Bilan du Centre du cinéma

Bilan du Centre du cinéma

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur le bilan du Centre du cinéma et de l’audiovisuel.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery  – Ce 22 mars, comme chaque année à la même époque, nous avons pris connaissance des données issues du bilan du Centre du cinéma et de l’audiovisuel (CCA) sur le secteur. Cela nous permet de faire le point sur les enjeux importants. En 2017, l’enveloppe du fonds s’élevait à plus de 31 millions d’euros. Trente films d’initiative belge francophone ont vu le jour, 128 projets ont été soutenus via la Commission de sélection des films (CSF) et 378 œuvres ont été agréées et sont susceptibles de bénéficier du système de tax shelter. C’est sans compter le nombre important d’entrées et de sélections en festivals de films réalisés ou interprétés par des artistes issus de notre Fédération Wallonie-Bruxelles.

Sans entrer dans le détail des différents chiffres, il me semble utile de réexaminer ensemble les éléments abordés. Ces derniers nous amènent à réfléchir aux options à privilégier à l’avenir. L’augmentation du nombre d’entrées en salle pour les films soutenus par la Fédération Wallonie-Bruxelles figure parmi les tendances positives, même s’il faut nuancer les choses. En effet, l’année précédente s’était révélée peu encourageante à cet égard. Évoquons également la croissance de l’enveloppe globale, le nombre important de prix glanés dans les festivals – en dehors de Cannes – par nos productions, ou encore les excellentes collaborations menées, en particulier avec la RTBF, tant via le fonds «Séries» qu’en termes de promotion et de diffusion.

L’année consacrée aux 50 ans d’aide à la création cinématographique belge francophone coïncide avec l’augmentation du nombre d’événements destinés à favoriser les rencontres entre publics et films, par le biais des bandes annonces diffusées, d’avant-premières ou encore de rencontres – qui vous sont chères – des cinéastes en classe. Au niveau international, je pointe la conclusion des accords de coopération avec le Chili, les collaborations avec le Mexique, le Brésil et l’Uruguay, le lancement du Fonds pour la jeune création francophone destiné au développement de projets en Afrique francophone, sans oublier l’accord signé tout récemment avec le Canada. Ces aspects relèvent des compétences internationales de la Fédération Wallonie-Bruxelles et accompagnent efficacement les politiques dans le secteur du cinéma.

Cette offre très complète met donc en exergue des tendances extrêmement positives. Au-delà de ces constats, les pistes de réflexion sont nombreuses et intéressantes. Tant mieux, nous avons du travail. Au cours de la réunion relative au bilan du 22 mars, vous aviez notamment évoqué les nécessaires renforcements à réaliser en termes d’égalité des genres. C’est une préoccupation importante eu égard au nombre trop faible de projets déposés par des femmes. Ce sujet est récurrent dans cette réunion de commission. C’est heureux et j’espère que nos travaux permettront de faire avancer les choses.

Vous avez notamment souligné les progrès attendus grâce au projet «Boost Camp» et les mesures de soutien à la production légère et aux nouveaux formats tels que les webséries. Il s’agit de leviers efficaces eu égard aux initiatives portées par des femmes. D’autres sujets ont été cités: le développement de séries d’animation; le renforcement de l’aide au secteur documentaire; le soutien accru à l’accessibilité et à la diffusion d’œuvres traduites, sous-titrées et en audiodescription; la concertation sur l’évolution de la fonction de membre des conseils d’avis.

Comment accueillez-vous les pistes intéressantes évoquées lors du débat concernant l’égalité entre les femmes et les hommes?
Par exemple, que pensez-vous de l’idée de lancer un plan d’action – comme en Suède, en Espagne ou en France – reposant sur quelques mesures phares, à savoir le mentorat, la visibilité accrue, la lutte contre les biais invisibles, etc.?
Quelles sont les corrections à apporter au décret pour donner suite aux conclusions du groupe de travail consacré au soutien à l’écriture et au développement?
Rappelons-le: sans écriture, rien ne peut être réalisé. Quel est votre agenda concernant la mise en œuvre des mesures de soutien au cinéma documentaire?
Quels sont les résultats de la concertation pour soutenir le projet Le Mois du film documentaire?

