Le promotion du cinéma belge

Le promotion du cinéma belge

J’ai interrogé la ministre de la Culture sur les annonces relatives au plan de promotion du cinéma belge présenté à l’occasion du « Fiff 2015 »

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Isabelle Emmery – Madame la Ministre, à la suite de votre annonce et de votre présentation du plan de promotion du cinéma belge à l’occasion du Festival international du film francophone de Namur, je souhaite revenir sur certains éléments.
Vous souhaitez à juste titre répondre aux défis, enjeux et besoins urgents du secteur du cinéma, notamment pour accroître l’adhésion des publics de la Fédération Wallonie-Bruxelles aux productions du cinéma belge francophone. Tant lors du lancement du processus de réflexion sur les politiques culturelles qu’à l’occasion du bilan du Centre du cinéma, j’ai pu noter que vous souhaitiez poursuivre une politique ambitieuse et cohérente, ce dont je ne peux que me réjouir, tant il est vrai qu’elle s’inscrit dans la dynamique amorcée précédemment.

Je salue également votre volonté de travailler en concertation notamment avec le Centre du cinéma. Je pense qu’il est particulièrement important de renforcer la collaboration et l’action avec les différents acteurs et opérateurs culturels et économiques pour accroître l’effet de levier des politiques soutenues par des moyens publics, tout en veillant évidemment à la cohérence globale et à maintenir les atouts respectifs des différents intervenants.

Il faut évidemment renforcer l’attractivité auprès des publics sans privilégier l’aspect exclusivement commercial des films et maintenir notre identité culturelle et créative. C’est une équation difficile, mais essentielle.

Est-il envisagé de renforcer les partenariats et collaborations avec d’autres organes, tels que Wallimage? Dans l’affirmative, sous quelle forme? Pouvez-vous identifier les moyens spécifiques nouveaux dégagés? Une enveloppe de 800 000 euros serait allouée aux distributeurs et producteurs pour la sortie tandis que 500 000 euros seraient consacrés à des activités de promotion, soit un total de 1,3 million d’euros. L’enveloppe actuelle renferme un peu moins de 1,18 million. Ces montants s’additionneront-ils ou seront-ils réorganisés à l’intérieur de l’enveloppe? Dans ce dernier cas, comment les aspects liés à la promotion seront-ils adaptés aux besoins de terrain?

Le soutien de la Fédération pourrait-il s’envisager pour des supports de promotion qui seraient par ailleurs imaginés en partenariat avec des développeurs issus de Wallonie et de Bruxelles – je pense en particulier à des applications pour supports mobiles –, eux-mêmes financés par des mécanismes de soutien et des leviers économiques?

Vous évoquez notamment la relance des ciné-clubs et l’importance de la diffusion dans des lieux qui ne sont pas uniquement les salles de cinéma classiques. Je vous ai entendu ce matin évoquer les centres culturels. Envisagez-vous d’autres pistes? Les festivals de cinéma qui se déroulent en Fédération Wallonie-Bruxelles sont bien sûr des moments privilégiés pour la promotion de notre cinéma. Comment renforcer cet aspect lors de chacun d’eux?

Concernant la diffusion des films primés aux Magritte, si j’en comprends l’intention et la soutiens, je m’interroge sur la méthodologie la plus pertinente. En l’espèce, existe déjà le Be Film Festival. Il a une fonction de promotion qui pourrait certainement être renforcée, moyennant une coordination intelligente, notamment en ce qui concerne le calendrier, avec la cérémonie des Magritte. Cette piste a-t-elle fait l’objet d’une réflexion et pourrait-elle être suivie? Dans l’affirmative, quels obstacles identifiez-vous?

Vous me permettrez également de revenir sur deux aspects qui me tiennent particulièrement à cœur, à savoir d’une part le court-métrage qui est évidemment une voie d’entrée essentielle dans le métier de cinéaste et qui me paraît devoir faire l’objet d’une attention accrue, et, d’autre part, les films d’animation, que nous avons déjà évoqués, notamment à l’occasion du bilan du Centre du cinéma. Qu’en est-il?

Qu’en est-il de la survie et de la relance du Plan «TV» dont il vous semblait nécessaire de réallouer les moyens au profit du cinéma belge? N’était-il pas possible de mener les deux logiques complémentairement? Où en sont les travaux de la Plateforme «Cinéma» qui devait évoquer plusieurs dossiers importants, notamment pour la transmission des chiffres de fréquentation des salles? Enfin, en ce qui concerne l’actualisation de l’enquête, il est évident que les pratiques ont évolué étant donné le développement des supports numériques.

A-t-on toutefois pris en compte le biais qui peut exister dans la comparaison des chiffres dans la mesure où l’enquête de 2009 avait été réalisée par téléphone alors que celle de 2015, réalisée par internet, s’adresse forcément à des personnes qui utilisent ce média. Il faut donc éviter de surpondérer certaines réponses, tout en tenant compte de l’évolution réelle des pratiques.

