Lettre ouverte à la Ministre de la Culture

Lettre ouverte à la Ministre de la Culture

Nos Centres culturels sont mis à mal… Avec de nombreux mandataires socialistes bruxellois, Echevins de la Culture et/ou responsables de Centres culturels, j’ai co-signé cette lettre ouverte destinée à la Ministre de la Culture.  Elle concerne les difficultés rencontrées par les centres culturels suite au désinvestissement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les centres culturels : un outil de démocratie local mis à mal

 
Madame la Ministre,
Lors d’une récente rencontre avec les responsables de centres culturels, vous avez annoncé un certain nombre de mesures concernant l’avenir du secteur.

Ces décisions, attendues de longue date, concernent l’application du décret des centres culturels du 21 novembre 2013, en souffrance depuis de nombreuses années. Les attentes étaient donc grandes.

Si votre démarche mérite d’être saluée, les acteurs au nombre desquels nous sommes n’en demeurent pas moins perplexes sur la volonté de la Fédération Wallonie-Bruxelles de remettre au centre un outil important du paysage culturel francophone. C’est la raison pour laquelle en tant que responsables socialistes de la culture, nous tenons à vous exprimer notre désarroi quant à cette situation alarmante.

Les centres culturels œuvrent depuis leur création à offrir une programmation de spectacles riche et variée à tous les publics, à aider les artistes dans leur parcours créatif, mais aussi, et c’est un élément essentiel, à favoriser les découvertes et les échanges et par là à promouvoir l’émancipation personnelle, à favoriser une citoyenneté responsable et à participer, in fine, au développement d’une société de progrès.

Le décret de 2013 dans un langage tout particulier ne dit d’ailleurs pas autre chose. Son article 4 est ainsi libellé : « Un centre culturel est un lieu de réflexion, de mobilisation et d’action culturelle par, pour et avec les populations, les acteurs institutionnels et les acteurs associatifs d’un territoire. L’action qu’il propose permet, avec celle d’autres opérateurs culturels, l’exercice du droit à la culture par tout individu. »

Cette action doit en outre porter une attention particulière à la réduction des inégalités dans l’exercice du droit à la culture. C’est là un élément évidemment capital pour nous, mandataires socialistes.

Or, les centres culturels sont sous-financés.

L’éclaircie qui devait arriver avec l’application financière du décret s’est éloignée et les propositions récentes d’échelonnement pour aboutir au plein régime en 2022 sont difficilement acceptables.

Cela signifie que pour certains centres culturels qui ont commencé à travailler en 2014 pour se mettre en conformité avec le décret, 8 longues années se seront écoulées avant qu’ils en tirent un réel apport.

Que dire des réalités de terrain et des interlocuteurs qui auront plus que fort probablement changé. Au-delà des décisions, les travailleurs et les équipes qui s’essoufflent sont mises en difficulté : volume important du supplément de travail (la rotation du personnel et les burn out n’ont jamais été si nombreux) ; discrédit de la population qui ne voit rien en retour de la large consultation qui a été menée ; mise en situation paradoxale avec certains pouvoirs locaux (nous y reviendrons) et parfois même mise en concurrence avec d’autres centres culturels.

Mais pire encore les moyens financiers concédés aux centres culturels n’ont cessé de diminuer. La non indexation et la diminution de 1 % des subventions ont grevé leurs budgets alors que les charges augmentaient : ancienneté du personnel, cachet des artistes, frais de fonctionnement.

Tout cela nous parait être en contradiction avec les objectifs définis par le décret qui vise le développement culturel d’un territoire, dans une démarche d’éducation permanente et une perspective de démocratisation, de démocratie et de médiation culturelles.

Par ailleurs, les défis pour nos communes liés au boom démographique sont énormes.  A côté de nouvelles crèches et de nouvelles écoles, de nouvelles reconnaissances sont indispensables qui, dans les perspectives actuelles, ne percevront aucun financement avant plusieurs années.

Nous comprenons mal certains écarts entre les chiffres de population et le financement actuel de la Fédération.

Les relations avec les communes sont également déséquilibrées. Qu’en est-il encore de la parité des moyens quand un des pouvoirs désinvestit à ce point ? Pourquoi les communes doivent-elles s’engager sans certitude sur l’issue des projets déposés ?

A aucun moment, les difficultés rencontrées par l’application du décret n’ont fait l’objet d’une consultation du pouvoir local quant aux solutions à envisager pour garantir la pérennité des institutions.

Voici donc, Madame la Ministre, un état des lieux qui débouche véritablement sur un appel au secours.  Comme nous vous l’avons exprimé, les difficultés du secteur sont grandes et les attentes énormes quant au soutien de leur pouvoir de tutelle.

En tant que responsables politiques locaux, nous avons estimé devoir vous faire part de nos inquiétudes et insister sur la nécessité de donner au décret les moyens de ses ambitions.

Il s’agit pour nous d’une priorité politique à mettre en œuvre si nous ne voulons pas mettre à mal un outil indispensable à la démocratie, et nous ne le voulons pas.


Les signataires :

Michèle CARTHE, Première Echevine de Ganshoren
Dominique CLAJOT, Echevine de la Culture et Présidente du Centre culturel d’Evere
Fabrice CUMPS,  Echevin de la Culture d’Anderlecht
Isabelle EMMERY,  Présidente du Centre culturel d’Anderlecht
Catherine FRANÇOIS, Présidente du Centre culturel de Saint-Gilles
 Karine LALIEUX, Echevine de la Culture de la Ville de Bruxelles et Présidente du Centre culturel de Laeken
Carlo LUYCKX, Echevin de la Culture de Saint-Gilles
Colette NJOMGANG-FONKEU, Echevine de la Culture et Présidente du Centre culturel d’Etterbeek
Charles SPAPENS,  Echevin de la Culture de Forest
Denis STOKKINK, Président du Centre culturel de Forest

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