Avenir de l’Espace Catastrophe

Avenir de l’Espace Catastrophe

J’ai interrogé en Commission la Ministre de la Culture concernant l’avenir de l’Espace Catastrophe.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Ce projet entamé dès 2017 nous préoccupe tous. Il était prévu que l’Espace Catastrophe quitte les Glacières de Saint-Gilles pour Koekelberg afin de développer ses activités à partir du projet «CirK» dans de nouvelles infrastructures spécialement conçues pour répondre aux besoins grandissants de la création circassienne contemporaine à Bruxelles.

Malheureusement, nous avons appris il y a quelques jours que le montage financier prévu dans le cadre du projet «CirK» était intenable pour la petite commune de Koekelberg peuplée de moins de 50 000 habitants. L’épure budgétaire de ce projet a explosé. Le retard accumulé dans ce dossier a par ailleurs conduit à la perte du financement régional.

L’ensemble de ces éléments a poussé le collège de la commune à y mettre fin. Pour la commune de Koekelberg, la messe est dite et le projet ne s’y fera pas. La communication qui a accompagné cette annonce était un peu abrupte et difficile pour le secteur concerné. D’après ce que j’ai pu entendre, les délais étaient très serrés pour renoncer au programme.

Madame la Ministre, pourriez-vous nous repréciser le rôle de notre Fédération dans ce projet? D’après mes informations, le financement du fonds St’art s’élevait à 1 650 000 euros. Quel est l’avenir réservé à ce projet et celui de l’Espace Catastrophe puisque le projet d’agrandissement n’aboutira pas?

Vous n’êtes évidemment pas la seule personne à jouer un rôle dans ce dossier… Nous devons chercher une solution alternative vu l’importance de ce projet pour la scène circassienne, à Koekelberg ou ailleurs. Quelles sont donc les solutions possibles? Cette question a déjà été abordée par l’un de mes collègues au Parlement de la Région bruxelloise et le ministre bruxellois s’est dit ouvert à une alternative. Il a parlé d’un financement régional et d’un financement par plusieurs communes.

En tout cas, un projet d’une telle ampleur est intenable pour la petite commune de Koekelberg dont les moyens sont limités. Si des pistes existent, elles font intervenir la Région bruxelloise, la Fédération Wallonie-Bruxelles, voire plusieurs communes. À ce stade, vous avez certainement de nombreuses idées sur le sujet. D’autres niveaux de pouvoir vous ont-ils déjà concertée à ce sujet?

Je pourrais vous interroger directement sur la pérennité du fonds St’art, mais ce n’est pas le seul point: il y a aussi les fonds Beliris. Or, pour l’instant, nous ignorons si ceux-ci seront maintenus pour un projet alternatif. La situation est encore très floue. Nous considérons le secteur du cirque comme un secteur d’avenir.

Nous comptons de merveilleux artistes, même s’il n’y a sans doute pas suffisamment d’artistes belges. Cela s’explique par le fait que notre formation n’est pas encore assez poussée dans l’enseignement supérieur. Mais c’est un autre débat.
J’aimerais que nous nous battions et que nous trouvions une solution pour ce projet.

(…)

Alda Greoli, vice-présidente du gouvernement et ministre de la Culture et de l’Enfance – Ces questions et interpellation sont l’occasion de rappeler que mon cabinet est toujours ouvert aux discussions sur ce genre de projets. Dans le cas qui nous occupe comme dans d’autres, je déplore le fait de ne pas être contactée par les autorités – ici le collège communal de Koekelberg – avant la prise d’une telle décision. Je tiens à rappeler, avant toute chose, que je suis à l’écoute de tous les acteurs et que j’ai à cœur de donner à des projets d’une telle ampleur un rayonnement sur l’ensemble de la Communauté française, qu’ils se situent dans des communes bruxelloises ou wallonnes.

Mesdames et Messieurs les Députés, je partage votre surprise et votre déception face à la décision de la commune de Koekelberg. À ma connaissance, le collège n’a consulté ni mon cabinet, ni même la Communauté française dans son ensemble, et ne nous a pas non plus informés préalablement de sa communication avant de la publier. Bien entendu, je respecte le principe de l’autonomie communale, qui veut qu’une commune soit toujours libre de changer d’avis; néanmoins, je regrette le manque de communication du collège. Par ailleurs, si l’absence de communication de la commune vis-à-vis de la ministre de la Culture et du gouvernement de la Communauté française est une chose, le fait d’avoir maintenu l’Espace Catastrophe dans le flou total, sans lui permettre de participer à la prise de décision, en est une autre et constitue un problème bien plus fondamental.

L’Espace Catastrophe nous a directement informés du fait que de nouvelles pistes étaient à l’étude. Aucune demande précise et formelle ne m’a été adressée à ce jour, mais je laisse à l’Espace Catastrophe la possibilité d’explorer différentes pistes. J’analyserai toute demande qui me parviendra, mais le budget de la ne Communauté française permettra pas d’intervenir.

