Réseaux des entrepreneuses

Réseaux des entrepreneuses

J’ai interrogé le Ministre à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’emploi et de l’économie concernant les réseaux des entrepreneuses.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Lever des fonds, choisir son équipe, être son propre chef : plus que jamais, les femmes ambitionnent de se lancer dans la création d’entreprises. La création d’entreprises par des femmes est globalement en progression. C’est en tout cas ce que révèle le dernier rapport du Global Entrepreneurship Monitor (GEM).

Au cours des dernières années, dans les 74 pays étudiés à travers le monde, ce sont près de 163 millions de femmes qui ont créé une entreprise, tandis que 111 millions d’entre elles dirigeaient des entreprises déjà constituées. L’entrepreneuriat des femmes apparaît aujourd’hui en constante évolution à travers le monde.

Il est dorénavant largement considéré comme une voie à explorer et à encourager, pour ses retombées économiques, sociales et politiques importantes. Ainsi, des progrès sont notables dans la reconnaissance, la recherche d’équité, d’égalité des chances et d’expression des femmes d’affaires et entrepreneures à tous les niveaux.

Pourtant, consciemment et inconsciemment, les préjugés à l’encontre des femmes entrepreneures demeurent. En Belgique, de plus en plus d’entrepreneuses se lient, s’accompagnent et s’entraident par l’intermédiaire des réseaux qui se multiplient.

Avez-vous connaissance de réseaux bruxellois entièrement dédiés à l’entrepreneuriat féminin ? Si oui, quels sont-ils ? Y a-t-il une collaboration entre ceux-ci et la Région ? Combien d’entrepreneuses compte notre Région ? Quelle est leur moyenne d’âge ?

Quels sont les secteurs d’activité dans lesquels les femmes se lancent le plus facilement ? Concernant l’accès au financement, quel est le rapport crédit octroyé/non octroyé quand une entrepreneuse en fait la demande ? Que ressort-il de la comparaison avec les entrepreneurs ? Je ne doute pas que les statistiques s’enrichissent de plus en plus, sachant que nous sommes amenés à intégrer la dimension de genre dans toutes nos politiques régionales.

 Didier Gosuin, ministre – Je vous remercie de votre question, qui nous permet de mettre en lumière l’action de la Région en matière d’entrepreneuriat féminin. Vous m’interpellez souvent à ce sujet et je vais vous donner des informations de première fraîcheur.

Nous avons mis en place le Baromètre féminin. Il s’agit d’une initiative unique en Belgique pour suivre l’entrepreneuriat féminin. Sa deuxième édition sera publiée dans quelques semaines. J’en dévoilerai déjà quelques résultats, qui montrent le travail accompli.

D’après le Global Entrepreneurship Monitor (GEM) 2017 que vous citez, la création d’entreprises par des femmes en Belgique est en progression de 10%, ce qui réduit l’écart avec les hommes de 5%. Par ailleurs, les femmes européennes sont de plus en plus confiantes dans leur capacité à créer une entreprise. D’après ce même suivi, les années précédentes, nous avions le taux le plus bas d’Europe, soit 3,1%, pour une moyenne européenne de 5,5%. En 2017, les lignes bougent et nos chiffres sont encourageants : 5% en Belgique, pour une moyenne européenne de 5,7%. Nous avons donc presque comblé le retard qui faisait de nous les mauvais élèves de la classe. Je suis convaincu que les actions que nous déployons depuis le début de la législature y contribuent.

Vous m’interrogez d’abord sur les réseaux féminins et leurs interactions avec les structures régionales. Vous le savez, j’ai créé Women in Business, la plate-forme régionale de l’entrepreneuriat féminin à Bruxelles, qui rassemble tous les réseaux féminins et organismes d’aide à la création d’entreprises au féminin.

