Transport routier et industrie automobile

Transport routier et industrie automobile

J’ai interrogé le  Ministre à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’emploi et de l’économie concernant la situation des secteurs du transport routier et de l’industrie automobile.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Simultanément, les secteurs du transport routier et de l’automobile viennent de communiquer pour évoquer leurs problèmes de pénurie de main-d’œuvre.

En Belgique, les immatriculations de camions de plus de seize tonnes ont augmenté de près de 20% en 2016. Malgré la concurrence des pays de l’Est, qui frappe toujours très fort, il semblerait que le secteur ne se porte pas trop mal, grâce à une meilleure part de marché captée par les véhicules et à la relocalisation dans notre pays de certaines sociétés belges, qui prennent peur face à davantage de contrôle des règles par la police de la route et l’inspection sociale. De plus, l’écart de salaire entre les chauffeurs belges et ceux de l’Est semble se réduire peu à peu et un début d’harmonisation tendrait à apparaître.

Toutefois, il semble que le secteur se retrouve de plus en plus dans une situation de pénurie de chauffeurs. En effet, très peu de jeunes sont attirés par ce métier. La grande majorité des chauffeurs a autour de 50 ans et se rapproche donc de l’âge de la retraite. La relève n’est pas assurée, l’attrait de la profession étant très faible auprès de la jeune génération.

En 2013, selon le baromètre Truck & Business, 35 % des transporteurs belges disaient être confrontés à des problèmes de recrutement. En 2016, pas moins de deux tiers d’entre eux étaient dans le cas.

D’un autre côté, une enquête de la fédération de l’industrie technologique Agoria révèle que 600 emplois liés à la mobilité électrique sont à pourvoir en Belgique. Il s’agit aussi bien d’emplois dans de grandes entreprises de production que de fonctions chez des sous-traitants, souligne son administrateur délégué.

Nous avons longuement parlé de votre plan pour la formation, la semaine dernière, dans une autre assemblée. Sans doute certaines questions ont-elles déjà trouvé réponse dans ce cadre. Je voudrais néanmoins vous poser les questions suivantes.

Dans un contexte de chômage important, surtout chez les jeunes, quelles sont les stratégies bruxelloises pour attirer davantage les jeunes vers les secteurs de la mobilité et de la mobilité électrique ? Une hirondelle ne fait certes pas le printemps, mais pouvons-nous considérer que le secteur du transport routier redresse la tête, en attendant de pouvoir dire qu’il se porte bien ?

Concernant les emplois liés à l’industrie automobile électrique, il semblerait que ce secteur pourtant en développement soit peu attrayant pour les jeunes. Cela serait-il dû à une certaine méconnaissance du secteur ? Pouvez-vous nous indiquer le nombre moyen de jeunes suivant les formations de conducteur de poids lourd que dispense Bruxelles Formation ? Qu’en est-il du côté néerlandophone ? Disposez-vous des chiffres du Vlaamse Dienst voor Arbeidsbemiddeling en Beroepsopleiding (VDAB) ?

Didier Gosuin, ministre – En ce qui concerne le transport routier, le fonds social transport et logistique et le centre de référence Iris TL se réunissent plusieurs fois par an afin d’identifier les solutions aux problèmes liés à la pyramide des âges dans ce secteur. L’un des objectifs de l’opération est, bien entendu, de susciter l’intérêt des jeunes pour ce métier.

Bruxelles Formation a mis en place une formation de chauffeur de poids lourd au sein de son offre dans ce secteur, en concertation avec le centre de référence professionnelle (CDR), laquelle a été suivie en 2015 par 140 chercheurs d’emploi. Au total, Bruxelles Formation a formé 674 chercheurs d’emploi dans ce secteur, auxquels il faut ajouter les chercheurs d’emploi et travailleurs en formation via les formations professionnelles individuelles en entreprise (FPI) et le CDR, soit 807 personnes supplémentaires. En moyenne, les jeunes de moins de 30 ans constituent environ 50% des stagiaires. Je ne suis, hélas, pas en mesure de vous fournir les chiffres pour le VDAB Brussel.

Il n’en reste pas moins difficile de remplir toutes les places en formation. Des actions pour attirer plus de jeunes dans ce secteur d’activité, parfois vu comme peu attrayant, sont menées par le CDR Iris TL, notamment dans les écoles et au travers de différents salons. Pour pallier ce problème, des séances d’information destinées aux jeunes sont organisées par Actiris, pour leur présenter les différents métiers qui relèvent du secteur.

Pour ce qui est de la bonne santé du secteur du transport routier, l’indicateur que je peux vous fournir est l’évolution des offres d’emploi captées par Actiris pour cette fonction ces trois dernières années : 183 offres en 2014, 223 en 2015 et 324 en 2016. Le secteur comptait plus de 30.000 salariés à Bruxelles en 2012, soit 4,5% du total dans la Région, selon les derniers rapports de synthèse en voie d’actualisation.

La profession de chauffeur de camion est reprise dans les priorités de développement de l’offre de formation et d’enseignement du bassin de vie enseignement qualifiant-formation-emploi (EFE) de Bruxelles sur la base du rapport « Identification des secteurs porteurs d’Actiris » de Bruxelles Formation et du VDAB Brussel.

Au vu de ces chiffres, on peut effectivement conclure que le secteur se porte de mieux en mieux en Région de Bruxelles-capitale, même si des places de formation sont encore libres. Il faut faire un travail de sensibilisation pour y attirer les jeunes.

J’en viens au secteur de l’automobile électrique. Le peu d’intérêt manifesté par les jeunes pour les métiers de ce secteur s’explique, notamment, par le niveau de compétence nécessaire pour les exercer. En effet, il s’agit de métiers techniques qui requièrent le plus souvent un diplôme A2 ou A3, au moins, soit de septième technique ou de bachelier en électromécanique.

Par ailleurs, les technologies étant en perpétuelle évolution, les jeunes doivent, de préférence, exercer leur métier le plus vite possible après leurs études, sous peine de perdre leur acquis devenu obsolète. Il en va de même pour le secteur informatique.

Pour pallier cette difficulté, le centre de référence Iris Tech+, Bruxelles Formation Industrie, le VDAB et l’industrie automobile se sont accordés pour organiser des formations professionnelles courtes destinées aux jeunes qui n’ont pas trouvé d’emploi assez rapidement. Ces formations devraient voir le jour en 2017, le secteur étant en plein essor.

En outre, il importe de rappeler la collaboration entre les opérateurs publics et Audi Bruxelles. Audi produira sur le site bruxellois, dès 2018, sa première voiture totalement électrique. Cette nouvelle chaîne de montage constitue un changement radical, non seulement pour les infrastructures, mais aussi pour la qualification de son personnel existant et à venir.

C’est dans ce cadre qu’une convention de collaboration a été signée en avril dernier entre Audi et les opérateurs publics d’emploi et de formation. Elle prévoit le recours à Actiris pour le recrutement du personnel supplémentaire nécessaire à la production de ce nouveau modèle, mais aussi l’intervention de Bruxelles Formation et du VDAB Brussel pour la préparation des chercheurs d’emploi au test Audi ou pour la reconversion du personnel existant. La réalisation de modules courts est à l’étude avec Audi et les opérateurs de formation, l’objectif étant de proposer aux chercheurs d’emploi proches du niveau de qualification requis le « petit plus » qui leur permettra d’être embauchés.

Audi et ces opérateurs se réunissent régulièrement pour mettre en œuvre ladite convention. Une attention particulière est accordée aux jeunes chercheurs d’emploi.

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