Accroître la popularité des créations soutenues – c’est-à-dire l’attrait des publics de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour les œuvres qu’elle produit – passe par la diversification des genres et formats, en ce compris les films familiaux ou de type comédie. J’ai bien noté que la réflexion sur le sujet était en cours au sein du CCA. Je ne manquerai pas de revenir vers vous pour en apprendre davantage sur les initiatives prises en ce sens. Nous produisons de bons films: il faut le dire, annoncer leurs succès et parler des nombreux festivals où ils sont projetés afin d’en augmenter la popularité.

Alda Greoli, vice-présidente du gouvernement et ministre de la Culture et de l’Enfance– Madame Emmery, lors du bilan consacré au secteur du cinéma, nous avons discuté de l’égalité entre les femmes et les hommes. À la suite de cette discussion, j’ai décidé d’adresser un courrier à tous les opérateurs soutenus par le CCA, notamment les exploitants, les festivals, les ateliers, etc. Ce courrier a pour objectif d’attirer leur attention sur la nécessité de veiller à atteindre une représentation équilibrée des femmes et des hommes, à la fois dans leur conseil d’administration et leurs instances d’avis, tels que jurys ou comités de lecture. Dans ce cadre, le Boost Camp est déjà une mesure phare qui aide des femmes réalisatrices à développer leur projet de film. Aussi ai-je décidé de doubler la subvention allouée à cette association en 2018.

De plus, eu égard à ma réflexion portant sur les mesures correctrices à apporter au décret, j’ai demandé à mon administration de travailler à une réforme de ce dernier ainsi que de ses arrêtés d’application. Le but est d’aller dans le sens de l’avis transmis par le Comité de concertation. Cette réforme visera à augmenter le nombre d’aides à l’écriture accordées annuellement et à mettre en place une aide au développement artistique – et donc des scénarios –, en plus de l’aide octroyée actuellement pour le développement de la production.

Ensuite, pour faire la transition avec votre question, Monsieur Maroy, sachez que le renforcement de l’enveloppe destinée au cinéma documentaire de la CSF est déjà d’application en 2018. Celui-ci représente 400 000 euros supplémentaires. En outre, en concertation avec les opérateurs impliqués – en particulier PointCulture et les centres culturels –, j’ai demandé à mon administration de préparer la transition d’un «week-end du documentaire» à un «mois du documentaire». Je l’avais annoncé lors du bilan.

Enfin, des quatre mesures évoquées, seule la troisième concerne le documentaire. En effet, la première concerne l’animation; la deuxième, les nouveaux médias et les nouvelles écritures et la quatrième, la fiction.

Pour vous donner davantage de détails, les budgets et le nombre de projets à soutenir compte tenu des différents appels à projets sont les suivants.

Premièrement, l’appel à projets «Animation» représente une subvention de 120 000 euros par an. Une somme plus ou moins équivalente sera aussi apportée par la RTBF. Le nombre d’œuvres soutenues dépendra de la nature des projets déposés, c’est-à-dire du nombre d’épisodes et de leur durée. Notre objectif est de consacrer entre 20 000 et 40 000 euros par projet pour le développement de chaque série lauréate. On peut donc estimer que quatre à six projets pourront être soutenus dans le cadre l’appel à projets «Animation».

L’appel à projets «Podcast» équivaut à une subvention de 50 000 euros en 2018. L’équivalent sera également apporté par la RTBF. Ce montant pourra varier selon les types de projets souhaités. Nous soutenons les podcasts en 2018. Nous soutiendrons peut-être les projets sur Instagram et Snapchat en 2019, afin d’être en adéquation avec les nouvelles technologies et les nouveaux modes d’utilisation. Le soutien de deux à quatre projets par an est prévu dans le cadre de cet appel à projets «Podcast».

Un appel à projets «Productions légères» sera doté d’un budget de 400 000 euros par an. Ce dernier servira au développement de quatre projets. Comme vous l’avez déclaré, il s’agit de projets qui permettent généralement à des jeunes réalisateurs d’évoluer plus rapidement. En règle générale, le budget accordé à chacun d’eux tourne autour de 100 000 euros.