Elle regroupe une vingtaine de partenaires, dont la cartographie est disponible sur le site de womeninbusiness.brussels. On y trouve la plupart des acteurs publics, privés et associatifs reconnus dans le domaine et actifs à Bruxelles, chacun dans son expertise : sensibilisation, accompagnement, formation ou réseautage. La plate-forme s’adresse à toutes les femmes bruxelloises qui souhaitent entreprendre et recherchent des informations, un accompagnement spécifique ou des événements de sensibilisation ou de réflexion sur l’entrepreneuriat féminin, mais aussi à celles qui ne seraient pas encore sensibilisées et seraient intéressées de découvrir comment d’autres femmes ont créé leur propre emploi.

Depuis le début de la législature, nous avons renforcé les moyens de cette plate-forme, animée par le service 1819, afin qu’elle puisse assurer ses missions :

– améliorer l’image, la notoriété et la reconnaissance de l’entrepreneuriat féminin à Bruxelles, dans toute sa diversité ;

– stimuler la création d’entreprises par les femmes, ainsi que la création d’emploi à Bruxelles ;

– améliorer la visibilité de l’écosystème entrepreneurial féminin bruxellois ;

– créer un lieu d’échange entre les partenaires concernés et renforcer les synergies et la complémentarité entre les structures ;

– surveiller l’évolution de l’entrepreneuriat féminin à Bruxelles, tant au niveau quantitatif que qualitatif ;

– émettre, grâce à l’expertise de terrain de ses partenaires, des recommandations aux autorités concernées.

Chaque année, la plate-forme propose un plan d’action concerté au préalable avec ses acteurs, afin de s’assurer de la complémentarité des actions avec l’offre existante.

Women in Business organise des actions afin de mieux faire connaître l’offre de services disponibles pour femmes entrepreneures. La plate-forme organise également des événements de sensibilisation, comme les week-ends des co-entrepreneures, en collaboration avec d’autres structures, sur des sujets mettant un accent sur les spécificités féminines.

La plate-forme œuvre également à sensibiliser et former les acteurs publics, ainsi que les intermédiaires privés aux spécificités des femmes entrepreneures, entre autres via l’organisation de formations pour coaches. Dans le même temps, elle encourage les femmes entrepreneures à participer aux dispositifs d’appui à la création.

Toutes ces mesures figurent en bonne place dans le Small Business Act pour l’Europe (SBA). En outre, dans le cadre du Plan NextTech.brussels spécifiquement dédié à l’entrepreneuriat numérique, un réseau dédié à Women in Tech a été créé et fait l’objet d’une mesure spécifique.

Celui-ci rassemble également une vingtaine de partenaires œuvrant à sensibiliser et informer les femmes bruxelloises aux possibilités offertes par les nouveaux métiers du numérique et de l’innovation. C’est avec l’appui de ces partenaires que Women in Tech a organisé en octobre dernier la première semaine européenne du code au féminin, avec des activités organisées durant une semaine complète.

Ces actions se déclinent en fonction des opportunités et des besoins exprimés sur le terrain. Ainsi, la semaine prochaine, ma collègue Cécile Jodogne et moi-même serons présents au séminaire Exporter au féminin, organisé par Brussels Invest & Export (BIE) à l’initiative de la plate-forme Women in Business.

Il est important que nous puissions renforcer la visibilité de toutes ces initiatives et réaffirmer leur importance dans la politique régionale de soutien à l’entrepreneuriat. Je serai d’ailleurs également présent, en fin de semaine, à la clôture d’un Boost camp organisé spécifiquement pour les réalisatrices de films, avec l’appui de screen.brussels.

Vous m’interrogez également sur le nombre d’entrepreneuses en Région bruxelloise. Vous vous souvenez certainement de ce que nous sommes la Région pionnière dans la production d’un Baromètre de l’entrepreneuriat féminin. J’ai souhaité que cet exercice soit répété tous les deux ans et nous présenterons les résultats du baromètre 2017 avant Noël. Je vous en donne néanmoins quelques chiffres pour répondre à votre question. Sachez que je n’étais pas très fier initialement, en présentant ce baromètre, car il illustrait le grand retard de Bruxelles. Le défi à relever en la matière est important.

Les femmes représentent 28% des indépendants à Bruxelles. La population des indépendantes, c’est-à-dire des femmes assujetties à la sécurité sociale des travailleurs indépendants – à l’exception des aidantes -, a progressé ces dernières années de 16% à Bruxelles. Ce pourcentage est similaire au taux enregistré dans les deux autres Régions : 16% en Wallonie et 15% en Région flamande.

