Le statut de l’artiste

Le statut de l’artiste

Je suis intervenue en séance plénière du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles au sujet du statut de l’artiste: l’œuvre de création versus le produit économique rentable?

Voici mon intervention:

Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Chers collègues,

Quel que soit notre engagement politique, au sein de cette assemblée, nous sommes tous convaincus que Bruxelles et la Wallonie constituent de formidables viviers de talents et d’artistes.

Le rôle de la culture et la place de l’artiste nourrissent les débats idéologiques à travers les décennies avec des questions récurrentes.

Pour le Groupe PS, dans chaque discipline culturelle, le rôle des pouvoirs publics consiste à accompagner au mieux les artistes dans le processus de création et à soutenir les institutions et associations qui œuvrent pour soutenir la production artistique.

Avant vous, votre prédécesseur avait organisé les Etats généraux de la Culture articulés autour des mêmes priorités politiques. Le numérique n’était pas au centre de la politique culturelle en 2005 mais l’accessibilité de la culture et la participation culturelle de tous les publics, le soutien à la diversité culturelle, le développement culturel territorial et l’amélioration de la gouvernance culturelle étaient les axes prioritaires du Gouvernement.

En dix ans le monde a changé et les moyens de création, de production, de diffusion et de promotion ont été bouleversés. L’opération « Bouger les lignes » initiée en janvier dernier a ce mérite incontestable de mener une concertation autour des nouveaux outils à mettre en place pour soutenir le secteur culturel et tout particulièrement les artistes. Les réponses évoluent mais les enjeux restent toutefois identiques. Le statut de l’artiste n’est pas juste un dispositif légal et règlementaire qui dépend d’un autre niveau de pouvoir. Il est au cœur de nos préoccupations vu l’impact de ce dispositif sur les conditions de vie, de bien-être et de création de nos artistes de Bruxelles et de Wallonie.

Toute la question du statut de l’artiste et de son emploi doit commencer par celle de sa place dans la société. En effet, quel rôle voulons-nous voir jouer par les créateurs et par les interprètes sans oublier celui du public ?

Un artiste n’existe jamais seul. Il offre au regard et à l’écoute du public son œuvre qui ne se conçoit que dans cette rencontre singulière.

C’est en cela que le travail de l’artiste et de la culture de façon générale, contribuent au lien social qui cimente notre société autour de découvertes, d’interrogations, de plaisir et de références partagées.

L’artiste est pris entre la dynamique de sa création propre et les structures publiques ou privées qui l’accueillent.

Le statut de l’artiste est soumis à une double injonction. Il doit assurer une valeur symbolique indispensable à la société et en même temps répondre de sa propre viabilité économique : financer sa production, élargir les publics. L’œuvre de création versus le produit économique rentable ?

Le statut de l’artiste connait dans notre pays depuis des années de nombreux rebondissements et il est temps que le Gouvernement fédéral se prononce sur la place et la sécurité que notre société veut garantir aux artistes.

Permettez-moi de revenir sur les aspects plus pratiques du bilan de la coupole ARTISTE AU CENTRE. Avant toute chose, je souhaite saluer le travail mené par la Ministre et les nombreuses contributions collectées afin d’apporter des solutions concrètes.

Au-delà des défis que nous traitons aujourd’hui, nous restons particulièrement attentifs et prêts à collaborer activement aux débats qui seront menés sur la question du numérique et des ponts à construire de manière durable entre culture et école.

Madame la Ministre,

– Vous parlez d’une nécessaire redéfinition symbolique de l’artiste. En tant que Ministre de la Culture, pouvez–vous nous dire en quoi consiste pour vous le métier d’artiste et de créateur ? Ces définitions s’intègrent-elles dans les dispositifs d’aide de votre Ministère ou est-il envisagé de revoir toute s les mécaniques d’attribution des aides ?

– A propos de la récolte d’informations et l’analyse des caractéristiques de l’emploi artistique comment peuvent être utilisés les outils cadastraux existants en matière d’emploi non-marchand pour disposer de données précises et fiables au-delà des emplois dans les associations et institutions socio-culturelles ?

– En ce qui concerne l’augmentation de la part emploi artistique dans les conventions et les contrats-programmes, les définitions vous le savez sont parfois contraignantes et ne correspondent pas à la réalité des opérateurs dans l’exercice de leur activité. Dès lors, comment envisagez-vous les avenants des conventions et des contrats programmes sur ce point précis ?

– Dans le rapport « artiste au centre », la dimension de professionnalisation et d’accompagnement est plusieurs fois mentionnée parmi vos axes prioritaires. Dans ce cadre, est-il envisagé d’organiser une concertation avec les ministres compétents pour l’emploi et la formation afin de créer les conditions nécessaires pour cet accompagnement tout au long de la carrière des artistes ? Qu’en est-il du développement des pôles de formation aux métiers techniques de la filière culturelle et de l’organisation de « salons » des métiers culturels ?

– Par ailleurs, je souhaiterais savoir où en sont vos contacts avec le Ministre de l’emploi sur la révision du statut d’artiste et la position du gouvernement fédéral à ce sujet. Quelles sont les pistes concrètes que vous allez défendre en Comité de concertation ? Comment continue à s’organiser le travail que vous avez initié afin de venir avec des propositions d’ajustements très concrets sur base des expériences des artistes/créateurs ?

– Finalement, vu les premiers résultats de vos concertations, ne jugez-vous pas utile d’organiser une conférence interministérielle qui mette non pas l’artiste au centre, mais bien la culture au centre ? Je connais les collaborations menées de manière sectorielle ou à Bruxelles, mais n’est-il pas temps de remettre la Culture au centre des débats politiques entre les différentes entités du pays vu son poids sur la création de richesse symbolique et économique ?

Au nom du Groupe socialiste, pour que le travail mené par la coupole « Bouger les lignes » puisse porter ses fruits au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles mais également dans toutes les entités de ce pays, je plaide pour que soit menée une telle initiative avec l’ensemble des forces vives et Ministres concernés.

Je vous remercie.

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