Rénovation des musées bruxellois

Rénovation des musées bruxellois

J’ai interrogé le  Ministre-Président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale sur le Plan pour la rénovation des musées bruxellois à l’horizon 2020

Voici notre échange:

Isabelle Emmery –Nous avons appris cette semaine que le gouvernement fédéral allait investir une enveloppe de 145 millions d’euros dans la rénovation de ses musées. C’est une bonne nouvelle en soi, vu l’état de grand délabrement de certains d’entre eux.

Cet investissement dans le secteur du patrimoine culturel est aussi une bonne nouvelle pour notre Région et pour son image. Par contre, je souhaiterais par cette question attirer votre attention sur le financement de ces 145 millions d’euros, dont il est annoncé que 110 viendront d’un financement via Beliris.

Lors de la présentation de l’avenant n°12, au mois de février, vous vous étiez concerté avec le ministre M. Reynders pour que 30 millions d’euros aillent effectivement à ce type de travaux. On peut donc supposer que pour le futur, l’avenant n°13, soit 80 millions d’euros devront être dégagés de l’enveloppe Beliris. Quand on sait que Beliris, c’est 125 millions d’euros annuels, on est perplexe. D’autres besoins d’investissements importants sont en effet en attente. Je pense en particulier à l’extension du métro.

En marge de cette perplexité quant au financement de l’opération, il nous faut aussi avoir une réflexion sur la stratégie de régionalisation de plus en plus mise en avant par le ministre M. Jambon et la secrétaire d’État Mme Sleurs, qui envisagent une mutualisation des collections fédérales via une société anonyme. On peut donc craindre que les collections ne soient captées et qu’elles ne quittent notre territoire.

Je ne vous interrogerai pas à ce sujet. Il s’agit d’une réflexion. Par contre, je vous demanderai si vous avez été consulté en amont de cette décision de financement sur la base de 110 millions d’euros. Pour les 30 millions d’euros, on a compris que c’était une annonce commune. Avez-vous eu une concertation au sujet des 80 millions d’euros que nous devrions réserver sur les enveloppes futures de Beliris ?

Rudi Vervoort, ministre-président.- Ce n’est pas la première fois qu’un plan d’investissements fédéral de ce type implique pour une grande part l’avenir. Cela va au-delà de la législature actuelle, puisqu’on préempte déjà sur des avenants futurs, en évaluant l’enveloppe nécessaire pour mener des politiques fédérales, sur des enveloppes qui ne le sont pas tout à fait. Cela nécessite un processus de concertation qui n’a même pas encore démarré.

L’avenant 12 a été signé par l’ensemble des partenaires et sera, je l’espère, exécuté de bonne foi par tout le monde. Mais au-delà de ça, il n’y a rien, si ce n’est des déclarations et des intentions.

Ce qui m’inquiète, lorsqu’on voit l’état de nos infrastructures, de nos musées et de tout ce qui est biculturel fédéral, c’est qu’on se rend compte que cela fuit de partout ! Il y a la question du bâti, des collections, etc. Il y a très certainement un manque de moyens.

On se dit alors qu’on va aller prendre dans l’enveloppe Beliris, tant qu’à faire. De toute façon, les Bruxellois n’ont rien à dire ! Or, Beliris est un processus de concertation entre deux niveaux de pouvoir. On peut considérer les choses sous un autre angle, mais en fait, ce n’est que ça !

Si on a accepté d’augmenter la part des budgets consacrée aux institutions biculturelles fédérales, ce n’est pas pour se charger de plus en plus jusqu’à reprendre complètement Beliris. Parce qu’on se doute bien que c’est vers cela qu’on veut nous conduire : au final, on sera juste là pour signer, mais ce qu’il faut faire sera exactement déterminé.

Non seulement, on demandera aux Bruxellois d’être très précis sur leurs politiques propres, mais ils n’auront rien à dire pour le reste. Je ne considère pas que ce processus soit dans l’esprit d’un fédéralisme de coopération !

Vous avez bien fait de mettre cela en perspective, dans une vision plus globale de l’évolution de ces institutions et de ces politiques. Quand on relie les déclarations des uns et des autres, on peut effectivement se dire que l’on va travailler en plusieurs temps, que l’on va se donner les moyens, au travers de futures sociétés anonymes, de disperser le patrimoine en dehors de Bruxelles. Puis, le jour où on régionalisera la compétence, on figera la situation sur la base de la répartition géographique.

Nous aurons alors clairement dispersé les collections présentes aujourd’hui à Bruxelles, car ce qui sera chez les uns et les autres y restera définitivement. Il ne faut pas se leurrer !

Dès lors, il importe que tous les partenaires de la majorité fédérale soient particulièrement attentifs à ce que Bruxelles ne soit pas vidée de sa substance.

En définitive, il s’agit d’abord d’une déclaration d’intention, qui n’est pas portée par le gouvernement fédéral. Dans le cadre de Beliris, cela nécessiterait d’ailleurs un accord de la Région bruxelloise.

Par ailleurs, restons attentifs à l’avenir des politiques biculturelle et scientifique au niveau fédéral. En effet, il y a là un certain nombre de dangers pour Bruxelles.

Isabelle Emmery – Cette annonce est aussi l’occasion de réaffirmer la philosophie de cette enveloppe financière qu’est Beliris. Nous devons prendre acte d’un effet d’annonce qui ne confirme pas ce qui se fera lors de la négociation de l’avenant n°13.

Quant à la captation des collections qui seraient réparties suivant un agenda caché qui envisagerait de figer les choses sur la base d’une répartition faite lors d’une régionalisation future, nous devons évidemment y être attentifs. Mais notre marge de manœuvre est limitée.

Rudi Vervoort – Cela n’entre pas dans le champ de nos compétences.

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