La salle de cinéma de demain

La salle de cinéma de demain

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur « la salle de cinéma de demain ».

Voici notre échange:

Isabelle Emmery –  Madame la Ministre, Jean-Marie Dura, l’ancien directeur général du réseau UGC, a récemment présenté, au Centre national du cinéma et de l’image animée, en France, un rapport relatif à l’évolution des salles de cinéma, intitulé « La salle de cinéma de demain ».

Dans ce rapport figurent une série de constats sur les tendances en présence ainsi que des recommandations basées sur l’analyse du cas français. On peut y pointer, parmi les tendances émergentes, le retour des salles de cinéma en centre-ville, le renforcement des multiplexes spectaculaires, la place des nouvelles technologies afin d’améliorer la qualité de son et de projection offerte aux spectateurs, le développement de l’expérience-client pour permettre à la salle de se différencier de l’attractivité grandissante des loisirs à domicile, grâce à des nouveaux services, la place des contenus alternatifs aux films: spectacle vivant ou opéra, compétitions de jeu vidéo, réalité virtuelle, comme dans le circuit scandinave Nordisk Film, mais aussi des contenus pédagogiques, comme les conférences et les cours magistraux.

Parmi les recommandations, on trouve les éléments suivants: faciliter l’implantation des cinémas en centre-ville, la nécessité pour les salles de créer une identité architecturale forte, aider les salles à devenir pleinement des lieux de vie citoyens et culturels favorisant également la transmission des savoirs, soutenir la création de véritables espaces dédiés aux jeunes en élargissant le champ du cinéma notamment au jeu vidéo, prendre un réel virage en matière de e-marketing vis-à-vis des spectateurs avec une coopération plus étroite entre distributeurs et exploitants, exercer une vigilance sur le mouvement de concentration de l’exploitation au niveau mondial et la montée en puissance du marché asiatique.

Le rapport préconise aussi le renforcement des grands groupes nationaux et/ou européens en matière d’exploitation pour garantir une offre cinématographique diversifiée.

Cette série de conseils et de recommandations, basés sur l’exemple français, mais dont on peut aisément imaginer que certains éléments sont parfaitement valables pour notre pays et en particulier en Fédération Wallonie-Bruxelles, montre à quel point la mutation de ce secteur est un phénomène qui doit retenir toute notre attention. En effet, l’impact sur l’accès de tous les publics à la culture, dans sa diversité, et à nos œuvres cinématographiques est, on le comprend bien, tout à fait déterminant.

Je suis particulièrement interpellée de la dérive duale qui peut découler d’une telle évolution. Je pense qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, il importe dès lors de soutenir de façon engagée et efficace une série de lieux et d’outils de diffusion qui permettent précisément d’offrir à de larges publics une expérience cinématographique de qualité, avec un équipement technologique de pointe et qui fait la part belle à nos productions.

Madame la Ministre, avez-vous eu connaissance de ce rapport? Quelle analyse en faites-vous par rapport à l’évolution de ce secteur dans notre Fédération?

Les travaux de la plateforme «Cinéma», espace commun avec les autres niveaux de pouvoir, ont-ils déjà intégré ces questions? Si oui, y a-t-il une vision commune à développer, y compris, pourquoi pas, à l’échelon européen, vu les enjeux qui sont de taille?

En conclusion, voilà encore un secteur sur lequel la numérisation ouvre un champ de possibles qui vont du meilleur au pire, mais qui doit nécessairement mobiliser toute notre vigilance afin de promouvoir l’accessibilité et la diversité culturelles.

Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance – Je vous le concède, de nombreux enjeux décrits dans ce rapport, dont j’ai bien eu connaissance, dépassent évidemment le cas français et peuvent s’appliquer à l’exploitation cinématographique de tous les pays européens avec, certes, des spécificités.

En préambule, il faut rappeler et garder à l’esprit que le soutien du Centre du cinéma et de l’audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles est culturel et non économique. La frontière entre ces deux domaines est parfois floue, mais c’est un élément important, voire essentiel.

La Fédération Wallonie-Bruxelles soutient actuellement une dizaine de cinémas pour un budget total de près d’un million d’euros. Il a été décidé de soutenir uniquement les cinémas qui présentent au moins 70 % de films d’art et d’essai sur au moins 70 % de leurs séances. La base est ici clairement culturelle. Actuellement, plusieurs cinémas dédiés aux films d’art et d’essai, soutenus par la Fédération, ouvrent ou vont ouvrir leurs portes. C’est le cas du Caméo à Namur, avec cinq écrans, du Quai de l’image à Charleroi, avec quatre nouveaux écrans dont l’ouverture est prévue à la fin de cette année, ou du Palace à Bruxelles, avec également quatre nouveaux écrans escomptés. Il s’agit de cinémas urbains, qui respectent les critères repris dans le rapport tout en étant adaptés à l’exploitation de films d’auteur plutôt qu’aux blockbusters principalement américains.

Sur le plan de l’accès à la culture, soulignons qu’outre les salles classiques, la Fédération Wallonie-Bruxelles soutient de plus en plus de nouveaux lieux de diffusion non marchands, tels que des centres culturels, des bibliothèques, etc. En effet, ceux-ci permettent de toucher des publics différents et cultivent tant l’offre culturelle qu’une certaine convivialité, un sens de la rencontre via des séances-débats, des lieux de restauration et de rencontre.

Enfin, l’e-marketing sera de plus en plus développé au Centre du cinéma et de l’audiovisuel, notamment grâce à l’engagement d’une personne dont ce sera la tâche principale. Il s’agit d’un moyen permettant de toucher des publics différents, souvent plus jeunes et peu conscients de l’existence ou de l’intérêt culturel de nos films.

La question de l’exploitation en salle est traitée dans le cadre de la plateforme cinéma, mais uniquement, pour le moment, sous deux angles prioritaires: la modernisation de la signalétique des films et la collecte des chiffres d’exploitation. J’ai, dès mon arrivée, clarifié mes positions concernant la signalétique.

Isabelle Emmery – Je voudrais mettre en évidence le fait qu’il faut éviter d’avoir, d’un côté, les complexes avec un public captif et, de l’autre, des salles plus intimistes, urbaines, d’art et d’essai. Il faut privilégier une offre diversifiée qui doit être présente partout. Pour être vu par le plus grand nombre, notre cinéma d’auteur doit aussi être projeté dans les grandes salles.

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