Soutien aux artistes migrants

Soutien aux artistes migrants

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur le soutien aux artistes migrants.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Les réfugiés séjournant dans notre pays souhaiteraient, en tout cas certains d’entre eux, développer leur savoir-faire artistique. Il importe, à travers leurs œuvres, de se positionner sur le rôle que celles-ci jouent dans la formation et la consolidation de l’identité des personnes issues de l’immigration. En effet, ces formes d’expression artistique véhiculent des valeurs, des représentations et une certaine perception de la société, mais aussi une façon de définir une identité culturelle en pleine mutation.

À partir d’approches variées, ces artistes s’emparent du phénomène migratoire pour soulever des débats aux frontières de l’art et de la politique. Des œuvres, parfois engagées, nous amènent à la rencontre des migrants et nous forcent à considérer l’immigration sous un angle humain, dans sa dimension individuelle ou au contraire universelle, ce qui fait parfois du bien.

L’arrivée de nombreux demandeurs d’asile, ces derniers mois, en Belgique a suscité des réactions variées, tantôt positives, comme la curiosité et la solidarité, tantôt négatives, comme le rejet et la peur. C’est pour déconstruire ces préjugés au sujet des réfugiés et des étrangers que le CIRÉ a décidé de lancer, en collaboration avec notre institution, une vaste campagne de sensibilisation au printemps 2016. Différents outils – film, spots radio, affiches, brochure d’information – pour un seul et même message: c’est des préjugés qu’il faut avoir peur, pas des réfugiés ni des étrangers.

L’objectif de la campagne est de bousculer ces préjugés, pour amener un public aussi large que possible à s’interroger et à s’informer. Le concept est simple: jouer sur les mots «réfugiés» et «préjugés», parler des préjugés comme on parle parfois des réfugiés, en faisant appel à l’ingéniosité du public et parfois à l’actualité.

Par ailleurs, en septembre dernier, il avait été également proposé, dans le cadre de la politique «culture-école», de mobiliser le secteur culturel et de préparer des partenariats privilégiés.

Madame la Ministre, quelles sont les initiatives de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour soutenir les projets culturels, avec et pour les migrants, au-delà des soutiens aux associations d’éducation permanente qui bénéficient d’une convention ou d’un contrat-programme?

Des contacts ont-ils été noués à ce sujet avec les opérateurs culturels afin de favoriser des initiatives comme celle menée récemment par Bozar et l’Ancienne Belgique?

Des mesures structurantes ont-elles été envisagées pour assurer une réelle politique culturelle inclusive, avec et pour ses nouveaux publics?

Concernant ce qui avait été annoncé en septembre 2015 par Mme Milquet, des mesures spécifiques pour l’intégration des jeunes par la culture ont-elles été prises dans le cadre de la politique «culture-école»?

Que pensez-vous de l’idée d’inviter des artistes migrants au sein des écoles afin de faciliter leur intégration, notamment par le biais de la culture artistique, et de valoriser leur savoir-faire?

Alda Greoli – Il n’est malheureusement pas possible d’établir ici un inventaire exhaustif des initiatives prises en Fédération Wallonie-Bruxelles pour soutenir des projets culturels avec et pour les migrants. Ces initiatives vont du simple accueil et de l’intégration de réfugiés dans leurs activités à des projets sur mesure plus ambitieux. Certaines d’entre elles bénéficient d’un soutien structurel du Service de l’éducation permanente – c’est le cas pour le CIRÉ ou le Miroir vagabond – ou du Service de la créativité pour les centres d’expression et de créativité (CEC) et pratiques artistiques en amateur. Ces initiatives peuvent aussi bénéficier d’une convention pluriannuelle ou d’un subside ponctuel.

Je citerai quelques exemples. L’ASBL Muziekpublique promeut les musiques du monde via l’organisation de concerts, la production de disques et des résidences d’artistes. S’appuyant sur les compétences musicales des étrangers vivant en Belgique, elle a créé une véritable académie de musique qui s’étoffe d’année en année. Un grand concert, Refugees for refugees, a été organisé en 2016.

Le festival Musiq’ 3 est revenu sur la thématique orient-occident lors de sa sixième édition, les 1, 2 et 3 juillet dernier. Nous y avons participé et vous avons pu constater à quel point l’événement était réussi et ouvert. Toutes les activités qui ont été organisées autour des concerts étaient extrêmement intéressantes. Le festival a lancé à cette occasion le projet Musiques d’exil qui a rencontré un véritable succès et a permis de faire comprendre un certain nombre de choses à la population.

L’ASBL MUS-E met sur pied des projets artistiques à finalité sociale dans l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a pour vocation de toucher des publics «minoritaires» ou en manque de reconnaissance culturelle. Dans le cadre d’un projet avec des réfugiés au centre Fedasil de Rixensart, un artiste propose à des adultes et des enfants de vivre une expérience créative sous la forme de journées d’atelier lors des congés scolaires. Partant de leurs univers et références culturelles, les artistes vont amener les participants à réaliser des productions artistiques dans l’optique de susciter à la fois l’exploration de l’imaginaire et l’expression d’une réalité particulière.

En outre, l’appel à projets Promotion de la citoyenneté et de l’interculturalité, géré par ma collègue Isabelle Simonis, soutient des initiatives tendant à renforcer le vivre ensemble. Cet appel prévoit le soutien aux projets de promotion du dialogue interculturel et de prévention du racisme ayant entre autres pour finalité d’encourager les dynamiques qui favorisent la mixité socioculturelle et l’expression des minorités culturelles.

Par ailleurs, le soutien de projets liés à la protection et à la promotion des droits des personnes migrantes est également prévu. Bon nombre d’associations qui postulent ont pour projet de travailler avec un public migrant dans une approche culturelle et artistique et au travers de l’expression artistique.

Même si j’accueille favorablement toute initiative dans le domaine, vous connaissez mon attachement au respect de l’autonomie des opérateurs. Il ne me revient donc pas d’orienter leur projet social et de leur indiquer la voie à suivre pour accomplir de leurs actions.

Vous m’interrogez sur la mesure spécifique en milieu scolaire. Différents dispositifs institutionnels permettent aux établissements scolaires de développer des activités culturelles et artistiques. Parmi ceux-ci, le décret du 24 mars 2006 propose une palette assez large de partenariats entre une école et un artiste ou un opérateur culturel. Tant pour répondre à une demande croissante que pour diversifier l’offre, l’enveloppe budgétaire a été augmentée de 150 000 euros en 2015 et de 300 000 euros en 2016.

Ce complément a permis de renforcer les partenariats privilégiés et les projets de collaboration durables ou ponctuels, mais aussi de proposer de nouvelles activités dès septembre prochain: résidences d’artistes, classes de lecture, concours de slam, etc. Ces activités en milieu scolaire ne peuvent que contribuer à une meilleure intégration des jeunes par la culture.

En dehors des structures institutionnelles, les écoles ont évidemment la faculté de développer des projets spécifiques, notamment avec des artistes migrants. Cela relève de l’autonomie de chaque établissement scolaire.

Isabelle Emmery – Les demandeurs d’asile, dont beaucoup vont s’installer durablement dans notre pays, constituent une richesse potentielle pour notre Communauté. Ils sont la vitrine de cultures différentes de la nôtre que nous pouvons faire valoir lors d’échanges sur la diversité.

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