Diffusion d’œuvres en VO

Diffusion d’œuvres en VO

J’ai interrogé en Commission la Ministre de la Culture sur la diffusion d’œuvres sous-titrées dans le réseau de salles de cinéma en Fédération Wallonie-Bruxelles Voici notre échange:

Isabelle Emmery  – La presse faisait récemment écho à un phénomène dont nous avons déjà abondamment parlé, à savoir la tendance lourde qu’ont les publics francophones à bouder, en salle, la diffusion de films en version originale sous-titrée. Ce phénomène a pour effet que l’offre s’adapte et que les cinémas, en Wallonie particulièrement, diffusent plutôt des films en version doublée.

Comme le relate l’article du journal «Le Soir», «sur les 22 salles les plus importantes de Wallonie, douze ne donnent pas le choix et imposent la version française.» Même si la diffusion d’une version originale sous-titrée confère du coup un attrait renforcé aux salles qui en font leur spécificité, le constat qu’établit le quotidien reste interpellant en termes d’accessibilité et d’ouverture aux versions originales, d’autant plus que celles-ci participent aussi de la diversité culturelle.

Madame la Ministre, ces informations sontelles connues de votre cabinet? Sont-elles exactes? Quelle analyse en faites-vous? Pouvez-vous m’indiquer les mesures prises pour soutenir la diffusion d’œuvres en version originale sous-titrée dans les salles obscures de la Fédération Wallonie-Bruxelles?

Une réflexion a-t-elle été menée au sein du Centre du cinéma et de l’audiovisuel (CCA) sur cette question? Dans l’affirmative, quels en sont les résultats; dans le cas contraire, une telle réflexion est-elle envisageable? Qu’en est-il de la mutualisation d’achats de sous-titrages lorsque ceux-ci sont d’ores et déjà réalisés et accessibles sur d’autres marchés?

Fondamentalement, les habitudes de consommation des publics jeunes changent: ils s’orientent plus que par le passé vers des séries sous-titrées. Cette évolution constitue sans doute un tournant ou une opportunité qui pourrait faire progresser les choses dans le bon sens, notamment au niveau de la diversité linguistique.

Au-delà des changements d’habitude de notre jeunesse, il faudrait sans doute que la Fédération Wallonie-Bruxelles, en tant qu’entité compétente, prenne le problème à bras-le-corps.

Alda Greoli – Je confirme les informations parues dans la presse. Cela dit, il importe de préciser que le phénomène n’est pas du tout nouveau: le public wallon a toujours préféré les films en version française, tandis que les publics bruxellois et flamands ont tendance à préférer les versions originales sous-titrées. Le phénomène est identique en France où les spectateurs vont essentiellement vers les versions francophones, à l’exception du public parisien qui est porté sur la version originale. Il y a donc un certain parallélisme entre nos deux pays. D’ailleurs, les habitudes françaises déteignent sur les modes de consommation belges. La fabrication de versions françaises des films coûte cher et ne se justifie que par l’existence d’un large marché. Le marché belge francophone à lui seul ne permettrait pas un tel investissement.

Ces dernières années, principalement dans le Brabant wallon, les nouveaux exploitants tels que Cinéscope ou Imagibraine ont tenté la programmation de films en version originale et en version française. Ils constatent néanmoins que la préférence du public va majoritairement vers les versions françaises, y compris en Brabant wallon.

Vu le nombre important de films qui sortent chaque semaine, les exploitants doivent faire des choix: ils n’ont pas la possibilité de programmer tous les films dans les deux versions – voire trois ou quatre versions si le film est disponible en 3D. Ils offrent dès lors les deux versions sur un laps de temps très court, et ce, uniquement pour les films dont le potentiel est suffisant pour justifier l’occupation de deux salles. Ensuite, souvent, l’exploitation continue exclusivement en version française, conformément au choix de la majorité des spectateurs, et ce, même s’il existe une vraie minorité préférant la version originale.

Tous ces constats ne sont valables que pour le cinéma de divertissement. Pour le cinéma d’auteur, il en est tout autrement: les films sont toujours programmés en version originale soustitrée. Cette programmation permet de répondre aux goûts d’un public plus cinéphile, mais aussi à des raisons économiques: généralement, ces films s’adressent à un public plus restreint et les diffuseurs n’investissent pas dans la création d’une version française.

À de très rares exceptions près, tous les films sont disponibles en version originale sous-titrée et sortent à Bruxelles – notamment – dans cette version. Il n’y a donc pas de problème d’accès à ce format pour les distributeurs. Par contre, il est loin d’exister des versions françaises pour tous les films. Tous les cinémas soutenus par le CCA – et donc par les budgets de la Communauté française – diffusent les films en version originale sous-titrée, à l’exception de séances spécifiquement dédiées au jeune public. Il s’agit de 11 cinémas et 40 écrans à Bruxelles et en Wallonie.

Isabelle Emmery  – Nous avons adopté les mauvaises habitudes qui nous viennent de France. Je comprends qu’il soit économiquement difficile pour les exploitants d’investir dans le seul marché belge. Je crois pourtant que les cinémas doivent donner le choix aux spectateurs. C’est d’ailleurs ce que font les salles subventionnées.

Il conviendrait peut-être de lancer des campagnes spécifiques en faveur de films en version originale sous-titrée. Toujours est-il que notre marge de manœuvre est réduite. Les mauvaises habitudes se généralisent et portent atteinte au charme de ce que nous regardons et écoutons.

Les commentaires sont fermés