L’économie bruxelloise post-attentats

L’économie bruxelloise post-attentats

Je suis intervenue en Commission économie du parlement bruxellois dans le débat sur les événements tragiques du 22 mars dernier.

Voici mon intervention:

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président,
Chers collègues,

Notre ville n’a malheureusement pas été épargnée par le terrorisme. La barbarie, la haine ont frappé et ont touché aux fondements de nos libertés et de nos principes les plus chers.

Au nom du Groupe PS, j’aimerais évidemment adresser nos pensées aux victimes et à leurs proches. J’aimerais également saluer le courage admirable des services de secours et l’engagement sans relâche de nos services de police, de nos services hospitaliers, de la STIB, du SIAMU et des taximen bruxellois.

Notre responsabilité politique est plus que jamais engagée : nous devons démontrer que nous sommes en capacité d’agir et d’apporter des réponses crédibles face à cette menace qui tente de nous disperser. Nous devons démontrer que cet Etat fonctionne, que tous ses niveaux de pouvoirs joignent leur force dans un objectif commun : la défense de cet espace de liberté et de convivialité qui caractérise notre territoire régional.

            Impact sur le secteur économique

En décembre dernier mon collègue Philippe Close interpellait Madame Jodogne sur les suites des attentats terroristes en Tunisie et leurs impacts désastreux sur le tourisme – un des secteurs clé de l’économie tunisienne – et en appelait à l’ouverture et à la résilience. Nous étions alors encore en plein lockdown consécutif aux attentats de Paris du 13 novembre. Aujourd’hui, à peine revenions-nous à une vie plus « normale » et faisions-nous le bilan économique de cette tragédie pour notre Région, que nous étions à notre tour frappés.

Bruxelles, soutenue par les pays du monde entier, est restée debout et les Bruxellois sont demeurés dignes. Mais le désastre est là. Venant s’ajouter à l’atmosphère morose dans l’Horeca depuis le lockdown, les petits commerces bruxellois ont enregistré un effondrement de presque 60 % de leur chiffre d’affaire dans les jours qui ont suivi les attentats ! Une réaction rapide est donc indispensable.

Nous savons que vous et l’agence Atrium vous êtes déjà mobilisés pour les commerçants des 10 quartiers du Pentagone. C’est déjà un premier pas positif, même si au départ le dispositif était destiné à répondre au mal fait à la réputation de notre ville-région par le lockdown de novembre et aux problèmes liés à la mobilité dans le centre. Une adaptation du projet aux nouvelles circonstances tragiques auxquelles nous faisons face devrait être possible.

Mon Groupe et moi-même sommes d’avis qu’outre cette initiative, d’autres devraient être prises allant en ce sens. Certaines idées en vue de restaurer l’image de Bruxelles ont déjà pu être développées ce lundi. Mais je pense à un signe de reconnaissance, tel qu’un logo avec un slogan court mais frappant et rassembleur, accompagnant tous les éléments de la réponse globale de la Région, sur l’exemple de « keep calm and carry on » ou « united we stand ». Quelles que soient ces idées, il s’agit d’écouter les secteurs touchés et de travailler de concert avec eux.

 Par ailleurs, mon groupe se réjouit de la constitution d’un pool d’experts, annoncé hier et  qui sera baptisé « restart.brussels » et financé à hauteur de 600.000 euros, autour d’Impulse, Atrium et CED (Centre d’entreprises en difficulté) pour accompagner de différentes façons les entrepreneurs fragilisés.

 À côté des initiatives complètement neuves, il s’agit également d’exploiter au maximum ce dont on dispose à l’heure actuelle, quitte à étendre la portée de l’un ou l’autre outil. À l’avenir nous entrevoyons le besoin d’une collaboration plus importante avec le Centre pour Entreprises en difficulté sur cette question. Par exemple pour les initiatives décidées par la Région, il s’agirait de passer de la logique de l’ouverture aux entreprises qui éprouvent le besoin d’aide à une action proactive, sur le terrain, auprès des entreprises et commerces impactés par les attentats terroristes.

Comme je le disais, ce sont les secteurs de l’Horeca et du tourisme qui paient actuellement le plus lourd tribut au terrorisme. Il y a certes un manque-à-gagner dû à l’effondrement du tourisme et de la fréquentation du centre-ville. Mais d’autres quartiers bruxellois connus pour leurs restaurants et bars – peut-être moins touristiques – ont également été touchés, de manière plus indirecte, car les gens sortent tout simplement moins de chez eux. Ainsi, le quartier du Châtelain ressent également une baisse de fréquentation non négligeable, même si c’est dans une moindre mesure que le Pentagone. Le problème est donc plus large. Le niveau fédéral a déjà pris la décision de diminuer les cotisations sociales, ce qui est positif dans son principe. Reste maintenant à la mettre en pratique.