Je tiens cependant à préciser que les investissements qui étaient prévus dans le fond St’art pour la culture ne sont pas remis en question à ce jour, mais sont soumis à des conditions similaires telles que la proximité d’une école secondaire, et ce, dans le but de collaborer avec ladite école.

Beliris n’a ni réagi après cette communication ni indiqué remettre en cause son investissement. Si des pistes de solution venaient à être dégagées rapidement, nous pourrions espérer nous remettre au travail et avancer dans ce dossier. Pour ma part, j’y serai particulièrement attentive.

Dans ce dossier, la seule garantie que je peux vous donner est que le contrat-programme en cours pour l’Espace Catastrophe n’est nullement remis en cause – comme l’a souligné M. Segers. Ce contrat-programme est passé de 182 000 euros à 300 000 euros, ce qui représente une aide substantielle et pérenne de la part de la Communauté française.
Comme vous l’avez souligné, l’Espace Catastrophe n’est pas l’unique acteur touché par la modification de la décision du conseil communal de Koekelberg. C’est tout le secteur du cirque qui est remis en cause, car ce projet constituait une réelle opportunité pour l’ensemble du secteur d’assister à un véritable essor, notamment en Région bruxelloise.

Nous disposons de l’un ou l’autre lieu de ce type en Région wallonne, mais la Région bruxelloise en a aussi bien besoin. Je sais que mon collègue, M. Rachid Madrane, chargé de la promotion de Bruxelles, suit aussi attentivement ce dossier.
Pour répondre à votre question spécifique, Madame Persoons, un relevé des espaces disponibles n’existe pas en tant que tel. Madame Emmery, vous l’avez aussi suggéré dans votre question. Cela dépend évidemment de chaque commune ou des Régions compétentes sur le territoire. Par contre, comme vous le soulignez, dans la limite des budgets disponibles, des infrastructures peuvent être construites grâce au soutien de la Communauté française, mais, dans ce cas-là, ce sont généralement des remboursements à court et à moyen termes sur des investissements, et cela nécessiterait alors soit un ajustement budgétaire, soit une décision dans le cadre du budget initial de 2020. Je vous rappelle que, pour le budget initial de 2019, nous avons consenti des investissements importants, notamment dans le Grand-Théâtre de Verviers pour ne citer qu’un exemple.

L’avenir du secteur me semble être sur la bonne voie, mais il reste encore beaucoup de travail. Madame Persoons et Monsieur Segers, je tiens à rappeler que le rapport que vous citez se basait sur les exercices de 2016 et 2017. L’année 2018 a été décisive pour les arts de la scène. Le secteur des arts forains du cirque et de la rue a été fortement revalorisé, en sécurisant sept compagnies, trois festivals et deux centres scéniques et en leur accordant un contrat-programme. Par ailleurs les demandes d’aide aux projets ont pu être satisfaites grâce à l’apport de budgets complémentaires, tant en 2017 qu’en 2018.

Le contrat-programme des deux centres scéniques pourrait être revu lorsque de futures infrastructures seront effectives, afin de leur permettre d’assumer au mieux leur mission. Je ne doute pas que l’Espace Catastrophe trouvera rapidement une solution. En tout cas, je suis à leur écoute et un avenant pourrait être annexé à leur contrat-programme. Vous l’aurez compris à ma réponse, ce dossier me semble essentiel. Je laisserai les regrets de côté et je ferai surtout preuve d’une réelle volonté pour accompagner l’Espace Catastrophe et me montrer attentive à toute proposition qui serait émise, en conservant le soutien de St’art et, je l’espère aussi, de Beliris.

Isabelle Emmery – Il ressort du débat que, si l’Espace Catastrophe est promis à un bel avenir, il ne se déploiera pas de la façon proposée. L’épure doit être différente. Le projet doit, selon moi, s’inscrire dans un cadre supra communal. Le cirque est un secteur qui le mérite, mais le projet est trop lourd à porter pour une seule commune. Je me réjouis, Madame la Ministre, que vous souteniez le maintien du fonds St’art et que vous soyez ouverte à un financement des infrastructures. Il est certes important de disposer de nouveaux bâtiments, mais encore faut-il disposer du budget de fonctionnement nécessaire. Je me réjouis que vous soyez favorable à la réouverture du contrat-programme en cas de développement du projet.

Si le projet est lancé – je suis optimiste à cet égard –, un lien doit être établi avec l’enseignement. Bien que l’ESAC, située en Région bruxelloise, compte de nombreux étudiants, rares sont ceux issus de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il nous manque l’échelon des humanités circassiennes. Si un projet est exécuté, il doit donc permettre d’améliorer les performances et les formations pour que nos étudiants intègrent les écoles supérieures.

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