En conclusion, la réflexion va dans le bon sens et je soutiens la dynamique globale. J’insiste toutefois sur la cohérence nécessaire avec les acteurs de terrain et autres opérateurs économiques en vue de renforcer les synergies et collaborations pertinentes et éviter les doublons d’initiatives.

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Lors du bilan du Centre du cinéma et de l’audiovisuel, le 24 mars dernier, j’avais présenté aux professionnels de nouvelles lignes d’action pour améliorer la promotion du cinéma belge. Nous avons en effet un cinéma de qualité. En témoigne le foisonnement de films notamment de la nouvelle génération. Je pense à Préjudice, au nouveau film de Joachim Lafosse qui sortira en janvier, au film de Jaco Van Dormael, Le tout nouveau testament ou encore à Keeper qui a fait la soirée belge du Fiff.

Grâce aux différents soutiens que nous avons mis en place, il existe donc une vraie dynamique.

La problématique de l’histoire d’amour du cinéma belge avec son public et la manière de renforcer son ancrage et sa diffusion dans la population belge francophone, en particulier les jeunes, restent des soucis importants. L’étude a démontré que le regard des Belges francophones sur le cinéma est de plus en plus positif et n’est plus enfermé dans certaines caricatures de cinéma social et noir. Ils trouvent le cinéma belge aussi intéressant, parfois amusant. Il faudrait simplement qu’ils aillent voir ces films en plus grand nombre. C’est pour cette raison qu’une politique de promotion et de diffusion était nécessaire. Nous l’avons développée et organisée avec le Centre du cinéma, sur la base de l’étude que nous avons présentée à l’occasion du Fiff à Namur.

Certaines choses ont été lancées voici quelques mois, à savoir l’organisation d’avant premières pour des leaders d’opinion. Bien avant la sortie des films et les avant-premières officielles, nous organisons avec le Centre du cinéma des projections privées et y invitons des faiseurs d’opinions actifs sur internet, sur les blogs, dans le milieu artistique, dans les médias, dans le monde académique, etc. Cela permet de lancer le bouche à oreille et de valoriser la communication bien avant le lancement des opérations de marketing classiques. Nous l’avons fait en juin, avec Le tout nouveau testament. Nous venons de faire la même chose en septembre pour Préjudice. La prochaine soirée mettra à l’honneur Les chevaliers blancs de Joachim Lafosse.

Nous venons aussi de lancer des avant premières dans des villes sans grand cinéma, grâce au soutien des centres culturels. On peut ainsi présenter ces films dans des endroits qui n’avaient pas été favorisés jusqu’à présent. Ainsi, Jaco Van Dormael est venu présenter son film le 4 septembre 2015 au centre culturel de Gembloux et le 25 septembre 2015 au centre culturel de Rixensart. On touche dès lors beaucoup plus de public. Par conséquent, nous avons décidé de mener cette action pour six films par an.

Nous voulons également lancer toute une opération en amont et en aval des Magritte du cinéma. À ce moment, la concentration de l’attention des médias autour de ces prix permettra présenter les films à sortir. D’ailleurs, les Magritte auront cette année une catégorie spéciale pour les films d’animation qui étaient jusqu’à classés traités dans la même catégorie que les films classiques.

Au vu le talent présent, les films d’animation méritent d’avoir une catégorie à part entière. Ce sera fait. Nous avons également amélioré différentes choses pour les jurys puisqu’il y avait eu quelques petites critiques à leur sujet. Nous sommes en train de négocier un partenariat avec la RTBF pour mettre beaucoup plus en évidence les tournages et les sorties de nos films. Il s’agit de les valoriser davantage sur la RTBF à des heures de grande écoute, notamment avant ou après les JT. En outre, la diffusion de nos films devrait avoir lieu ailleurs que sur la Deux ou la Trois à des heures parfois indues. Nous voulons aussi des films belges en prime time.

Nous sommes également en train de préparer une stratégie de promotion de nos films belges dans les salles de cinéma par le biais de bandes de lancement. Nous nous sommes en effet rendu compte que tous les films belges n’avaient pas de bande-annonce. Or il en faut une! Les bandes annonces les plus visibles que nous retenons sont celles qui apparaissent après les publicités. Cela coûte plus cher et c’est la raison pour laquelle nous assurons un financement pour pouvoir valoriser nos films belges avec des bandes de lancement avant les grandes séries ou les films américains chers à M. Bouchez. Il s’agit de montrer que d’autres offres existent. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller voir les films américains.