Le nombre d’indépendants bruxellois a quant à lui augmenté de 15%, soit un pourcentage nettement plus élevé que le taux observé dans les deux autres Régions. C’est intéressant, car notre taux de progression du nombre d’indépendants est de 15% et, malgré cela, nous avons un taux de progression de 16% équivalents chez les femmes. Cela signifie que parmi les nouveaux indépendants, il y a quasiment une parité entre hommes et femmes.

Le nombre d’indépendants à Bruxelles a donc augmenté de 15%, contre 6% en Région flamande et 3% en Région wallonne. Le pourcentage d’augmentation du nombre de femmes indépendantes est dès lors légèrement plus élevé que celui des hommes à Bruxelles. Ces résultats concernant l’engagement des femmes en tant qu’entrepreneures sont donc très marquants.

La majorité des Bruxelloises (58%) démarrant une activité d’indépendante ont moins de 35 ans. Ces nouvelles vagues de jeunes entrepreneures constituent un signal positif. Plus de la moitié des indépendantes bruxelloises exercent une profession libérale ou intellectuelle : 56%, contre 38% en Flandre et 46% en Wallonie.

Les secteurs dans lesquels les indépendantes bruxelloises sont actives sont le commerce, l’horeca, les divertissements, la banque et les assurances. Quelque 25% des indépendantes bruxelloises exercent d’ailleurs leur activité dans ce dernier secteur.

Enfin, vos dernières questions portent sur l’accès au financement. Je ne dispose pas des chiffres d’octroi de crédit des banques, mais concernant finance.brussels, un suivi spécifique se fait déjà en matière de microcrédit. Notre ambition est que ce suivi soit progressivement élargi à tous les produits financiers.

Sur les trois dernières années, l’entrepreneuriat féminin représente en moyenne 31% des entreprises financées par Brusoc – alors que la part fixée est de 28%. Les pouvoirs publics vont donc plus loin que ce qui était fixé.

L’intervention moyenne sur cette période est légèrement supérieure pour les femmes. Elle est de 31.000 euros, contre 29.000 euros pour les hommes. Le taux de refus est de 45% pour les femmes, contre 49% pour les hommes.

Comme vous le voyez, de nombreux efforts ont été entrepris – et continueront à l’être – pour stimuler entrepreneuriat féminin. D’une part, grâce à la plate-forme Women in Business. Je remercie à cet égard la personne que nous avons engagée pour cela, qui fait un travail remarquable. D’autre part, par le biais d’actions ciblées mises en œuvre par des partenaires financés par le biais d’appels à projets. Je me réjouis de voir dans les chiffres que cette stratégie commence à porter ses fruits à Bruxelles. Nous devons bien entendu poursuivre nos efforts.

Isabelle Emmery – Je remercie le ministre pour ses réponses, ainsi que pour la primeur des chiffres sur la parution prochaine du baromètre. Vous avez parlé, en ce qui concerne les caractéristiques des entrepreneures, de nouvelles vagues, de jeunes et de personnes au profil plus intellectuel, ai-je bien compris ?

 Didier Gosuin – Nous sommes davantage dans le secteur de la prestation de services. On parle de 25% rien que dans le secteur des assurances.

Isabelle Emmery – D’accord, donc davantage dans les services que dans l’artisanat.

 Didier Gosuin – Ces 25% sont aussi la traduction de notre modèle économique, qui est très axé sur les services en Région bruxelloise. Cela signifie que les femmes entrent dans cette dynamique jadis réservée aux hommes.

Isabelle Emmery – À la lumière de votre réponse, on peut dire que la démonstration que l’on donne en termes de force publique est intéressante. Je ne crois pas qu’en matière d’accès au crédit sur le marché privé, ce le soit autant. Il nous faut donc continuer à motiver par notre exemple la plate-forme privée du crédit. En ce qui concerne le soutien aux réseaux, nous pouvons continuer à encourager l’effort qui est fait au niveau des guichets locaux, sur le terrain.

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