Pass culturel du gouvernement italien

Pass culturel du gouvernement italien

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur l’exploitation du Cirque Royal.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Je souhaite revenir avec vous sur une initiative culturelle remarquable destinée à lutter contre le radicalisme en Italie.

En novembre de l’année dernière, à la suite des attentats de Paris, le Premier ministre italien Matteo Renzi avait annoncé que «pour chaque euro de plus investi dans la sécurité, il y aurait un euro investi dans la culture». Ce sera chose faite, puisque les 574 000 Italiens qui ont 18 ans en 2016 recevront un pass culturel d’une valeur de 500 euros de la part du gouvernement italien. Ce pass, délivré via une application, permettra de créer des coupons à dépenser en livres, concerts, spectacles de théâtre, séances de cinéma, visites de musées et même en voyages dans les parcs nationaux italiens.

Ayant bien compris que la culture était un allié de taille pour sensibiliser les jeunes à la question du terrorisme et pour lutter contre les diverses formes d’intégrisme et de repli sur soi, le gouvernement italien a donc débloqué quelque 290 millions d’euros pour pouvoir réaliser le projet à la rentrée scolaire 2016. Je n’aurai de cesse de le répéter: l’éducation et la culture sont pour moi des armes incontournables afin de lutter en amont contre les processus de radicalisation.

Madame la Ministre, une telle mesure pourrait-elle être envisagée en Fédération Wallonie-Bruxelles? Avez-vous déjà étudié cette possibilité et le coût budgétaire que cela représenterait? Quels sont les différents scénarios à l’étude?

En ce début de rentrée scolaire, quelles seront les initiatives culturelles qui seront menées pour lutter contre la radicalisation par le biais de la culture dans les classes, mais également hors des écoles et dans les institutions d’aide à la jeunesse? J’adresserai peut-être la même question à votre homologue.

Des partenariats spécifiques avec les opérateurs culturels financés par la Fédération Wallonie-Bruxelles sont-ils prévus dans l’optique de lutter contre le radicalisme chez les jeunes?

(…)

Mme Alda Greoli, ministre de la Culture et de l’Enfance. – La mission de la culture n’est pas directement la lutte contre la radicalisation. Elle est davantage centrée sur le développement de la citoyenneté, de la solidarité et de l’émancipation individuelle et collective. Je voulais le rappeler, mais je sais que nous partageons tous trois, comme beaucoup d’autres autour de cette table, ce point de vue.

Quasiment tous les opérateurs culturels – et je les en remercie – développent des actions de sensibilisation vers les jeunes, les incitant à fréquenter les bibliothèques, centres culturels, centres d’expression et de créativité, musées, théâtres, centres de jeunes, organisations de jeunesse, associations d’éducation permanente, et ce gratuitement ou à un prix modique.

Le tissu local des acteurs culturels est particulièrement dense en Fédération WallonieBruxelles et dans tout le pays. J’entendais, ce matin, un reportage sur la disparition du tissu associatif en Russie et je considère que la défense du tissu associatif en Communauté française est le meilleur rempart contre tout obscurantisme et toute diminution de la qualité de notre démocratie.

(…) Je regrette la logique sécuritaire des dépenses supplémentaires annoncées par l’État fédéral. Le sécuritaire ne doit évidemment pas constituer la seule réponse aux événements tragiques auxquels nous sommes confrontés.

Je partage l’idée d’une immunisation, mais, une fois de plus, la donne budgétaire doit être prise en compte pour y réfléchir.

Je n’ai pas encore évalué le coût budgétaire de l’initiative prise par le Premier ministre italien. Quoi qu’il en soit, je préfère valoriser ce qui existe plutôt que de dupliquer certaines initiatives, tel un pass, qui relèvent davantage, à mon avis, d’un effet d’annonce. Sans la dimension de développement de la citoyenneté, de la solidarité et de l’émancipation, un pass n’aurait pas beaucoup d’intérêt. En outre, il faut voir comment développer la médiation culturelle qui, pour moi, va dans les deux sens.

Madame Emmery, bien qu’elles ne soient pas directement subventionnées pour réaliser des activités scolaires, de nombreuses associations proposent aux écoles des animations et outils pédagogiques relatifs à la lutte contre les extrémismes et le racisme.

En voici une liste non exhaustive.

Le Centre d’action interculturelle de la province de Namur, le Centre d’action laïque, le Centre bruxellois d’action interculturelle, le Centre communautaire laïc juif David Sussking, le Centre Avec, le centre culturel Omar Khayam, les ChanGements pour l’égalité, l’Union des progressistes juifs de Belgique, le Territoire de la mémoire, les Ligues des droits de l’homme, la Fondation Auschwitz ou encore le MRAX.

De manière plus spécifique, Les Grignoux proposent des projections et des outils pédagogiques sur le radicalisme dans sa programmation «Écran large sur tableau noir», dont les subventions ont été pérennisées et augmentées. La cellule «Démocratie ou barbarie» du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles a pour mission de travailler ces questions avec le monde scolaire. De nombreuses initiatives existent. Elles manquent peut-être de visibilité, mais les écoles collaborent avec toutes ces associations.

L’éducation non formelle dans le secteur de la jeunesse n’a pas pour mission de lutter contre la radicalisation, mais, par son approche de proximité, de création de lien social et de développement de l’esprit critique, elle peut prévenir l’isolement et la radicalisation violente. Je citerai en exemples quelques actions développées par ma collègue Isabelle Simonis. Vous pouvez l’interroger pour obtenir davantage de détails.

Une convention a été conclue avec l’interfédérale des centres de jeunes pour coordonner trois dispositifs de formation ou d’animation. Le projet «Non à la haine en ligne» est une initiative du Conseil de l’Europe pilotée par le Bureau international jeunesse (BIJ) pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le projet «Bienvenue dans ma tribu», mis en œuvre par le Conseil de la jeunesse, est une plateforme web interactive ayant pour objectif la participation citoyenne en ligne des jeunes et appuyée par des animations en présentiel. Je tiens à souligner l’efficacité et la force de ces initiatives qui forment un tissu actif.

Isabelle Emmery – Un pass ne résout certes pas tout. Si on ne développe pas un apprentissage à la citoyenneté via la médiation culturelle, on risque de rater l’objectif. Je le constate dans ma commune: lors de l’utilisation des chèques de l’article 27, les bénéficiaires du centre d’action sociale vont davantage voir des films à grand succès dans des grands complexes commerciaux qu’au centre culturel communal. Mais cela a le mérite d’exister. Si la médiation culturelle s’impose, il n’en reste pas moins qu’un moteur est nécessaire pour orienter les personnes vers le monde culturel. L’un et l’autre sont indispensables. Même si les moyens budgétaires sont limités, nous devons y réfléchir pour la jeunesse. À ce titre, l’initiative italienne me semble intéressante.

J’ai pris note des associations qui œuvrent dans les écoles. J’attendais une réponse plus transversale sur l’utilisation de cette problématique par les acteurs et opérateurs culturels.

Par exemple, la Commission communautaire française a lancé un appel auprès des opérateurs et des acteurs culturels visant à susciter des projets culturels qui utilisent cette thématique dans le cadre de leurs actions culturelles.

Néanmoins, votre réponse était très détaillée et je constate que de nombreuses actions ont été menées.

 

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