Nous suivons également une logique visant à assurer la promotion de nos films et à diffuser des capsules sur le web et les réseaux sociaux. Un budget de 1 100 000 euros est actuellement prévu à cet effet. Toutefois, nous répartissons désormais différemment les aides et les primes et nous augmentons par ailleurs ce budget de 210 000 euros. Il passera en effet à 1 300 000 euros en 2016. Dès lors, 800 000 euros seront alloués directement aux distributeurs pour la sortie de leurs films et 500 000 euros couvriront tous les frais que nous évoquons pour la promotion de nos films. Nous octroyons en outre 50 000 euros à la Quadrature du Cercle pour soutenir une meilleure diffusion des films belges dans les centres culturels.

Voilà donc la nouvelle logique qui a été pensée avec le monde du cinéma et qui a été très bien appréciée par les différents producteurs et réalisateurs. Nous renforçons en effet largement la diffusion grâce à des primes beaucoup plus claires et plus efficaces. Nous finalisons actuellement le nouveau système et nous viendrons le présenter en commission avec le Centre du cinéma.

Nous lançons aussi une initiative Cinéastes en classe, du même genre qu’Écrivains en classe, ainsi que des opérations dans les écoles avec des cassettes et des petites valises vidéo pour pouvoir relancer les cinéclubs et faire découvrir notre cinéma belge de manière beaucoup plus efficace.

Lors du transfert de compétences, nous avons reçu celle concernant le prix des places de cinéma.

Pourquoi le cinéma est-il un peu plus cher chez nous? Notamment parce que nous avons d’énormes salles. Le nombre de places y est plus élevé que la moyenne française et d’autres pays. De plus, elles sont équipées de la technologie de pointe, notamment avec la 3D. Leurs coûts de fonctionnement sont dès lors un peu plus importants, ce qui explique la différence de prix. La qualité de la projection et le confort y sont toutefois meilleurs.
La régulation du prix du livre est à la fois complexe et un peu plus simple, car l’outil est clairement un livre en français ou en néerlandais, même dans des villes comme Bruxelles, puisque nos deux Communautés sont désormais compétentes pour réguler les prix. Nous sommes en train de contacter le ministre Sven Gatz afin de pouvoir présenter nos projets de décret.

Pour les librairies bruxelloises, voire en Wallonie ou en Flandre, qui proposent des livres francophones ou néerlandophones, les décrets devront être quelque peu différents. Dans ce cas-là au moins, le support est clair. Pour le cinéma à Bruxelles, le problème est de savoir comment faire pour les films en langues étrangères qui ne sont ni de l’une ni de l’autre Communauté. Dans ce dernier cas, nos décrets devront absolument avoir un contenu commun. Nous devons nous mettre parfaitement d’accord à ce sujet. Cela fait partie des points que nous devons régler ensemble. Avec M. Gatz, nous commençons par le livre et nous aborderons, le cas échéant, la problématique du cinéma. Pour le livre, nos propositions seront très proches du marché français dans lequel notre marché est intimement imbriqué. Le marché flamand du livre est intimement lié au marché néerlandophone.

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Isabelle Emmery – On a reparlé des Magritte et vous avez dit qu’il fallait travailler en amont et en aval de cette remise de prix. Je vous avais interrogée sur l’interaction possible avec les festivals, notamment le Be Film Festival qui se tient à Bruxelles. Cependant, celui-ci a lieu en décembre alors que les Magritte sont remis en février. Il faudrait peut-être penser à les rapprocher et travailler ainsi en amont et en aval comme vous le souhaitez.

Je suis satisfaite d’entendre que vous allez réserver une fenêtre au cinéma d’animation lors des Magritte. Cela favorisera probablement ce secteur. Je ne vous ai toutefois pas entendue sur les courts-métrages. J’y reviendrai plus tard.

Je n’ai pas tout compris au sujet des budgets, entre les 1 180 000 euros existants et les 1300 000 d’euros. On pourra y revenir.

Joëlle Milquet – On a indexé la dotation du Centre de cinéma de plus de 300 000 euros, ce qui n’était pas le cas auparavant. Les chiffres que vous citez représentent le différentiel entre ces 1 180 000 euros de l’enveloppe destinée aux aides que nous avons revues et les 210 000 euros supplémentaires pour financer les nouvelles initiatives de 2016 que je viens de présenter. Il y aura également 50 000 euros de plus pour la Quadrature du Cercle afin de financer la diffusion dans les centres culturels. Globalement, cela fait 250 000 euros.
Isabelle Emmery – Ce sont de belles perspectives.

Encore un mot sur le court-métrage. Ne pourrions-nous pas envisager de travailler sur des bandes-annonces pour soutenir ce créneau de l’audiovisuel? Je trouve deux initiatives très intéressantes qui font suite à une politique déjà menée. Il s’agit de l’introduction du cinéma à l’école et de la diffusion de supports pour les écoles. Il y avait les dossiers pédagogiques d’Écran large sur tableau noir et il y a maintenant vos cassettes et valises vidéo que je me réjouis de découvrir.

Je n’ai pas entendu beaucoup de choses sur le Plan «TV». J’y reviendrai.

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