Résidences d’artistes

Résidences d’artistes

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur les « Résidences d’artistes »

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, fin octobre, dans le cadre de la coupole Alliance culture-école, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a approuvé les résidences d’artistes, qui se tiendront dans 29 écoles fondamentales au cours de l’année scolaire 2016-2017, pour une enveloppe budgétaire de 193 490 euros. Ces résidences d’artistes sont une première réalisation, poursuivie dans le cadre de Bouger les lignes et du Pacte pour un enseignement d’excellence. Comme je l’ai déjà mentionné dans d’autres interventions, être en contact dès le plus jeune âge avec la culture représente un atout indéniable pour comprendre son environnement socioculturel et s’ouvrir à d’autres horizons.

Fin mai, près de 150 écoles et plus de 320 artistes avaient déjà postulé pour participer à ce projet, alors qu’il a été décidé de limiter leur nombre à une trentaine. Le nombre de candidatures révèle la volonté de nombreux acteurs culturels de mettre leur savoir culturel, leurs pratiques artistiques et leur créativité au service de l’apprentissage scolaire.

Madame la Ministre, sur la base de quels critères les candidatures des écoles et des artistes ont-elles été sélectionnées?
Quelle a été la méthodologie utilisée?
Un accompagnement et une formation sont-ils prévus pour les acteurs culturels participant à ce processus?
On peut, en effet, être artiste sans être pédagogue, l’inverse étant d’ailleurs aussi vrai. Quel sera le suivi au sein du système scolaire?

Je voudrais éviter une simple juxtaposition des projets des artistes et de l’environnement scolaire. Il faudrait un réel échange entre artistes, enfants et professeurs. Autrement, cela n’aurait pas beaucoup de sens.

(…)

Alda Greoli, vice-présidente et ministre de la Culture et de l’Enfance. – Je partage pleinement votre réflexion commune sur l’intérêt que représentent les démarches culturelles et artistiques en milieu scolaire et je vous remercie pour vos questions.

Dans ce contexte, les résidences d’artistes sont évidemment importantes; elles cristallisent une des pistes d’articulation voulues et renforcées entre la culture et l’école. L’engouement – vous l’avez souligné, plus de 300 dossiers nous été adressés – pour ce nouveau dispositif ne peut que nous conforter, ma collègue Marie-Martine Schyns et moi-même, dans la poursuite de cette dynamique.
La sélection des candidatures s’est opérée en plusieurs étapes. La première prévoyait une présélection des écoles prenant en compte un échantillonnage représentatif des zones géographiques, des réseaux, du niveau et du type, d’enseignement ordinaire ou spécialisé, des tranches d’âge, de la taille des écoles et des secteurs artistiques représentés. Ce travail a été confié à une commission comprenant un représentant de chaque fédération de pouvoirs organisateurs, des représentants de l’administration, du Service général de l’inspection, du cabinet et de la coupole Cultureécole. L’ensemble a été piloté par la cellule Culture-enseignement. Le budget dédié à cette opération permettait de retenir 30 écoles.

La deuxième étape a consisté à construire le binôme École-artiste. Dans certains cas, les écoles avaient formulé le choix d’une discipline particulière, voire d’un artiste. Pour les autres écoles, la Commission de sélection et d’évaluation, laquelle relève du décret «Culture-école» du 24 mars 2006, a analysé les candidatures des artistes. L’objectif était de croiser leurs propositions avec les demandes des écoles, en termes de zones géographiques, de disciplines, de tranches d’âge, de type d’enseignement.

Ensuite, il a fallu confier à une commission ad hoc la lecture des curriculum vitae pour l’octroi ou non de la reconnaissance officielle comme opérateur culturel, une des conditions pour l’octroi de la subvention.

Sur la base de ces éléments et du choix des écoles en faveur de l’un ou l’autre artiste, le gouvernement a approuvé la liste des écoles et artistes sélectionnés sous forme de binômes, ainsi que le budget qui leur est consacré. À ce propos, le montant budgétaire est inscrit sur une division organique 20, relevant de la culture, dans le cadre du programme 4, Actions en matière de culture à l’école. Pour répondre à votre question, l’entièreté de la somme est en fait dans un article de base (AB) Culture.

L’opération est à présent sur les rails. Si une formation spécifique à destination des acteurs culturels participant à ce processus n’est pas organisée, il importe cependant de rappeler notre volonté de susciter un véritable partenariat, tant dans la construction initiale du projet que dans sa concrétisation. Chaque projet repose sur deux référents clairement identifiés: l’artiste et l’enseignant, celui-ci étant totalement impliqué durant tout le processus. C’est d’ailleurs un des objectifs clairement visés et définis dans l’appel à projets: «À travers un tel projet limité dans le temps, quoique réitérable, viser la dimension formative des enseignants par rapport à des disciplines artistiques moins connues. Concomitamment, la résidence devrait avoir un impact positif sur les pratiques artistiques de l’artiste, sur l’apprentissage de l’enfant et les pratiques d’enseignement. La résidence implique la participation active tant des enfants que des enseignants censés notamment fournir une expertise pédagogique. À cet égard, il est utile d’insister sur le fait que l’artiste ne se substitue, d’aucune façon, à l’enseignant durant toute la conduite du projet».

Par ailleurs, nous avons prévu un suivi de l’opération, sous la forme d’une double grille d’analyse et d’observation.

La grille d’observation est double. La première partie doit être complétée par l’enseignant, la deuxième par l’artiste. Elle a été conçue par l’Observatoire des politiques culturelles, chargé d’évaluer le dispositif. Elle a fait l’objet d’une présentation et d’échanges lors d’une récente journée de rencontres à Namur avec les enseignants et les artistes impliqués. L’objectif à terme est de retirer tout enseignement permettant de moduler éventuellement le dispositif, voire de l’étendre à l’enseignement secondaire. Toutefois, à ce stade, de telles perspectives sont prématurées.

Isabelle Emmery – C’est un tout beau projet, surtout s’il apporte du positif à la fois aux artistes et aux pédagogues. Au-delà de l’évaluation administrative, il serait intéressant pour nous de découvrir le fruit des activités menées durant cette année scolaire.
(…)

Alda Greoli – Je partage évidemment votre engouement. Il me semble en effet que la visite d’une de ces résidences d’artistes serait particulièrement intéressante, d’autant plus qu’il s’agit généralement d’artistes nouveaux, encore inconnus des institutions classiques. Cela ouvre des perspectives, y compris dans l’éveil de certaines collaborations artistiques, mais chaque député fait ce qu’il veut de ses journées…

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