L’avenir des institutions biculturelles

L’avenir des institutions biculturelles

J’ai interpellé Rudi Vervoort concernant l’avenir des institutions biculturelles suite aux coupes budgétaires.

Isabelle Emmery.– Mon interpellation a été déposée il y a plus d’un mois mais, malgré les réponses apportées entretemps à certaines questions qu’elle contenait, il me semblait judicieux de la maintenir pour vous interroger sur l’avenir des nombreux projets qui concernent la culture et, plus largement, les emplois qui y sont liés, ce qui élargit le débat aux domaines social et économique.

La nouvelle d’une coupe budgétaire sans précédent de 30% pour le secteur de la culture au niveau fédéral a créé une onde de choc.

Didier Reynders a déclaré qu’il n’y aurait pas de « blackout culturel » et que La Monnaie et Bozar seraient épargnés. Il a parlé d’exception culturelle alors qu’on entend maintenant que l’effort à faire est porté à 30 millions sur cinq ans en ce qui concerne le seul Théâtre royal de La Monnaie.

Ces coupes ne sont pas sans conséquence pour notre Région. D’une part, au niveau socio-économique, ce sont des centaines, voire des milliers d’emplois qui seront perdus. À ce sujet, une analyse dans les pages économiques du quotidien Le Soir confirme les retombées des secteurs créatifs en termes d’emploi.

D’autre part, cette décision amènera inévitablement l’annulation de certains grands évènements culturels qui permettent à Bruxelles de rayonner au niveau national et international et de rapprocher les communautés qui sont représentées dans ces institutions culturelles menacées.

Mais la menace pèse aussi sur la démocratisation de la culture pour laquelle nous nous sommes toujours battus. Sans doute aurons-nous l’occasion d’en reparler vendredi, au Parlement francophone bruxellois, lors de l’interpellation de M. Gaëtan Van Goidsenhoven sur la participation de la ministre Laanan au financement du Théâtre royal de la Monnaie via les projets pédagogiques.

Cette amputation budgétaire aura également pour conséquence de compromettre l’acquisition d’oeuvres d’art et les expositions des musées fédéraux.
Il est clair qu’il est nécessaire de faire des économies. L’Europe nous impose des règles, et nous ne pouvons nous endetter à outrance. Cependant, ces coupes budgétaires exagérées dans le secteur culturel doivent être critiquées. Il y a en effet une différence entre « serrer » et « étouffer » !

Cette décision dramatique aura également des conséquences sur les projets d’aménagement du territoire qui nous ont été présentés par le gouvernement bruxellois. Je pense notamment au musée d’art moderne et contemporain pour lequel contact doit être pris avec la Régie des bâtiments au sujet de l’acquisition de lieux potentiels. Je souhaiterais également épingler ce que j’ai pu lire dans la presse il y a un certain temps. La N-VA, par la voix d’une de ses parlementaires, s’opposait explicitement au projet : il n’y aurait pas, selon elle, de possible alimentation du futur musée par les collections fédérales. On verra si cette prédiction se réalise.

Comment la collaboration avec le niveau fédéral va-t-elle désormais se passer ? Cela me semble bien parti ! Plus précisément, puisqu’il nous faut un lieu pour accueillir notre futur musée d’art moderne et contemporain, des contacts ont-ils déjà eu lieu ou sont-ils prévus avec le ministre chargé de la Régie des bâtiments ?

La mise en place du musée d’art moderne et contemporain constitue l’un des piliers de l’aménagement de la zone du canal, cette dernière étant ô combien importante aux yeux du gouvernement bruxellois. Avec toutes les contraintes annoncées par le niveau fédéral, qui ne sont, selon moi, pas suffisamment mises en évidence par certains collègues, comment faut-il envisager la suite ?

Vous êtes volontariste, moi aussi. Vous avez d’ailleurs déclaré récemment dans la presse : « Nous, Région, définissons les programmes et délivrons les permis. L’affectation du sol, c’est nous ». Je pense qu’avec cette volonté, nous pourrons y arriver !

Ces coupes budgétaires auront également pour conséquence que moins d’événements se tiendront dans notre Région, ce qui aura un impact direct sur l’économie, mais aussi sur le tourisme. Avez-vous évalué les pertes possibles en termes de nuitées d’hôtel, d’emplois, d’attractivité ?

