supérieur reconnus, à savoir les universités, les hautes écoles, les écoles supérieures des arts et les établissements de promotion sociale qui proposent des formations de niveau supérieur sont reconnus par décret. Cette reconnaissance implique que ces établissements se conforment à des règles en matière de droit d’inscription, d’accès aux études, de contenu de formation, etc.

Comme elles ne sont ni reconnues ni soumises à la législation relative à l’enseignement supérieur, les écoles privées sont libres de fixer leur minerval comme elles l’entendent. Comme vous le soulignez, celui-ci est souvent fort élevé.

Comme vous le savez, sous la précédente législature, nous avons eu à coeur de démocratiser l’enseignement supérieur, et j’entends poursuivre dans cette voie. Le minerval de 6 000 euros que vous évoquez contraste de manière radicale avec les droits d’inscription que doivent acquitter les étudiants à leur inscription dans un établissement reconnu. Ces droits s’élèvent – sans entrer dans les détails – à 837 euros à l’université et, en moyenne, à 350 euros en Haute École.

Par ailleurs, toutes les exigences qui s’imposent aux établissements reconnus afin de garantir la qualité de la formation sont étrangères aux écoles privées. En particulier, celles-ci ne sont pas examinées par l’Agence pour l’évaluation de la qualité de l’enseignement supérieur. Les écoles privées peuvent donc être excellentes, mais rien ne le garantit. De manière cohérente, les diplômes ou certificats qu’elles délivrent ne sont pas reconnus par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Leurs porteurs ne peuvent donc pas s’en prévaloir pour décrocher un emploi public, pour accéder à une profession réglementée dans le secteur de l’enseignement ou de la santé, par exemple. Il est dès lors essentiel que l’étudiant qui s’inscrit dans une école privée soit informé de manière correcte et précise du choix qu’il pose.

Bien que le décret «paysage» protège les appellations «université», «école supérieure des arts», etc., il arrive que, dans leur communication, des écoles privées entretiennent une confusion quant à leur statut. Dans ce cas, elles constituent non seulement une concurrence déloyale pour les établissements reconnus, mais elles trompent les jeunes qui s’y inscrivent en espérant obtenir un diplôme reconnu, ce qui n’est pas le cas.

Étant donné la multiplication des écoles privées, je demande à l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES) et à l’administration de maintenir leur vigilance à cet égard, de bien informer le public et d’inviter les écoles privées à clarifier leur communication lorsque cela s’avère nécessaire. Ce n’est toutefois pas le cas des trois écoles que vous avez mentionnées. Celles-ci précisent bien leur statut privé et les formations qu’elles proposent se distinguent généralement des formations reconnues par leur durée, leur finalité ou le public visé.

Quant à l’aspect de la question qui concerne les enseignants, là encore, chacun est libre de renoncer à un emploi dans un établissement reconnu pour aller donner des cours dans une école privée. Mais selon les informations en ma possession, ce n’est pas le cas à l’heure actuelle.

Mme Isabelle Emmery  – J’ai noté deux éléments que vous avez soulignés, Monsieur le Ministre.

Tout d’abord, nous avons, en Fédération Wallonie-Bruxelles, accompli des efforts pour démocratiser l’enseignement supérieur et lui maintenir un niveau de qualité garanti. J’espère dès lors que ces écoles privées ne seront pas un leurre pour de nombreux étudiants qui verraient leurs espoirs déçus en termes d’emploi futur, car rien n’est garanti. Le minerval étant tellement élevé, on peut se poser des questions, d’autant plus que l’emploi est précaire dans le secteur artistique. On peut notamment se demander si la création de plusieurs écoles privées de ce type est souhaitable.

Ensuite, vous nous avez rassurés, concernant une éventuelle concurrence, quant aux différences existant entre les titres délivrés par ces écoles et par les établissements reconnus. Il faut en tout cas maintenir une vigilance constante en la matière.

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