L’avenir des Magritte du cinéma

L’avenir des Magritte du cinéma

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur l’avenir des Magritte du cinéma.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – En cette saison, il n’est pas rare que nous évoquions ensemble l’une ou l’autre question qui fait débat autour de la cérémonie des Magritte. Ce thème est un marronnier de notre commission.

Créé pour contribuer à mettre en valeur les talents issus de notre cinéma belge francophone auprès du public et pour faire connaître les artisans multiples qui contribuent à faire éclore les œuvres, ce rendez-vous annuel du cinéma belge francophone ne laisse en tout cas pas la profession indifférente. Pour autant, la cible, autrement dit le public, est-elle atteinte? Les Magritte parviennent-ils à semer une graine dans les esprits et à installer dans le cœur des spectateurs francophones les noms qui résonnent avec prestige au-delà de nos frontières? J’avais déjà évoqué l’absence des frères Dardenne à cette cérémonie à la faveur du décret sur l’audiovisuel.

Pour paraphraser les échanges entre Bouli Lanners, cinéaste maintes fois primé, mais au franc-parler légendaire, qui s’est exprimé avant la remise des prix, et Patrick Quinet, coprésident de l’Académie André Delvaux, qui acceptaient récemment de croiser leurs arguments et points de vue sur le sujet dans les colonnes d’un quotidien, je dirais qu’il faut regarder au-delà du principe même de compétition et des travers que ce genre d’exercices comporte. Il convient de continuer à développer le projet en partant de «l’expérience utilisateur», c’est-à-dire du public, des non professionnels, jeunes et moins jeunes, et d’accroître la communication efficace auprès de ceux-ci.

Pour ma part, j’estime que ce type d’événement a sa place en Fédération Wallonie-Bruxelles, mais que l’ouvrage mérite certainement d’évoluer au gré des critiques pertinentes qui sont formulées. Selon moi, la fête du cinéma belge doit rester à l’agenda, quitte à aménager certains points de son organisation.

Madame la ministre, quel bilan tirez-vous de l’édition 2017? Sur la base de ce bilan, pourrait-on répondre encore mieux aux objectifs de base et contribuer toujours plus à exposer auprès de nos publics l’immense diversité et l’immense qualité du cinéma belge francophone?

En conclusion, après sept ans de réflexion – ne dit-on pas que sept ans, c’est l’âge de raison? –, gageons que le moment est propice à une évolution positive. Allons de l’avant, mais tirons un bilan des aspects moins positifs de l’événement!

Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance  – J’ai plutôt envie de dresser un bilan positif de cette 7e édition des Magritte, et pas uniquement sur le plan de la mode qui a été mise en valeur. En effet, comment ne pas se réjouir de voir triompher Bouli Lanners, réalisateur confirmé, de voir reconnue toute une nouvelle génération de cinéastes à travers les prix reçus par «Parasol», «Keeper» et «Je me tue à le dire» qui sont tous les trois des premiers films. Nos techniciens, acteurs, auteurs, réalisateurs, producteurs méritent amplement ce coup de projecteur sur leurs talents.

BTV, productrice de l’émission, a toujours diffusé celle-ci en direct et en clair sur son antenne depuis 2015. La cérémonie est aussi disponible en direct et en streaming sur la page Facebook de BTV, tandis qu’elle est également diffusée en direct à l’UGC De Brouckère.

Les médias de la RTBF diffusent eux aussi la cérémonie des Magritte du Cinéma, le 8 février à 21h15, soit quatre jours après la diffusion en direct sur BTV. Le public pour ainsi dire du monde entier pourra suivre cette cérémonie en différé sur TV5 – France, Belgique, Suisse, Europe, Afrique, Maghreb, Orient, Asie, Pacifique, États-Unis et Amérique latine –, à partir de ce lundi 6 février. Sans compter que la cérémonie est intégralement disponible sur YouTube, trois jours à peine après l’événement.

Même après sept éditions, les Magritte du Cinéma évoluent chaque année pour mieux répondre à nos objectifs communs et, comme vous, je m’en félicite. En 2016 par exemple, un Magritte a pour la première fois récompensé le meilleur court-métrage d’animation. Et le Magritte du meilleur premier film a pour la première fois été décerné. Ce changement a particulièrement porté ses fruits en 2017, avec une très belle mise en valeur de nouveaux cinéastes belges.

Comme vous le soulignez, le lien avec le public reste toutefois un enjeu majeur. Cette année, une convention a été signée avec l’Académie André Delvaux, organisatrice des Magritte, la Quadrature du Cercle, association regroupant les programmateurs cinéma des principaux centres culturels, et Ciné-Club en Communauté française, pour organiser dans la foulée des Magritte des séances de projections des films lauréats dans leurs salles. Il y a d’ailleurs une publicité à ce sujet qui tourne en ce moment sur les chaînes radio de la RTBF. Ce sera l’occasion pour le public de voir ou de revoir dans une salle de cinéma ces films mis en lumière lors de la cérémonie.

Même si aujourd’hui les possibilités de voir des films sont multiples, du DVD à la VOD en passant évidemment par la diffusion télévisuelle en clair ou en crypté, il nous paraît important de préserver la possibilité pour le public de voir les films dans les conditions pour lesquelles ils ont été produits, c’est-à-dire en salle de cinéma. C’est dans des centres culturels et dans des salles de cinéma que ces films vont être projetés et je m’en réjouis.

Les Magritte du Cinéma ne sont pas un événement figé. L’évolution doit être permanente. L’ouverture, la diversité, le mélange des différences doivent rester la ligne directrice. Le label «Magritte», accolé aux films lauréats, est une très belle mise en valeur, un gage de visibilité pour certains, une carte de visite très utile pour les films suivants. J’espère que cette cérémonie existera encore longtemps, nous permettant ainsi de saluer les nombreux talents qui font le cinéma belge francophone.

À ce titre, pour répondre à ceux qui pensent que les lauréats sont toujours les mêmes et que le jeu des récompenses tourne en circuit fermé, je tiens à rappeler que, cette année, 25 talents ont reçu un Magritte dont 15 pour la première fois, ce qui apporte la preuve d’un véritable renouvellement! Les «Magritte du cinéma» contribuent donc à valoriser l’extraordinaire richesse et diversité du cinéma belge francophone auprès de son public à Bruxelles et en Wallonie, en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les lauréats de cette cérémonie sont le reflet de la réelle diversité de notre cinéma et leur écho à l’international est toujours plus vaste et vivace. Je prends l’exemple du film «Parasol». Je me suis retrouvée assise à côté de l’un des responsables du festival d’Angoulême qui s’étonnait que l’on ne lui ait pas proposé ce film. Il a voulu le visionner et en obtenir une copie pour le projeter à Angoulême. Voilà ce que l’on pourrait nommer un «bénéfice collatéral» de cette soirée.

Isabelle Emmery – – Je vous sens pleine d’enthousiasme par rapport à la nouvelle édition qui se prépare. Cette soirée des Magritte du cinéma a toute son utilité et l’exemple que vous venez de donner est éloquent de ce point de vue. À bien des égards, cette cérémonie n’est pas figée. Peut-être conviendrait-il d’ailleurs d’y inclure les séries qui remportent un vif succès hors de nos frontières grâce aussi à leurs acteurs très talentueux.

Je voudrais également vous demander si les lauréats sont sensibilisés à l’opération «Cinéastes en classe» et à l’outil qu’elle constitue.

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