Avec la suppression de la taxe forfaitaire pour indépendants et entreprises, la Région dispose de moins d’outils fiscaux touchant si directement les secteurs impactés : il faut faire preuve d’imagination. Je pense à certaines taxes communales à caractère économique touchant les secteurs impactés comme la redevance sur le placement des terrasses sur la voie publique.

Nous avons évoqué l’action de Madame la Secrétaire d’État du Commerce extérieur, notamment concernant la Tunisie. Au vu des problèmes vécus par le secteur bruxellois du tourisme, il est important de non seulement mettre en valeur le savoir-faire de nos entreprises à l’étranger ainsi que les avantages qu’offre Bruxelles pour l’investissement, mais s’axer davantage que par le passé sur les structures d’accueil ainsi que les attractions touristiques de notre Région. Que Bruxelles dispose d’une fonction politique ayant pour mission de promouvoir son économie, ses entreprises et son commerce à l’étranger, est un atout clé que n’ont pas d’autres villes qui ont également été touchées par le terrorisme. À cet égard, il serait essentiel d’adapter l’agenda et le programme des actions de Madame la Secrétaire d’Etat à l’étranger de manière à mieux répondre aux besoins de la situation dans laquelle nous nous trouvons.

Il faut également penser à quelques coups d’avance. Si la situation actuelle est mauvaise et certains secteurs clés de notre économie souffrent en ce moment, il convient également de penser aux conséquences en termes d’emploi de cette crise du terrorisme. Les secteurs les plus impactés sont connus, mais l’étendue des dégâts peut encore évoluer et s’étendre à d’autres secteurs et participer à un ralentissement de l’économie bruxelloise qui reprenait pourtant des couleurs.

Pour terminer , mon groupe tient à féliciter notre Gouvernement pour l’ensemble des mesures mises sur la table par les acteurs sociaux et du Gouvernement annoncées hier et qui seront intégrées dans un processus de négociations avec les interlocuteurs sociaux.

Monsieur le Ministre, voici mes questions :

Est-ce que vous pouvez revenir sur le projet « make.brussels » au profit des commerces du Pentagone ? Outre l’originalité, quels autres critères seront pris en compte dans le choix des projets ?

« make.brussels » est un projet de longue haleine qui ne prendra fin en décembre. Quelles autres initiatives projetez-vous de prendre à plus court terme pour sauver autant que possible la saison 2016 ?

Le Gouvernement a proposé   la mise à disposition de deux produits de crise via Finance.brussels et ce, selon la taille des entreprises. Sont donc prévus, pour les indépendants et les TPE, un octroi de crédits d’investissement de maximum 20.000 euros à un taux réduit et pour les plus grandes entreprises, des crédits jusqu’à maximum 250.000 euros. Quels seront les critères retenus afin de pouvoir disposer de ces deux produits de crise ? Il me semble également important d’insister sur le rôle du fédéral afin de participer aux mesures destinées à faire en sorte que nos entreprises s’en sortent. Une concertation avec le fédéral est-elle prévue à ce sujet avec lé fédéral ?

Comment la question du commerce et de l’Horeca sera-t-elle associée à la nécessité plus large de redorer l’image de notre Région ?

Nous apprenions hier qu’une mission de monitoring des conséquences de la crise sur l’emploi des Bruxellois sera élaborée. Cependant, Beci a déjà annoncé que plus de 10 000 emplois étaient menacés et a lancé la campagne « stonger.brusssels ». Quel est l’objectif de cet campagne ? Votre cabinet est-il associé à cette démarche ?

Est-ce que le Gouvernement dispose de projets concernant le Centre pour Entreprises en difficulté dans le cadre des actions suite aux attentats ? Le cas échéant, quels sont-ils ? Quels contacts ont déjà été pris à ce sujet ?

Outre, l’exonération partielle des taxes terrasses et l’exemption de la taxe hôtelière pour 6 mois, est-ce que vous envisagez d’autres allègements de taxes ou redevances communales liées aux secteurs durement touchés que sont l’Horeca? Le cas échéant, quels sont-ils ?

Est-ce que l’action de Madame la Secrétaire d’État du Commerce extérieur sera adaptée au regard de la situation actuelle, notamment dans le secteur du tourisme ? Le cas échéant de quelle manière ? Qu’est-ce qui est prévu à destination des pays qui constituaient dans ces dernières années les meilleurs « clients » de notre Région en matière de tourisme ?

Quel est l’impact du « brussels bashing » sur les exportations bruxelloises et les investissements des étrangers au sein de notre Région ?

Enfin, le Gouvernement fédéral a annoncé une série de mesures en vue de soutenir les secteurs touchés via des étalements de paiements de charges. Avez-vous été consulté pour établir un plan commun ? Il y a-t-il des synergies à identifier ?

Je vous remercie pour vos réponses.

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