Passerelles entre Culture et Technologie

Passerelles entre Culture et Technologie

J’ai interrogé la Ministre de l’enseignement obligatoire sur le symposium dédié aux «Passerelles entre culture et technologie »

Madame la Ministre,

« Oser de nouveaux modèles de partage de la vie culturelle ». C’est par cet encouragement positif et ambitieux qu’Yves Vasseur, Commissaire Général de Mons 2015 a ouvert le symposium dédié aux « Passerelles entre culture et technologie » le 26 mai 2015. Nous l’avons bien compris ce sont les valeurs qu’incarne la culture dans toutes ses dimensions, artistiques, économiques et sociales, qui doivent être au cœur de l’innovation. C’est bien la valeur sociale de la culture qu’il faut désormais reconnaître. Répartis en trois tables rondes, une trentaine d’intervenants – ministres de la culture, membre de la commission, artistes et entrepreneurs – ont à vos côtés, apporté leurs témoignages, soutiens et perspectives.

Mon groupe l’a toujours prôné, les valeurs de la culture sont la clé pour favoriser la transversalité des innovations sociales dans les pratiques citoyennes. Autour de nouvelles opportunités sociales engagées par les pratiques culturelles et les innovations numériques développées des citoyens, de nombreuses réussites illustrent le potentiel d’innovations sociales notamment en termes d’accès, de partage et d’initiatives collaboratives de la culture. Citons à titre d’exemple, la mobilisation citoyenne pour le projet « Street View Mons » par le collectif artistique XTNT. Il est maintenant reconnu que la créativité est déterminante dans le croisement de la culture et des arts pour la dissémination de l’innovation dans la société et l’industrie. Plus que jamais, la culture est un « facteur systémique » comme l’éducation et l’environnement pour le futur de nos sociétés, tel que l’a mentionné le professeur Luigi Sacco (IUU, Université de Milan).

Par ailleurs, en souhaitant dynamiser les vertus des Sciences, de la Technologie, et des Arts… au cœur des entreprises, le programme européen STARTS qui va être présenté dans les prochaines semaines vise à faciliter l’intégration des artistes au sein des entreprises en pariant sur trois valeurs ajoutées : pluridisciplinarité, créativité et serviciel.

Madame la Ministre, la transversalité reste toujours un défi au sein de l’entreprise. Pour le relever, plusieurs pistes ont été évoquées :
* incarner la créativité : les récits des succès européens doivent être promus et largement diffusés ;
* viser un public large pour que le lien culture-innovation ou art-entreprise dépasse le cadre confidentiel des initiés et des clichés pour nourrir des projets au cœur des stratégies d’entreprise ;
* stimuler l’échange entre les disciplines et les profils : artistes/ingénieurs ;
*Enfin, s’engager dans un changement de mentalités, du côté des entreprises et des artistes. La fin des silos, toutes les entreprises – des start-ups aux grands groupes – qui surperforment l’ont compris.

Madame la Ministre, parmi les diverses pistes évoquées, lesquelles vous semble « prioritaires » ? Quelles sont celles qui selon vous, sont déjà incorporées dans la politique culturelle menée par la FWB ?

Nous avons vu des exemples qui illustrent les vertus du numérique. Cependant, pour rester pérennes, elles doivent s’inscrire dans une double dimension citoyenne et culturelle : à la fois, favoriser une culture de l’attention, pas seulement pour capter une audience ou de nouveaux publics, mais pour intégrer les non-initiés, les défavorisés afin de ne pas rajouter une fracture numérique à une fracture culturelle et ensuite, relier et renforcer l’ensemble des acteurs de l’écosystème -et filière-culturel (du financement à la diffusion) en intégrant plusieurs niveaux de coopérations territoriales ; du local – du quartier à la ville – au régional, du national au continental. Quelles sont les actions qui seront menées sous votre législature pour justement limiter cette fracture numérique et culturelle ?
Quelles sont les diverses politiques de coordination qui seront menées afin d’assurer cohérence et transparence du travail culturel et artistique mené à plusieurs niveaux ? Connaissez-vous déjà les grandes lignes du programme STARTS ?

