Mobilisation du secteur du théâtre

Mobilisation du secteur du théâtre

J’ai interrogé en séance plénière la Ministre de la Culture sur l’appel à la mobilisation du secteur du théâtre pour le 16 janvier.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, le 30 décembre dernier, à la veille de l’an neuf, Le Soir publiait une carte blanche signée par le directeur du théâtre Le Public. Dans sa carte blanche, ce dernier appelait notre secteur culturel à manifester sous vos fenêtres pour rappeler les problèmes budgétaires du secteur et son manque de financement. La carte blanche relayait la diminution de 1 % des budgets qui prévaut depuis trois ans ainsi que la non-indexation des subsides. Elle indiquait que, toutes choses restant égales, c’est l’emploi artistique qui trinquait.

La date choisie pour l’appel à la manifestation n’a pas été choisie par hasard: le 16 janvier. Au-delà du fait que le secteur s’y retrouve de manière plus conviviale à l’Ancienne Belgique, sur invitation du Réseau des arts à Bruxelles (RAB), c’est aussi la date limite pour le dépôt des projets de contrats-programmes, sous la coupole du nouveau décret des arts de la scène que nous avons voté en octobre dernier.

S’il s’agit d’un appel lancé par un seul directeur de théâtre et donc d’une action qu’on peut qualifier d’individuelle, il semblerait que d’autres directeurs embraient le pas dans la critique et la dénonciation. Il s’agit d’un appel à une manifestation, une grève, une action-choc comme celle qui a eu lieu en France il y a quelques mois. Si je suis bien informée, cette action est soutenue par l’Union des artistes.

Les représentants des compagnies ont également donné de la voix. En effet, j’ai lu hier dans La Libre une expression de mécontentement des compagnies.

Au-delà de ces manifestations, nous constatons à travers nos contacts réguliers avec le secteur que le climat est crispé et peu serein. Le secteur est inquiet, alors qu’il a des attentes non négligeables: c’est la résultante du fait que les contrats-programmes ont été soumis à des avenants et que les choses n’ont pas beaucoup bougé depuis des années. Par ailleurs, le climat est tendu du fait que les délais fixés pour le dépôt des projets de textes ont été relativement courts. Tout cela suscite une vive inquiétude dans le secteur, ce que vous savez tout comme moi.

Mes questions comportent trois volets. Depuis cet appel qui a été lancé via la presse et qui semble faire des petits, avez-vous eu une concertation avec le secteur, séparément ou de manière plus structurelle?

À la veille de ce mouvement qui a lieu lundi prochain, avez-vous des éléments de réponse à faire connaître à ce stade au Parlement?

Enfin, je voulais vous demander, au sujet du dépôt de ces projets de contrat-programme, si un accompagnement plus rapproché avait été mis en place par l’administration, car le nouveau formulaire et la nouvelle procédure, bien qu’ils ne soient pas révolutionnaires, ont manifestement entraîné quelques difficultés au niveau administratif.

(…)

Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance – Je peux comprendre que le secteur soit inquiet. Il est normal que les acteurs des arts et de la scène, tant des théâtres que des institutions, des orchestres ou des acteurs de la danse, se posent des questions à la veille de la remise des dossiers, d’autant plus que nous mettons en œuvre une réforme qui change le paradigme de leur gestion. Je ne vais pas renvoyer les uns face aux autres. Évidemment, il y a une forme d’écho entre les cartes blanches qui se sont succédé. Contrairement à ce qui vient d’être dit, si vous suivez les réseaux sociaux, vous verrez que les discussions en interne du secteur sont un peu plus nuancées.

Je n’ai pas encore reçu de demande d’entretien pour ce lundi, en marge de la probable manifestation. Si c’est le cas, je recevrai avec plaisir une délégation. Nous n’avons pas attendu cet appel pour avoir une série de rencontres avec les acteurs de ce secteur au cours de ces dernières semaines. Nous continuerons à organiser des rencontres, car c’est essentiel.

