Alliance culture-école

Alliance culture-école

J’ai interrogé en Commission la Ministre de la Culture concernant les résultats de l’étude de l’OPC sur l’alliance culture-école.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Au début du mois de janvier, l’OPC a publié son étude sur l’alliance culture-école en Fédération Wallonie Bruxelles. Cette étude participe à l’élaboration du PECA, dont nous avons déjà eu l’occasion de parler à plusieurs reprises, et met en évidence les difficultés rencontrées pour intégrer la culture au parcours scolaire. De nombreux freins devront encore être levés pour permettre aux écoles d’appliquer le PECA dès la rentrée de 2020.

Madame la Ministre, quelles sont les réponses et les collaborations envisagées à court et moyen termes pour pallier les différents freins identifiés par l’étude de l’OPC? Dans votre réponse à la question précédente, vous évoquiez la nécessité de réduire les coûts de transport qui constituent en effet un véritable frein. J’ai pu le vérifier dans ma commune: quand les centres culturels proposent des activités, certaines écoles qui n’y ont pas un accès direct en transport en commun y renoncent. Avez-vous des solutions à proposer aux différents gouvernements?

Quelles sont les prochaines étapes pour votre cabinet et l’administration de la Culture pour l’élaboration du PECA? Enfin, une révision du décret du 24 mars 2006 relatif à la mise en œuvre, la promotion et le renforcement des collaborations entre la Culture et l’Enseignement, dit décret «Culture-école», est-elle encore envisagée cette année? Dans l’affirmative, quelles modifications souhaitez-vous apporter au dispositif actuel pour assurer une transition pour l’année scolaire 2019-2020?

Alda Greoli, vice-présidente du gouvernement et ministre de la Culture et de l’Enfance – Mesdames, la lecture de l’enquête menée par l’OPC permet d’opérer une double distinction pour les freins que vous soulignez l’une et l’autre. D’une part, les réponses des opérateurs culturels sont différentes de celles des établissements scolaires et, d’autre part, les réponses sur les actions de diffusion au sens strict doivent être analysées séparément de celles ayant trait aux actions de sensibilisation et au processus participatif. En effet, dans l’enquête, la notion d’activité culturelle et artistique fait l’objet d’une typologie distinguant les activités de vulgarisation des contenus culturels de celles relatives à la médiation et à la participation des élèves. Bien que potentiellement complémentaires pour un même opérateur culturel, ces activités sont fondamentalement différentes quant à l’approche pédagogique et même à l’efficacité sur les élèves.

Une lecture attentive des résultats récoltés par l’OPC permet de découvrir que le prix des activités est la principale difficulté rencontrée par les écoles. À l’inverse, les opérateurs culturels considèrent que le coût n’est que rarement – voire jamais – un obstacle pour réaliser une activité culturelle ou artistique. Cette différence s’explique sans doute par le prix du transport, puisqu’il s’agit peut-être d’un coût auquel les opérateurs culturels ne pensent pas, mais qui est ressenti par les écoles.

La seconde préoccupation des établissements scolaires porte sur l’utilisation des transports en commun. Cela réconcilie à mon avis les analyses, principalement pour les actions de diffusion. Le manque de temps et le manque de formation des enseignements constituent un autre point de divergence. Ces deux difficultés sont rencontrées par un nombre important d’opérateurs culturels. Les résultats des écoles sont plus nuancés.

En réalité, l’étude de l’OPC n’identifie pas l’absence d’un cadre de référence et l’absence d’outils opérationnels comme étant des freins en tant que tels pour la mise en œuvre du PECA, mais bien comme une étape à venir, et donc une démarche collective et partagée par les acteurs du monde de la culture et de l’enseignement, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de penser la mise en œuvre d’un de ses dispositifs. À ce propos, le PECA fait l’objet de réflexions spécifiques contribuant à la construction du Pacte pour un enseignement d’excellence. Ce chantier est décliné en diverses thématiques, dont l’une – essentielle – est la rédaction d’un référentiel en cours de finalisation. Ce référentiel et les programmes «Réseau» qui en découleront seront à la fois le terreau des enseignants et le fondement de l’articulation du PECA dans le futur tronc commun. Parallèlement, un groupe de travail analyse l’implémentation d’un portfolio qui constituerait un des outils d’évaluation que l’élève garderait tout au long de son cursus scolaire.

Quant au manque de formation des enseignants, relevé comme un frein, il est évident que nous misons sur la future formation initiale des enseignants, qui devrait consacrer une part significative à leur formation culturelle et artistique. D’un autre côté, la formation en cours de carrière sera amenée à élargir les modules de formation fondés sur cette thématique et, dès lors, à intégrer la culture. Je rappelle que le PECA a trois valeurs importantes: la transmission des savoirs, la création et l’immersion dans le monde de la culture. Aussi faut-il avoir une vision transversale de la culture dans l’ensemble des matières enseignées.

Comme je l’ai déjà dit, le frein prioritairement cité est le coût. À ce stade, le Groupe central a fixé dans son avis n° 3 un montant de 7 millions d’euros en vitesse de croisière pour assurer le financement sous forme de visites extérieures et d’accueil d’artistes dans les classes ainsi que pour recruter des référents culturels chargés notamment d’être le relais ente l’école et le monde de la culture. Ce montant s’ajoutera à ceux actuellement dédiés aux nombreux dispositifs existants, notamment ceux relevant du décret du 24 mars 2006 relatif à la mise en œuvre, à la promotion et au renforcement des collaborations entre la culture et l’enseignement. Ceci me permet de rappeler que le budget consacré à ces activités est passé de 726 000 euros en 2015 à 1 206 000 euros en 2018. De plus, le budget consacré à l’organisation de résidences d’artistes a été doublé, passant de 200 000 euros en 2018 à 400 000 euros en 2019. Le gouvernement accorde donc une réelle priorité à permettre aux écoles d’organiser des résidences d’artistes plus nombreuses.

J’en viens à la révision de ce décret. Il m’est apparu nécessaire de donner un caractère réglementaire aux résidences d’artistes en les intégrant dans l’avant-projet de décret qui vient d’être approuvé en première lecture par le gouvernement. Il est à présent soumis à l’analyse du Conseil d’État. Le texte prévoit également l’instauration d’un comité d’accompagnement des partenariats privilégiés et d’un comité de reconnaissance de l’expérience utile pour les opérateurs culturels ayant un statut de personne physique. Il élargit les missions du Conseil de concertation et de la Cellule «Culture-enseignement» amenée à jouer un rôle dans l’opérationnalisation du PECA.

D’autres groupes de travail examinent des sujets tels que l’organisation de l’accès à l’offre culturelle, l’organisation de la médiation entre les écoles et les opérateurs culturels, l’optimisation des programmes de politique culturelle, les modalités d’agrément des artistes ou de partenariat ainsi que la constitution d’un centre documentaire utile pour les écoles. Par ailleurs, les groupes de travail ne manqueront pas de prendre connaissance des résultats de l’enquête réalisée par l’OPC et de s’en inspirer.

Isabelle Emmery – Madame la Ministre, je suis consciente qu’une réplique n’est pas censée inclure des questions, mais quelle ministre sera-t-elle chargée du décret que vous avez évoqué? S’agira-t-il de vous ou de Mme Schyns?

Alda Greoli – Il reviendra à la ministre de l’Éducation.

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