Enfin, le gouvernement flamand a fait part de son intention d’implanter des lieux culturels à la périphérie de Bruxelles. Vu vos visions très contradictoires, quel a été l’objet de vos échanges récents avec votre homologue flamand ?

(…)

M. Rudi Vervoort, ministre-président.– Magritte ne l’aurait pas mieux formulé : en Belgique, nous sommes toujours dans le domaine institutionnel, principalement quand on dit que l’on n’y est pas !

Depuis quelques semaines, j’ai le sentiment que la Région est interpellée au sujet d’enjeux très divers. Elle apparaît presque comme un recours, interpelée dans le cadre de politiques comme l’enseignement, pour connaître sa réaction au cas où telle ou telle Communauté prendrait telle ou telle mesure, ou dans le cadre de décisions prises au niveau fédéral. Le pouvoir régional est au centre du jeu. Il s’agit sans doute des balbutiements de la mise en oeuvre de la sixième réforme de l’État. D’une certaine manière, nous ne sommes pas encore tout à fait dans le bon cadre.

Le seul mérite des mesures prises au niveau fédéral est de nous obliger à faire fonctionner les institutions à plein régime pour faire tourner la machine : les dialogues entamés avec la Région flamande, la Région wallonne et d’autres entités sont autant d’enjeux dont le tempo est imposé par certaines politiques fédérales qui ont des répercussions directes ou indirectes sur d’autres entités.

(verder in het Nederlands)
Het Brussels Gewest verleent op grond van zijn bevoegdheid voor het nationaal en internationaal imago van Brussel steun aan tal van initiatieven die bedoeld zijn om dat imago te bevorderen.

Minister Guy Vanhengel en ikzelf werken samen met de federale instellingen die zich op het gewestelijk grondgebied bevinden. Die samenwerking bestaat al jaren. Zo kennen we bijvoorbeeld regelmatig subsidies toe aan Bozar, de Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België, het Museum voor Natuurwetenschappen en Cinematek.
Daarnaast zijn er nog een paar andere instellingen die projectsubsidies gekregen hebben voor de herdenkingsplechtigheden rond de honderdste verjaardag van de Eerste Wereldoorlog.

Net zoals u maak ik mij zorgen over de alarmerende signalen die van de nieuwe federale regering komen. Ze zijn schadelijk voor het nationaal en internationaal imago van Brussel en België in het algemeen Ik wil u er echter op wijzen dat cultuur geen gewestbevoegdheid is.

(poursuivant en français)
Cela vaut la peine de le rappeler pour éviter que chaque niveau de pouvoir se renvoie la patate chaude.

(verder in het Nederlands)
Ik wil er overigens op wijzen dat deze bevoegdheid geen afbreuk doet aan de culturele bevoegdheden van de gemeenschappen, noch aan de federale bevoegdheid voor bicommunautaire instellingen van nationaal belang. Het is ook niet de bedoeling dat het Brussels Gewest systematisch bijspringt om het gebrek aan investeringen door de federale overheid of de gemeenschappen op te vangen.

Niettemin hebben bepaalde instanties uit de cultuursector contact met mij opgenomen. Op dit ogenblik lopen er onderhandelingen. Laat één ding echter duidelijk zijn: het Brussels Gewest beschikt niet en heeft nooit beschikt over voldoende middelen om de werking van de federale instellingen op zijn grondgebied te financieren. Als de Brusselse regering beslist om die instellingen te steunen, dan gaat het om facultatieve steun voor specifieke evenementen. Het is niet mogelijk om culturele verenigingen te financieren met subsidies die bedoeld zijn ter bevordering van het imago van Brussel.

(poursuivant en français)
C’est dans cet esprit que nous avons toujours travaillé. Si l’on regarde les différents avenants des contrats Beliris, on trouvera des investissements pour les institutions biculturelles. Cela s’est toujours fait.

Mais il va de soi que, si exception culturelle il y a, celle-ci devra se puiser quelque part dans le budget fédéral. Et cela, personne n’en a parlé ! M. Reynders a déclaré que la situation était sous contrôle, mais n’a pas dit où se trouvaient les moyens. J’ose espérer que ce ne soit pas dans notre budget. Aujourd’hui, nous n’avons pas l’assurance qu’il n’en sera pas ainsi.

