Screen.brussels

Screen.brussels

J’ai interpellé le Ministre-président du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, concernant la présentation de la plate-forme de soutien à l’audiovisuel ‘Screen.brussels’.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Les professionnels du secteur l’attendaient depuis plusieurs années : Bruxelles disposera désormais de sa propre plate-forme de soutien à l’audiovisuel : « screen.brussels ». Comme vous l’aviez mentionné lors de votre déclaration de politique régionale, Bruxelles doit aussi soutenir l’économie créative, dont la production cinématographique et audiovisuelle.

Il s’agit là d’un pas important pour l’emploi bruxellois dans ce secteur, puisque l’audiovisuel compte pas moins de 15.000 emplois à Bruxelles, soit près de 65% des emplois du secteur au niveau national, selon les chiffres de 2013. Lors de la présentation de ce nouveau guichet, compatible non seulement avec le tax shelter fédéral, mais aussi avec les autres aides régionales et communautaires, le nouveau dispositif screen.brussels fund a ainsi été dévoilé. Ce dernier vient remplacer la ligne mixte Wallimage-Bruxellimage.

Le fonds de coproduction de trois millions d’euros reste inchangé mais, cette fois-ci, il sera uniquement à charge de la Région bruxelloise, qui a donc décidé de doubler son investissement.

Ces fonds seront distribués à des sociétés de production bruxelloises à hauteur de maximum 500.000 euros par projet de fiction, de documentaire ou d’animation et de maximum 20.000 euros par websérie. Trois sessions de délibération seront organisées chaque année. Si l’on ajoute un demi-million de frais de fonctionnement et de promotion, cela fait donc une somme totale de 4,5 millions d’euros débloquée par la Région. Cette nouvelle organisation vise à améliorer la lisibilité de l’offre audiovisuelle bruxelloise tout en développant un marketing territorial, basé sur l’ambition que chaque euro attribué en rapportera quatre à l’économie bruxelloise.

De son côté, le screen.brussels cluster permettra de connecter les entreprises en réseau en réunissant déjà 130 PME bruxelloises actives dans la production, la postproduction ou la location de matériel. Le réseau vise les 150 membres d’ici la fin de l’année.

Dépendant de finance.brussels, screen.brussels business gérera, lui, un budget d’un million d’euros annuel, via une entrée au capital ou un prêt en faveur des PME bruxelloises actives dans le secteur de l’audiovisuel.

Par ailleurs la structure screen.brussels film commission apportera une aide pour trouver des lieux de tournage dans nos dix-neuf communes. Monsieur le ministre-président, je me réjouis de cette initiative et je souhaite en savoir davantage sur cette nouvelle politique en matière de soutien au secteur de l’audiovisuel.

Sur la base de quels critères les projets seront-ils sélectionnés ? Quel comité se chargera d’examiner les dossiers de candidature ? Comment ce comité sera-t-il composé ? Un accompagnement dans l’élaboration des dossiers est-il prévu en amont ? Ce fonds économique sera-t-il accessible pour tous les types de films ? Qu’en est-il pour les productions bruxelloises se tournant à l’étranger?

À partir de quand débutera la première session de délibération ? Je rappelle que vous en prévoyez trois par an, en mars, juin et octobre. A-t-on déjà démarré ou attend-on le mois d’octobre ? Une campagne de communication destinée à valoriser les productions bruxelloises est-elle programmée ?

Rudi Vervoort – Comme vous l’avez souligné, le gouvernement a approuvé la réforme du soutien régional à l’audiovisuel, le 17 décembre 2015. L’un des volets de cette réforme est la mise en place d’une structure dédiée à la coproduction audiovisuelle sur notre territoire. Elle consiste en un fonds économique de soutien et de financement d’œuvres audiovisuelles présentées par des sociétés de production indépendantes.

L’objectif est de localiser, en Région bruxelloise, une partie des dépenses audiovisuelles induites par des dispositifs créés par d’autres niveaux de pouvoir – fédéral, européen ou communautaire -, en augmentant ainsi la compétitivité du secteur audiovisuel bruxellois.

Le fonds de coproduction screen.brussels maintiendra et développera l’emploi dans notre Région. Pour être éligibles au screen.brussels fund, les œuvres audiovisuelles doivent répondre à une série de critères de deux ordres : généraux et économiques. Je ne vais pas les détailler, car ils sont nombreux et vous pouvez aisément les retrouver dans le règlement publié sur le site internet du fonds.

Toutefois, je souligne que tout type et tout format de produit audiovisuel – long métrage, série télévisée, documentaire, animation, webséries, formats spéciaux, etc. – susceptible d’enrichir le patrimoine de notre Région, des régions ou des États qui le coproduisent est recevable par screen.brussels fund.

