Moyens alloués à ACTIRIS

Moyens alloués à ACTIRIS

J’ai interrogé le ministre en charge de la Fonction publique au sujet des récentes annonces relatives aux moyens alloués à Actiris.

Voici notre échange:

Mme Isabelle Emmery – J’ignore si votre prédécesseur a avalé son café de travers à la lecture de l’interview que vous avez accordée cette semaine, mais elle a en tout cas suscité en moi de nombreuses questions. 

Vous estimez qu’Actiris n’en a pas fait assez au cours de ces deux dernières années, que la mise en œuvre de l’extension de la garantie jeunes à tout demandeur d’emploi, prévue dans l’accord de majorité de 2019 (garantie solutions) figure parmi ses missions de base et vous préconisez de faire mieux avec moins. 

Cependant, élargir la garantie jeunes à tous, cela signifie passer d’un public de 12.000 personnes à un public d’environ 65.000 personnes. Comptez-vous affecter les moyens nécessaires à cette transition ? On peut s’interroger à la lecture de vos propos. 

Faire plus avec moins risque de provoquer les mêmes effets que ceux que l’on observe actuellement dans le secteur hospitalier : l’épuisement professionnel du personnel avec, in fine, des objectifs manqués. 

Dans l’interview, vous dites aussi vouloir mener une étude sur les « territoires zéro chômeur de longue durée » en visant le même public que pour l’économie sociale. Est-ce à dire que, avant même d’avoir mené cette étude, vous abandonnez une mesure qui, je vous le rappelle, figure dans la déclaration de politique régionale (DPR) ? 

Vous posez beaucoup de questions sur la mise en œuvre et j’ai d’ailleurs eu l’occasion de vous interroger en commission concernant le revenu « formation », et notamment sur les questions fiscales. 

La Région wallonne semble rencontrer les mêmes problèmes avec une mesure analogue. Avez-vous pris contact avec celle-ci ? Nous serions en effet plus forts en soutenant ces arguments à deux. 

(…)

Monsieur Bernard Clerfayt, ministre – Chez Actiris, ce sera la réduction du crédit budgétaire qui n’a pas été dépensé par le passé. Il n’y aura aucune réduction des moyens dépensés par Actiris au bénéfice du soutien des agents contractuels subventionnés (ACS) ou des politiques de soutien de l’emploi. 

(…)

Mme Emmery, je ne suis pas partisan de la philosophie qui consiste à vouloir faire toujours plus avec moins de moyens, comme vous semblez le dire. Par contre, je suis partisan de la philosophie qui vise à vouloir faire toujours mieux avec les mêmes moyens ! 

Dans le cadre budgétaire difficile que connaît Bruxelles aujourd’hui, je pense que nous devons d’abord nous remettre en question et analyser les politiques existantes pour évaluer si elles sont les plus efficaces possibles. Si ce n’est pas le cas, nous devons adapter et réorienter les moyens investis vers d’autres dispositifs. Je n’ai rien voulu dire de plus ! 

La déclaration de politique régionale (DPR) concerne les cinq ans de la législature et pas seulement l’année 2020. Le budget prévu est très conservatoire, il annonce les initiatives et politiques nouvelles à partir de l’ajustement de l’année prochaine.

À vos trois questions, qui sont très claires, je réponds : oui, non et non.

Oui, concernant la garantie solutions pour tous ! Selon moi, dans un premier temps, Actiris doit se concentrer sur la captation des offres d’emploi des secteurs commercial et non commercial. En effet, les offres d’emploi sont la solution et les autres moyens – à savoir, la formation et les stages – sont des leviers pour y arriver.

Le budget actuel ne permettra pas d’augmenter le personnel d’Actiris mais cette piste fera l’objet de futures réflexions lors de la mise en œuvre des priorités du gouvernement et de la DPR.

En ce qui concerne le projet « territoires zéro chômeur de longue durée », ma réponse est bien évidemment non. Je ne remets nullement en question la DPG et je ne mentionne nulle part dans l’interview que je ne vais pas le mettre en œuvre ! Je le répète, 2020 sera l’année durant laquelle nous étudierons le projet, sa faisabilité technique, juridique et budgétaire. M. Chapelle ne dit pas autre chose dans la presse non plus !

Quant au revenu « formation », je réponds non également. Je vous l’ai déjà indiqué lors de la commission du 2 octobre dernier. Mon objectif est de travailler par phase et la première consiste à analyser les impacts fiscaux et les conséquences d’une telle mesure sur les allocations de chômage ou d’insertion. La formation doit permettre aux demandeurs d’emploi d’augmenter leurs qualifications pour s’insérer durablement sur le marché de l’emploi.

(…)

Mme Isabelle Emmery – Je reviendrai en commission sur l’ensemble de mes questions. Vous m’avez rassurée, mais en partie seulement. En effet, le public visé par la garantie solutions pour tous passe de 12.000 à 65.000 personnes. Il sera très difficile de réaliser tant de choses avec des moyens identiques, surtout pour les personnels. Je vous invite à être vigilant sur ce point, pour éviter que nous rencontrions les difficultés que connaissent d’autres secteurs, comme le secteur hospitalier. 

S’agissant du revenu de formation, je vous engage à prendre langue avec votre homologue wallonne, car il peut être très positif de défendre une telle mesure à deux au niveau fédéral. 

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