Liens culture-école

Liens culture-école

J’ai interrogé la ministre de la Culture et de l’Education au sujet des liens entre la culture et l’école.

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, en cette rentrée parlementaire, il me semble nécessaire de revenir sur un dossier essentiel, celui des liens entre l’école et la culture. Cette thématique a fait l’objet de nombreux débats et réflexions, d’ailleurs toujours en cours. À plu- sieurs occasions, vous avez insisté sur l’importance de l’intégration de la dimension cuturelle au sein du milieu scolaire. En effet, au plus tôt la culture est intégrée au sein des classes, au plus tôt l’élève pourra développer sa sensibilité par rapport à son environnement immédiat. Ainsi, il s’engagera dans un processus d’ouverture sur le monde. L’appropriant et en l’enrichissant par sa participation active.

Les rencontres actives et vivantes, les relations directes avec les artistes, dont la présence
dans les classes permet d’y faire entrer un autre regard sur le monde, le contact avec les œuvres et l’environnement culturel sont également des moyens de placer l’élève au cœur de sa culture.

Madame la Ministre, je sais que cette thématique fait partie de vos priorités et la coupole «Alliance culture-école», dans le cadre de l’opération «Bouger les lignes», en témoigne. Cependant, je souhaiterais savoir où vous en êtes dans le cadre de cette priorité culturelle.
Quel bilan intermédiaire pouvez-vous dresser des rencontres de la coupole «Alliance culture- école» lancée en avril dernier?

Je sais que vous privilégiez le lien structurel. J’ai aussi entendu les acteurs de la coupole dire, lors d’une réunion à Namur, qu’il fallait sortir la culture de son rôle satellitaire, que son traitement au sein de l’école était profondément inégalitaire puisqu’il repose sur des initiatives volontaires et sur les bonnes volontés, que l’on faisait de l’art sur appel à projets, et pas les maths, ce qui est assez symptomatique de la place de la culture à l’école.
Est-il prévu de modifier le décret Culture- École et dans l’affirmative, quelles  modifications substantielles seront-elles apportées?

En tant que ministre de la Culture et de l’Éducation, de quelle manière allez-vous réintégrer l’éducation culturelle dans le cursus scolaire et comment les enseignants devront-ils être accompagnés dans cette démarche? Comment le lien culture-école s’articule-t-il avec le Pacte d’excellence?

Le budget 2015 prévoit des moyens supplémentaires pour le dispositif Culture-École. Pouvez-vous nous détailler la manière dont les budgets supplémentaires – y compris pour 2016 – ont été affectés et quels types de projets sont soutenus grâce à ces moyens complémentaires?

Dans des débats antérieurs, vous parliez de l’instauration de référents culturels. Qu’en est-il à ce jour? Quelles seraient leurs missions?

Mme Joëlle Milquet, vice-présidente et ministre de l’Éducation, de la Culture et de l’Enfance. – Ce sujet me tient à cœur. C’est pour- quoi nous avons lancé, le 26 septembre dernier, la coupole «Alliance culture-école», qui dépend à la fois de l’opération «Bouger les lignes» et du Pacte pour un enseignement d’excellence. Les membres de la coupole vont plancher sur les quatre grandes thématiques retenues: premièrement, intégration de l’apprentissage de la pratique de l’art dans le cursus scolaire, deuxièmement, accès à la culture durant le cursus scolaire, troisièmement, révision des interactions entre l’école et les académies, et entre l’école et les opérateurs culturels et, quatrièmement, adaptation de la formation initiale et continuée du cadre enseignant.

Le décret culture-école devra être adapté  pour être organisé de manière plus ambitieuse, mais il ne concerne pas l’apprentissage de l’art dans le cursus scolaire. Ce projet s’intègre dans la structure de l’enseignement. Ce décret concerne les spectacles à l’école et les relations entre artistes et opérateurs culturels avec l’école. En 2014, il a déjà fait l’objet de quelques modifications décrétales, puisque les objectifs ont été reformulés: la référence au décret «Missions» a été ajoutée et certaines modalités de collaboration durable et ponctuelle ont été harmonisées.

Nous nous trouvons à une période charnière entre le bilan du Programme d’actions concerté 2012-2015, qui sera présenté prochainement, et celui qui lui succède pour 2015-2018, que je présenterai sous peu au gouvernement. Il sera déposé juste après la Toussaint. Les modifications dépendront des recommandations de la cellule Culture- Enseignement dans le cadre de l’opération «Bouger les lignes» et du Pacte pour un enseignement d’excellence.

Concernant le budget, en 2015, nous avions augmenté de 50 000 euros à l’initial et de 100 000 euros à l’ajustement le dispositif culture-école. Ces 150 000 euros ont permis de renforcer des projets de collaboration avec les écoles et de sou- tenir de nouvelles initiatives d’écoles ou d’opérateurs culturels. À cette somme vient s’ajouter, en 2016, un montant de 370 000 euros. Une somme de 200 000 euros est destinée aux projets de résidence d’artistes à l’école, comme je viens de l’expliquer à M. Prévot. 100 000 euros sont prévus pour le renforcement des projets culture-école définis dans le décret, qui permettront de plus larges appels à projets. Enfin, via le plan relatif à la lecture, seront octroyés, d’une part, 20 000 euros pour l’action Écrivains en classe et 50 000 euros pour le programme Fureur de lire.

Cela signifie qu’en deux ans, on a injecté près d’un demi-million pour renforcer la culture à l’école. Cela concorde avec nos priorités. Pour les référents culturels, un projet de décret sera présenté en commission de l’Éducation après la Toussaint. Il précisera les contenus des futurs projets d’établissement par école, qui devront comprendre une stratégie culturelle précise en lien avec les opérateurs. L’arrêté d’exécution prévoira un référent culturel responsable de la stratégie et de la coordination avec les opérateurs culturels. J’impose la même chose à ces derniers dans leur contrat-programme. Un responsable pédagogique sera chargé des liens avec les écoles.

Isabelle Emmery . – Nous pouvons être d’accord avec la ministre quand elle souhaite faire de la culture un outil structurel au sein des écoles et non plus un outil d’appoint, mobilisé lors d’appels à projets ponctuels. Nous pouvons également nous réjouir des moyens supplémentaires accordés ainsi que des interactions entre le Pacte d’excellence et les programmes culturels dans les écoles. Sur ce point, on peut constater – d’où l’intérêt de disposer d’un référent  culturel dans les écoles – que ces programmes sont nombreux et variés. Il est heureux qu’il y ait dans chaque école une personne qui puisse y accéder de manière lisible.

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