Quant aux critères économiques, l’œuvre doit pouvoir prouver un pourcentage de financement total de la production déjà acquis, ce pourcentage variant selon le type de format de produit proposé. Il s’agit donc d’un mécanisme sélectif de participation conditionnelle. En outre, en bénéficiant de ce cofinancement, le producteur s’engage à réaliser un minimum de dépenses éligibles en Région de Bruxelles-Capitale. À défaut, un mécanisme de remboursement de l’aide est prévu.

Les demandes sont analysées par le groupe technique de screen.brussels fund constitué d’un analyste financier, d’un coproduction manager, d’un expert industrie, d’un expert cinéma francophone et néerlandophone, et d’un expert formats spéciaux.

Sur la base de ces analyses, le conseil d’administration de screen.brussels, constitué d’acteurs publics issus notamment de visit.brussels et du Vlaams Audiovisueel Fonds, décide de l’attribution des interventions financières et détermine les conditions auxquelles l’aide est attribuée.

Un accompagnement dans l’élaboration est bien prévu. En effet, l’équipe de screen.brussels se tient à la disposition des producteurs qui souhaitent obtenir des compléments d’information ou des précisions quant aux dispositions règlementaires du mécanisme. Comme évoqué, celles-ci sont largement détaillées et présentées sur le site internet. Le mécanisme d’aide est bien connu des professionnels – nous nous en sommes rendu compte lors de la présentation, devant une salle comble, à Wallonie Image Production (WIP) , à l’instar des autres fonds régionaux que sont Screen Flanders et Wallimage.

Concernant le soutien aux productions bruxelloises se tournant à l’étranger, c’est la territorialité des factures émises qui déterminent l’éligibilité. Les prestations de techniciens ou de comédiens bruxellois peuvent donc être éligibles même s’ils prestent à l’étranger. La première session a été lancée lors de cette présentation au début mai et les dossiers devaient être remis pour le 26 mai dernier. Nous sommes très heureux de constater l’engouement pour ce nouveau fonds, puisque 43 dossiers ont été introduits. Le conseil d’administration décisionnel sur les projets soutenus aura lieu début juillet, mais c’est d’ores et déjà un succès.

Enfin, la communication destinée à valoriser les productions bruxelloises sera également soignée, puisque l’engagement d’un chargé de communication à temps plein au sein de l’équipe de screen.brussels est prévu.

Ce projet, qui correspondait à une attente de la grande majorité des acteurs bruxellois du secteur, ne peut que renforcer l’attractivité de Bruxelles.

Je ne doute pas du succès futur de screen.brussels.

Isabelle Emmery – Dans les critères établis, qui sont d’ordre généraux et économiques, vous avez aussi parlé d’une valorisation du territoire. Dans le cadre de votre compétence de mise en valeur de l’image de Bruxelles, s’agit-il d’un critère qui peut entrer en compte ? Ce choix peut-il aussi s’opérer pour améliorer, via une production cinématographique, l’image ou les lieux patrimoniaux de notre ville ?

Rudi Vervoort – Tout à fait.

Isabelle Emmery – Il y a trois sessions d’examen des candidatures, avec un budget annuel. Je me demandais si vous alliez « saisonnaliser » le budget. Quelque 43 dossiers ont été déposés en mai. Comment faire, si tout le budget est dépensé pour ces dossiers ?

Rudi Vervoort – Ils ne seront pas tous retenus.

Isabelle Emmery – Vous réservez donc un budget pour la suite, et ne dépenserez pas tout lors d’une ou deux sessions.

Rudi Vervoort – Comme c’est la première année, il n’y aura pas de saisonnalité. À partir de 2017, le budget sera réparti sur les trois sessions.

Isabelle Emmery – Vous diviserez le budget en trois ?

Rudi Vervoort – Il y aura de toute façon une appréciation à avoir sur le budget luimême. Quand on voit l’effet retour pour l’économie bruxelloise, ce secteur a vraiment une grande rentabilité et un effet levier très important. C’était déjà le cas dans le fonctionnement communautaire précédent, mais il devrait être ici encore plus important puisque le fonds sera exclusivement centré sur Bruxelles. On peut donc s’attendre à ce qu’il y ait, au plan économique, plus que du gagnant-gagnant.

Isabelle Emmery – Il y aura donc un bilan à tirer de la première session.

Rudi Vervoort – Bien sûr. Je ne doute pas que l’on m’interrogera, vous ou d’autres, sur ce sujet.

Isabelle Emmery – Vous pouvez compter sur nous.

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