Pour rappel, le décret voté ici même met clairement en œuvre une série de priorités. Certains ici présents s’en sont d’ailleurs souvenus. Premièrement, et ce sera essentiel, la part de l’emploi artistique sera un élément fondamental des contrats-programmes qui argumentera et justifiera les subsides. Deuxièmement, nous nous retrouvons avec un agenda commun à tous les opérateurs. En d’autres termes, le traitement des dossiers se fera obligatoirement de manière globale. Ceci ne concernera pas simplement la manière dont la ministre va lancer des fléchettes ou regarder les cartes du jour en tirant chez une cartomancienne qui n’aurait que quatre couleurs! Les dossiers passeront devant les commissions d’avis, recevront un certain nombre d’avis de l’administration et les procédures se feront en même temps pour tous. Ceci relève de l’application du décret.

Je tiens cependant à souligner un certain nombre de choses. Je n’ai pas envie de dire que les compagnies sont mieux que les institutions ou inversement. Les premières ont besoin de lieux pour jouer et les secondes ont besoin des premières pour que les projets et les créations puissent vivre sur leur scène. C’est en misant sur la complémentarité que nous y arriverons.

Je suis bien consciente que le budget de la Culture n’a pu augmenter que de 3 %. Je pense disposer du seul budget européen de la Culture ayant fait l’objet d’une augmentation et j’en remercie le gouvernement. J’assume les choix faits. Nous avons eu l’occasion d’en discuter en commission et ici même à plusieurs reprises. Avec la marge de manœuvre que j’ai pu dégager grâce à ce budget, j’ai choisi de commencer par couvrir les dépenses liées aux décrets qui n’étaient pas totalement couvertes. C’est un choix politique et je l’assume. Je l’ai fait plutôt que de rendre le 1 % qui avait été raboté uniquement en 2015. Je n’apprécie pas que l’on laisse croire que le pourcentage de cette diminution soit de 3 % au bout de trois ans, alors qu’il est de 1 % pour une seule année.

Par ailleurs, je trouve normal que des décrets votés, parfois à l’unanimité, par cette assemblée soient considérés comme une priorité pour pouvoir y répondre et les mettre en œuvre sur le terrain. J’affirme donc haut et fort que j’ai décidé de rendre le décret de l’éducation permanente prioritaire et d’affecter 400 000 euros aux centres culturels. J’aurais, bien sûr, préféré disposer de suffisamment de fonds pour tout réaliser. Ce choix peut m’être reproché, mais je l’assume.

Pour la première fois dans le secteur des arts de la scène, le décret prévoit une indexation. Je sais qu’elle n’est pas prévue pour 2017. (…) Le décret prévoit cette indexation. À partir de 2018, elle sera donc appliquée. Je verrai si des marges de manœuvre se dégagent pour l’accorder quand même en 2017. Cependant, je ne ferai pas de promesses tant que je n’aurai ni obtenu ni pu dégager les moyens nécessaires.

Enfin, s’il n’y a jamais assez d’argent pour la culture – bien qu’il s’agisse d’un secteur fondamental, non seulement pour l’émancipation de la population, mais aussi pour la démocratie – le budget des arts de la scène passera de 92 074 000 euros en 2016, à 92 274 000 euros en 2017.

Isabelle Emmery – Je n’ai pas eu de réponse sur l’accompagnement par l’administration du dépôt des projets de contrats-programmes. Or, lors des discussions avec le secteur, on s’aperçoit des soucis et des tâtonnements. Le nouveau décret s’accompagne de formulaires types, d’une procédure commune avec des échéanciers communs: en quelque sorte, une révolution administrative.

Nous vous suivons complètement sur la complémentarité entre institutions et compagnies. Les diviser n’aurait aucun sens: les institutions ont besoin des compagnies pour occuper les planches, et les compagnies ont besoin des institutions pour trouver ces planches.

Je ne doute pas que, l’année prochaine, vous poursuivrez dans votre volonté d’augmenter la part du secteur culturel dans le budget. Je sais que vous ne pouvez pas donner d’engagements à ce stade, mais nous vous soutiendrons dans cette trajectoire.

 

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