Madame la Ministre, je vous remercie par avance pour vos réponses.

Réponse de la Ministre:

Madame la Députée,
Vous avez raison de le noter : « Plus que jamais, la culture est un « facteur systémique » comme l’éducation et l’environnement pour le futur de nos sociétés ».

La numérisation et la globalisation favorisent une révolution des comportements de nos concitoyens et entrainent des changements qui sont autant d’enjeux majeurs pour nos politiques culturelles.

L’accès illimité du public vers les œuvres change profondément les pratiques et questionne les identités. L’environnement numérique a ouvert à tous un espace de création, de partage et de mémoire qu’il était impossible d’imaginer il y a seulement une décennie. Jamais nous n’avons pu si facilement créer, jamais nous n’avons pu si facilement accéder, jamais nous n’avons pu si facilement partager la culture. Le numérique est donc avant tout une chance qui ne peut nous faire oublier l’investissement dans la culture vivante, en pleine expansion elle aussi.

La globalisation s’est approprié les principaux outils d’accès, de réseaux et de navigation entraînant le risque de mercantilisation tant de la création que des choix dictés au public. Ceci légitime plus que jamais un combat de tous pour une politique culturelle numérique, incluant la formation à tous les âges (garantie première de la démocratisation), le soutien et la promotion de la création artistique et la préservation de l’exception culturelle ».

Ainsi, vous savez déjà que nous célébrerons à Mons en octobre prochain par une rencontre de Ministres de la Culture les dix ans de la Convention pour la promotion et la sauvegarde de la Diversité culturelle. Ce sera le moment de souligner son importance dans la société numérique.

La mutation numérique pose aussi de façon de plus en plus aigüe la question du respect des droits des auteurs et des artistes, et notamment de la juste rémunération qu’ils devraient obtenir alors que la tendance est au contraire à la baisse rapide de la valeur unitaire des œuvres et des prestations artistiques et culturelles.

Nous devons donc agir pour remettre « l’artiste au centre », en commençant par le rétablir dans les droits qui ont été établis pour lui.

La déclaration de politique communautaire indique les objectifs prioritaires. Vous les connaissez. Il s’agit de les mettre en œuvre, et c’est ce que le Ministre Marcourt et moi-même, nous employons à faire.

Il s’agit de rendre tous les efforts cohérents et compréhensibles par les bénéficiaires de nos politiques, les auteurs et artistes, les publics, les institutions, les administrations qui gèrent la culture.

En ce qui me concerne, à titre d’exemple, sans préjudice d’autres mesures qui prolongent ou amplifient des réalisations existantes ou prochaines (comme un grand Festival du numérique en collaboration avec la Flandre), j’ai initié le processus « Bouger les lignes ».
En regard de votre question, il me semble utile de vous préciser comment la Coupole « plan culturel numérique » va développer son travail de façon à me permettre au tout début de l’année prochaine de disposer d’un catalogue cohérent et essentiel de mesures propres à mobiliser les énergies et les ressources.

• le premier axe concerne l’adaptation de nos outils à la culture du numérique. Il s’agirait de disposer de plates-formes collaboratives associant l’artistique, l’économique, l’éducatif et le scientifique. Il s’agit aussi encourager la numérisation de notre patrimoine, en y associant les créateurs contemporains.
• « Le contenu est l’essentiel » («Content is the key ») : le deuxième axe veut répondre aux défis de la globalisation et de la numérisation par l’investissement dans la création de qualité de contenus innovants et principalement dans la recherche –développement indispensable pour atteindre cet objectif.
• Troisième axe, nous devons nous ouvrir aux modalités de la création des arts numériques. Il s’agira aussi de soutenir travail de médiation et diffusion de cette offre innovante, dans un esprit préservé de démocratisation culturelle.

L’objectif doit être de permettre à chacun de disposer d’un « capital culturel numérique » permettant de se repérer dans la prolifération de l’offre culturelle et de l’exploiter avec pertinence.