La question du musée d’art contemporain traduit bien tout le paradoxe de la situation. Certains acteurs de ce dossier souffrent d’amnésie. Cela dit, je les comprends : ils doivent penser à leur avenir, qui n’est pas assuré dans la nouvelle configuration fédérale, et ce qu’ils disent aujourd’hui ne correspond pas nécessairement à ce qu’ils ont fait lors de la précédente législature. D’aucuns, aux musées royaux, prétendent en effet qu’ils n’ont jamais été mis au courant du dossier du musée d’art moderne alors qu’ils ont visité le site Citroën avec leur équipe. On n’a pas pris de photos, mais je crois qu’il faudra désormais le faire pour, le moment venu, rappeler aux gens qu’ils étaient là…

Le montage est assez simple. La convention entre la Ville de Bruxelles, le niveau fédéral et les musées royaux vaut pour l’accueil provisoire dans le bâtiment Vanderborght d’une partie de la collection, en attendant de disposer d’un lieu d’une taille suffisante pour la présenter au public dans sa totalité.

Au travers de la Société d’acquisition foncière (SAF) ou de la société foncière en voie de constitution, nous voulions faire l’acquisition de l’ensemble du site Citroën qui, outre l’installation d’un musée, permettra le développement territorial de logements le long du canal.

La superficie du site est tellement vaste qu’elle nous permet de rencontrer notre politique de développement territorial par un projet de revitalisation de la zone du canal. L’idée, via cette opération immobilière, est de rentabiliser l’investissement du musée lui-même et puis de le mettre à la disposition des collections fédérales. Puisque l’État fédéral ne peut financer la construction d’un nouveau musée, nous mettons à sa disposition un bâtiment pour le faire. Le fait que ce soit un lieu que nous ayons choisi est cohérent avec notre volonté de développement territorial.

Pour les établissements scolaires, la situation est similaire : je me vois objecter que la Région n’est pas compétente en matière d’enseignement. En effet, elle ne s’occupe pas des programmes, mais doit faire en sorte que des écoles soient construites là où c’est nécessaire. Cet aspect-là ne peut être laissé aux Communautés, la précédente législature l’a montré. Si la Région ne s’en charge pas, de nombreuses difficultés surviendront.
L’enjeu de développement de ce quartier dépasse l’enjeu culturel. C’est le développement d’une zone prioritaire qui a un potentiel culturel indéniable. Plusieurs institutions culturelles se situent d’ailleurs à proximité.

Nous avons donc pour objectif la revitalisation de ce quartier et le projet est bien avancé, même si certains rêvent qu’il ne se réalisera pas. Je suis malheureusement tenu à un devoir de réserve, car l’accord n’est pas encore signé. Mais tout est en place : l’achat, l’acquisition, le prix, la relocalisation de Citroën dans le périmètre, les conditions de la viabilisation du site, etc. Nous en sommes au stade de la signature des documents. Nous avons convenu avec Citroën qu’aucune communication ne serait faite avant la signature. À ce moment-là, les chiffres et les détails de l’opération seront largement explicités.
Nous rassurons Citroën régulièrement, car les déclarations qui circulent déconcertent les responsables de l’entreprise, à qui il faut réexpliquer comment fonctionne notre pays. Par ailleurs, les allégations selon lesquelles le lieu ne se prêterait pas à l’installation d’un musée les font sourire, dès lors qu’à Paris, une ancienne fondation Citroën installée dans un bâtiment du même type datant également des années 1930 est devenue un musée.

N’est-ce pas extraordinaire d’entendre ces simili-spécialistes, architectes ou autres, déclarer qu’il ne sera pas possible de le faire à Bruxelles ? Et nous expliquer que le site est pollué ne fait pas avancer le débat. Ce n’est pas une surprise, le site était un garage !
Ces déclarations ne doivent pas nous arrêter. Nous sommes sur un chemin étroit. Nous ne devons pas relâcher la pression et éviter les pièges éventuels, dont le plus grand serait de nous annoncer que le niveau fédéral va construire lui-même le musée. Dans l’état actuel de la Belgique, ce danger est réel.

(…)

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