L’avenir du FIFF

L’avenir du FIFF

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur l’avenir du FIFF.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Parmi les festivals de cinéma qui ont une belle envergure et une renommée, en Fédération Wallonie-Bruxelles, mais aussi au-delà, figure le Festival international du film francophone (FIFF) de Namur, dont l’édition 2016 s’est déroulée du 30 septembre au 6 octobre. Espérons que la programmation puisse se poursuivre et permette à l’avenir de drainer un public aussi nombreux que cette année et de faire la part belle à la création qui nous est très chère.

Ma question concerne l’horizon et la survie de ce festival, potentiellement menacé. Il me revient que plusieurs sources de financement, émanant du privé, mais aussi – et c’est l’objet de mon inquiétude aujourd’hui – du pouvoir fédéral, sont compromises. Il semble en effet que le subside de la direction générale de la Coopération au développement, lié au caractère international et francophone du festival, a été supprimé, ce qui indiquerait que les autorités fédérales négligent le retentissement de cet événement en dehors de nos frontières. En outre, cette suppression s’est faite sans préavis et sans que nous en connaissions le motif.

Madame la Ministre, pouvez-vous nous confirmer cette décision unilatérale prise au niveau fédéral? Comment réagir face à cette nouvelle offensive contre la culture orchestrée depuis un niveau de pouvoir qui semble bien sourd aux intérêts francophones de ce pays?

Je suppose que tout sera mis en œuvre pour réfléchir aux meilleures options visant à préserver un événement culturel important de notre Fédération. Selon la presse, certaines portes pourraient s’ouvrir, grâce à la société de production des frères Dardenne ou du financement participatif (crowdfunding). Ces pistes restent cependant aléatoires face au trou laissé par la disparition du subventionnement fédéral.

Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance – Il s’agit effectivement d’une décision unilatérale prise au niveau fédéral. Je n’en connais pas les raisons. D’autres festivals que le FIFF sont touchés par cette mesure puisque la décision prise est d’arrêter tout soutien aux festivals de cinéma en Wallonie et à Bruxelles.

Toutefois, je ne veux pas rentrer dans une spirale négative autour de la situation financière du FIFF. Il importe de relativiser l’information lue dans la presse selon laquelle le festival serait proche de la faillite. Oui, les pertes conjuguées d’un financement public et d’un sponsor privé sont un coup dur pour le festival. En revanche, il ne s’agit pas d’un désintérêt public ou privé pour le FIFF, mais du retrait, de tous les festivals, du pouvoir public concerné et d’un sponsor privé qui est en redressement judiciaire et ne peut dès lors plus honorer les partenariats prévus.

Ensuite, je soulignerai la réaction rapide des organisateurs qui ont tenu à prendre des mesures immédiates afin de limiter les conséquences collatérales de cette situation. Outre des économies de gestion sur les différents postes budgétaires, il a été décidé de raccourcir la durée du festival d’une journée. Cela résulte, d’une part, du préavis de grève nationale déposé pour le vendredi 7 octobre 2016, qui risquait de compliquer la tenue de la cérémonie de clôture du festival, et, d’autre part, de l’économie budgétaire substantielle que cette décision entraîne. Le budget annuel du festival est de plus de 1,5 million d’euros et le budget prévisionnel de cette édition 2016 prévoit un déficit probable de 15 000 euros, soit moins d’un pour cent.

Même si nous devons rester très attentifs à la situation du festival et notamment voir, à l’issue de l’édition 2016, si les prévisions ont été respectées, il convient de relativiser la situation sans tomber dans un alarmisme qui pourrait se révéler préjudiciable.

L’apport annuel du centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Fédération Wallonie-Bruxelles au FIFF s’élève à 150 000 euros, soit le montant maximal pour un festival selon le décret «Cinéma» et ses arrêtés d’application. Le FIFF bénéficie actuellement d’un contrat-programme de cinq ans qui se terminera le 31 décembre 2017; son renouvellement sera examiné par la Commission d’aide aux opérateurs audiovisuels en 2017.

Isabelle Emmery – Le retrait des autorités fédérales touche donc toutes les initiatives. Il s’agit quand même d’un signe très négatif.

Je vous rejoins sur le fait qu’il ne faut pas donner de messages alarmistes. Une politique volontariste de sponsoring a été mise en œuvre et porte d’ailleurs ses fruits.

Pour le reste, un renouvellement des contrats-programmes est en cours avec notre institution. C’est sans doute un moyen de remettre en lumière ce festival qui ne démérite pas, ni en termes de public, ni en termes de programmation, ni en termes de rayonnement international.

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