Aide aux artistes sous forme d’acquisition

Aide aux artistes sous forme d’acquisition

En commission, j’ai interrogé la Ministre de la Culture sur l’aide aux artistes sous forme d’acquisition.

Voici mon intervention :

Mme Isabelle Emmery (PS) – Madame la Ministre, en France, l’aide aux artistes s’organise aussi sous forme d’acquisitions par les institutions publiques. À côté des dispositifs d’aide à la création qui sont maintenus et le versement des subventions à l’ensemble des opérateurs, les risques liés à la détérioration des conditions de vie des plasticiens inquiètent tout particulièrement. Mon groupe politique plaide depuis de nombreuses années pour un investissement massif dans ce secteur qui reste malheureusement le parent pauvre de la politique culturelle.

Quelles mesures particulières ont-elles été prises pour soutenir les plasticiens en Fédération Wallonie-Bruxelles? Est-il prévu de renforcer la politique d’acquisitions des institutions et, par ailleurs, d’encourager l’ensemble des institutions publiques à affecter un montant pour l’acquisition d’œuvres?

La question de la mobilisation des institutions publiques pour le soutien aux plasticiens, via des appels à projets, ne devrait-elle pas être abordée en conférence interministérielle (CIM) Culture, afin d’assurer un projet commun à l’ensemble des entités pour des artistes photographes, sculpteurs, peintres, architectes, designers qui dépassent les barrières linguistiques de notre pays?

Mme Bénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes. – Madame la Députée, je souhaiterais rappeler en préambule que les centres d’arts plastiques font partie du périmètre du fonds d’urgence, c’est-à-dire des 8,6 millions d’euros débloqués jusqu’ici pour les secteurs les plus impactés par la crise. Ils sont donc évidemment tenus de respecter certaines conditions pour en bénéficier, dont la nécessité d’assurer la rémunération des prestataires finaux, à savoir les artistes plasticiens, les curateurs, les techniciens, etc. Ce fonds d’urgence concerne bien l’ensemble des acteurs ayant fait l’objet d’un soutien structurel ou ponctuel de la part de la Fédération Wallonie-Bruxelles et ayant subi un préjudice durant la période concernée.

Les nombreux acteurs qui composent le vaste domaine des arts plastiques réagissent promptement à cette crise et s’organisent pour rassembler leurs forces, afin de porter une voix unie, comme c’est le cas dans d’autres secteurs culturels. Je ne peux que me réjouir de cette initiative, qui permettra d’avoir un retour à la fois harmonieux et pluriel des différents champs qui composent ce secteur. À cet effet, des réunions entre ces acteurs et mes services se tiennent pour porter une réflexion, non plus simplement d’urgence, mais également durable pour le secteur et l’ensemble des acteurs qui composent cet écosystème. Ces réunions envisagent les actions de structuration des arts plastiques à mener à court, à moyen et long terme, ainsi qu’une définition des chantiers prioritaires. Une rencontre initiée par le secteur a d’ailleurs lieu aujourd’hui même.

Les organisations et initiatives suivantes ont été invitées à participer à cette rencontre: BeCraft, 50° nord, la SOFAM, AICA Be, Curators Anonymous, ASBL Iles, Comptoir des ressources créatives, SMartBe, Groupe FRAAP Fédération des réseaux associations d’artistes plasticiens. Des représentants de la Direction des arts plastiques contemporains de la Fédération Wallonie Bruxelles ont également été conviés.

Concernant la question de l’acquisition, vous n’ignorez pas que celle-ci fait l’objet d’un moratoire depuis 2016. Le budget annuel alloué à l’acquisition des œuvres d’art de la Fédération Wallonie-Bruxelles est aujourd’hui de 39 000 euros. Le MAC’s (Musée des arts contemporains du Grand-Hornu) possède sa propre commission d’achat, financée par la Fédération Wallonie-Bruxelles à hauteur de 153 000 euros annuels, dont la moitié doit être consacrée à l’acquisition d’œuvres de plasticiens de la Fédération. Ces acquisitions se font sur proposition des membres de cette commission d’achat.

Mon cabinet est en train d’analyser la possibilité de restreindre ce moratoire et d’envisager un achat plus massif d’œuvres d’artistes plasticiens, afin de pourvoir à la relance du secteur. C’est une piste que nous étudions sérieusement, mais pour laquelle il est prématuré de s’avancer à l’heure actuelle.

Concernant votre question sur la conférence interministérielle (CIM) de la Culture et la mobilisation des institutions publiques pour le soutien aux plasticiens par des appels à projets, je crois, en effet, que c’est l’un des endroits où la question peut être abordée, notamment dans la perspective d’un règlement concerté de la question du statut d’artiste, qui n’a pas encore trouvé de définition juridique et opérationnelle satisfaisante, comme vous le savez.

Les enjeux du secteur dépassent évidemment la frontière linguistique et des initiatives entre Communautés ont déjà eu lieu. Je pense notamment à l’accord de coopération culturelle entre la Communauté française et la Communauté flamande «Culture/Cultuur “qui pratique déjà ce type d’appel; au partenariat existant entre le Flanders art institute et la Direction des arts plastiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, par le biais de son pôle ressources, qui multiplie les actions visant à la promotion des plasticiens des Communautés française et flamande à l’international; ou encore, à la reconduction de l’appel à candidatures ouvert sur les deux Communautés, pour la Biennale d’art de Venise, tel que ce fut le cas de la part de la Fédération lors de la précédente édition.

Mme Isabelle Emmery (PS). – Madame la Ministre, ma question tombait à pic puisque vous rencontriez le secteur aujourd’hui. En cela, vous suivez votre logique consistant à rencontrer l’ensemble des forces vives de la culture dans notre Fédération.

Dans la période actuelle de crise que nous connaissons, avoir une réflexion sur une possible restriction du moratoire peut être une bonne chose. Comme la pratique des plasticiens dépasse finalement les frontières linguistiques, il serait intéressant d’inscrire ce point à l’ordre du jour d’une prochaine CIM Culture.

Dans votre réponse, vous nous avez dit que le fonds d’urgence était aussi accessible à ce secteur. Mais si je comprends bien, les plasticiens travaillent de manière solitaire et ne sont pas forcément liés à une institution ou une association. Dès lors, dans ce jeu-là, ils se trouvent peut-être un peu isolés.

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