Il existe différentes conditions pour participer à ces différents appels à projets. Concernant l’appel à projets «Animation», la demande doit être introduite par une société de production indépendante constituée en société commerciale. Le projet doit répondre à l’ensemble des critères culturels, artistiques et techniques d’une série télévisuelle de fiction et d’animation, tel que repris à l’annexe 6 de l’arrêté du gouvernement de la Communauté française du 17 mai 2017 relatif aux aides à la création. Le producteur doit avoir sa résidence principale ou son siège social sur le territoire couvert par la Communauté française, en Région wallonne ou en Région bilingue de Bruxelles-Capitale. Par ailleurs, il doit détenir l’ensemble des droits relatifs au projet pour lequel le soutien est demandé. Les projets doivent s’adresser à un public cible âgé de quatre à douze ans – élargi à l’ensemble de la famille –, et doivent être conçus et écrits en langue française. Les durées et les formats éligibles sont les suivants: la série doit compter 26, 39, 52 ou 78 épisodes, qui doivent durer, chacun, 3, 7, 13 ou 26 minutes. Un film unitaire spécial de 26 minutes est également admissible.

Concernant l’appel à projets «Podcast», le projet doit répondre aux codes de contenu et de consommation propres aux podcasts natifs, c’està-dire un contenu adapté au format d’un podcast natif diffusé sur internet, les réseaux sociaux ou dans les applications de podcasts et consommé en transit. Il doit proposer un contenu adapté à la production d’un podcast natif en termes d’écriture, de moyens financiers, logistiques et techniques, de jours d’enregistrement et d’équipes créatives – auteurs, réalisateurs, producteurs, ingénieurs du son, scénaristes et comédiens éventuels –, et ce, durant tout le processus de création et de production.

Le podcast natif doit être écrit par un ou des auteurs, pools de scénaristes ou jeunes talents créatifs dont la majorité doit avoir une proximité avec la culture belge francophone. Il doit proposer une stratégie d’acquisition d’une communauté – futurs abonnés au podcast ou différents niveaux d’engagement – autour du projet en prévoyant une période de teasing sur internet et les réseaux sociaux, au cours de laquelle seront recrutés les abonnés. Le podcast natif doit également pouvoir être intégré dans l’univers de la RTBF interactive. Enfin, il doit être présenté par un producteur. La liquidation du financement ne pourra se faire qu’au profit de bénéficiaires dont la résidence principale, le siège social ou l’agence permanente est situé en Belgique, en région de langue française ou dans la région bilingue de Bruxelles-Capitale.

Pour ce qui concerne l’appel à projets «Productions légères», il s’adresse aux auteurs réalisateurs dont le projet est un premier ou un deuxième film de long métrage de fiction. S’il s’agit de son premier long métrage, l’auteur doit déjà avoir réalisé deux courts-métrages de fiction produits dans des conditions professionnelles et diffusés en salles ou en festival. La demande peut être introduite par un auteur seul ou par un producteur. Les projets ayant déjà fait l’objet d’un dépôt auprès de la Commission de sélection des films (CSF) ne sont pas éligibles. Le demandeur doit avoir sa résidence principale ou son siège social en Communauté française. Enfin, si la demande est introduite par un producteur, le déposant doit démontrer qu’il détient l’ensemble des droits relatifs au projet.

Comme vous l’avez tous deux mentionné, le secteur du cinéma documentaire reste fragile. Aussi, le rôle de la Communauté française doit-il rester essentiel, d’où mon souhait de renforcer l’enveloppe disponible de 400 000 euros. Effectivement, l’économie du documentaire est souvent précaire et les autres guichets belges – tax shelter, fonds régionaux économiques – sont peu enclins à soutenir ce secteur. C’est pourquoi il importe d’autant plus de le soutenir, tant en termes de production, que de promotion et de diffusion. La réforme des aides à la promotion en juillet dernier va d’ailleurs dans le même sens. De même, la Communauté française soutient de nombreux festivals diffusant des documentaires et des ateliers qui accompagnent les auteurs-réalisateurs en vue d’affiner leur projet. Enfin, le nombre de documentaires produits ces dernières années en Communauté française a été de 84 en 2015, 86 en 2016 et 82 en 2017.

(…)

Isabelle Emmery  – Merci, Madame la Ministre, pour votre réponse précise et complète. Je constate que vous êtes en symbiose avec le CCA et avez évoqué une fois encore le rôle des centres culturels dans le développement du cinéma documentaire. J’en suis ravie. Tout cela devrait permettre que cette branche du cinéma soit mieux soutenue encore à l’avenir.

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