A l’instar du plan Marshall, ce plan s’appuiera sur le développement de filières de création numérique dynamiques en lien par exemple avec les initiatives positives des Régions (Wallimage, pôle Liège, Sonuma, Numédiart, mediadistrict.brussels) et avec les politiques audio- visuelles du centre du cinéma et de l’audio-visuel et du service du Livre, dans le cadre d’une coordination nouvelle.

Nous avons la chance de disposer d’acteurs très performants, de plateformes reconnues en Francophonie comme Isneo ou Cairn. Mon approche vise à décloisonner les secteurs, à favoriser les projets publics-privés, à mobiliser les savoir-faire et compétences des créateurs, entreprises, institutions et personnels de la culture pour développer l’esprit et le gout pour l’innovation de l’école à la vie active.

On trouve bien sur déjà des éléments dans les politiques culturelles de la FWB, que ce soit au Centre du cinéma et de l’audiovisuel qui contribuent au développement des webséries; ou au Peps qui soutient la numérisation des collections de nombreuses institutions culturelles. Tout cela ne vous aura pas échappé.

Nous manque certainement un fonds transversal permettant de mieux soutenir et accompagner es écritures innovantes et projets audacieux – faisant un fort recours aux technologies acrtuelles – et souvent destinées aux nouveaux médias, ou aux déclinaisons nouvelles des « anciens » médias.

Et ceci ne concerne pas que l’audiovisuel, loin de là. Voyez les créations de nos artistes du secteur de la musique, du théâtre ou de la chorégraphie : le succès est dans la qualité, la diversité et l‘accueil formidable des publics comme par exemple pour Kiss and Kry, de Jaco Vandormael et Michèle Anne de Mey ou pour les spectacles de Fabrice Murgia, de Michèle Noiret… La reconnaissance est déjà internationale.

Il s’agit d’agir dès l’école, et la coupole « Ecole-Culture », à la croisée du Pacte d’excellence et de Bouger les lignes, sera chargée de développer les mesures les plus appropriées. L’OPC a accepté de prendre en charge cette problématique essentielle dès l’automne. Une réflexion que l’OPC articulera aussi, avec l’aide de PointCulture, avec la refondation de la démocratisation culturelle qu’imposent les bouleversements actuels.

De nombreux débats et colloques annoncent que nous soutenons en encourageant les acteurs à s’y investir, et à mutualiser leurs expériences et leurs anticipations.

Il serait prématuré d’énumérer des mesures avant que les acteurs eux-mêmes, notamment ceux dont les missions sont de veiller à réussir cette démocratisation culturelle, cette « éducation permanente » à revisiter pour qu’elle demeure au cœur de notre projet de société du vivre ensemble.

Comme je vous l’ai indiqué, la clé de la démarche pour l’élaboration du plan culturel numérique belge francophone est de mobiliser des moyens afin d’aider les acteurs à créer des synergies nouvelles, à organiser des filières efficaces de nature à toucher les publics avec des créations de qualité et diversifiées. J’identifie personnellement déjà quatre filières susceptibles de se cristalliser : l’audiovisuel et le livre auquel se joindra le « multimédia », les arts de la scène et leurs réseaux de diffusion, les arts plastiques et les musées (en lien avec les opérateurs du tourisme), et enfin ce que j’appellerais les « arts pédagogiques »
Cette organisation par filière est essentielle car de nombreuses compétences sont à acquérir et à transmettre, des métiers nouveaux – indispensables demain – vont émerger et nous devons les identifier sans tarder. Je souhaite aider les créateurs et les entrepreneurs innovants à les choisir et à les valoriser, selon leurs stratégies propres, tant chez nous qu’à l’étranger.

Je me réjouis donc que la Commission européenne vienne soutenir cette vision qui allie sciences et arts, technologies et savoir-faire culturel, formations et expériences à partir des préoccupations de la DG Connect.

Bozar accueillait d’ailleurs ces lundi et mardi 22 et 23 juin un symposium sur le sujet.
Nous sommes nombreux en Europe à miser sur STARTS afin de marquer un engagement réel nouveau, aux côtés de l’indispensable et insuffisamment doté programme Creative Europe, de la Commission, en regard des enjeux majeurs que vous m’avez permis de rappeler.

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