Création d’une Cité des sciences

Création d’une Cité des sciences

J’ai interrogé en commission économie la Secrétaire d’Etat à la Région de Bruxelles-Capitale chargée de la Transition économique et de la Recherche scientifique le Ministre à la Région de Bruxelles-Capitale, en charge de l’emploi et de l’économie concernant l’état d’avancement du projet de création d’une Cité des sciences.

Voici notre échange :

Mme Isabelle Emmery (PS) – Afin de sensibiliser les citoyens aux sciences et de susciter davantage de vocations scientifiques chez les enfants bruxellois – notamment ceux issus de quartiers défavorisés -, ma collègue Fadila Laanan a lancé en 2017 un projet de création d’une cité des sciences. 

Ce projet nous tient bien entendu à cœur. Vous avez vous-même déclaré vouloir soutenir de manière proactive la recherche scientifique afin d’aider la Région à atteindre son objectif de placer la transition économique au centre de sa stratégie.

Le projet de création d’une cité des sciences a déjà été abordé en novembre dernier dans cette commission, lors des débats budgétaires, mais son importance est telle qu’il mérite qu’on y revienne. Pour rappel, en 2018, le consortium Explore avait réalisé une étude de faisabilité sur la création d’une cité des sciences en Région bruxelloise. Cette étude a confirmé la pertinence du projet, dont la coordination a été confiée à Innoviris. Selon vous, les contours du projet restaient à définir et feraient l’objet d’un travail particulier au sein de votre cabinet et de l’administration d’Innoviris. Qu’en est-il aujourd’hui ? 

Avez-vous avancé dans le choix du lieu qui accueillera la Cité des sciences ? Vous orientez-vous toujours vers la gare du Midi, la gare de l’Ouest ou Tour & Taxis, ou d’autres lieux sont-ils pressentis ?

Vous nous avez également informés qu’Innoviris avait établi un annuaire de tous les acteurs de la sensibilisation aux sciences (francophones et néerlandophones, pour un public scolaire ou adulte) et que l’analyse de l’offre sur la base de cet annuaire était en cours. Où en est cette analyse aujourd’hui ? Vos services disposent-ils déjà de résultats à cet égard ?

Pour la Région, ce projet représente évidemment un investissement important de l’ordre de plusieurs millions d’euros. Qu’en est-il de la piste de financement par le Fonds européen de développement régional (Feder) ? Le gouvernement a-t-il prévu d’inscrire le projet dans l’appel d’offres pour la programmation 2021-2027 ?

Vous nous disiez en novembre dernier qu’il était encore trop tôt pour l’envisager. Qu’en est-il aujourd’hui ?

En complément d’un éventuel subside Feder, disposez-vous déjà de pistes concernant d’autres bailleurs de fonds ?

Enfin, vous aviez prévu de présenter, au début de l’année 2020, une feuille de route au gouvernement sur les futures étapes de l’élaboration de ce projet. Où en est cette feuille de route ? Pourriez-vous nous en dire plus ? 

Mme Barbara Trachte, secrétaire d’État.- Je vous remercie, Mme Emmery, pour la constance de votre intérêt pour ce sujet important. 

L’étude de faisabilité de 2018 mettait en lumière la forte adhésion des actrices et acteurs du secteur à cette ambition du gouvernement de développer un centre d’excellence dédié à la sensibilisation aux matières STEAM (Science, Technology, Engineering, Arts, Mathematics). Ce centre devra, bien entendu, s’inscrire dans les objectifs qui font l’ADN de la déclaration de politique régionale (DPR) et s’adresser en priorité aux filles, aux femmes, aux jeunes à indice socio-économique plus faible, aux publics éloignés de la formation en général et des sciences en particulier, soit les publics-cibles définis dans la DPR. Par ailleurs, la Cité des sciences devra refléter les ambitions environnementales du gouvernement et montrer comment la science peut aider à relever le défi des changements climatiques.

En ce qui concerne le lieu d’implantation du centre, l’étude Explore avait identifié trois localisations potentielles, comme vous le rappelez. Selon perspective.brussels, le site de Tour & Taxis n’est plus disponible. Nous travaillons à identifier les possibilités actuelles avec nos administrations, d’une part, et avec les acteurs et actrices du secteur, de l’autre. Des études complémentaires seront lancées cette année pour définir la marche à suivre. 

Comme vous le voyez, nous sommes en train de rassembler les éléments sur la localisation et la programmation.

Vous mentionnez, à raison, qu’un tel projet demande un investissement conséquent et évoquez le Fonds européen de développement régional (Feder) comme source de financement potentiel. Sachez que le programme opérationnel du Feder 2021-2027 mobilise déjà activement nos administrations et que le projet devrait être publié à la fin de l’année 2020. Vous avez raison de souligner que c’est urgent. Dans cette perspective, Innoviris procède à l’identification et à l’analyse préliminaire des projets éligibles à ce programme opérationnel. Le projet de cité des sciences en fait partie. C’est une opportunité importante à saisir et je vous remercie déjà du soutien que vous pourrez nous apporter. 

Quant aux possibilités de financement par d’autres bailleurs de fonds, cette question sera approfondie dans le cadre des études complémentaires que j’ai citées il y a un instant.

En ce qui concerne votre demande relative à un annuaire des actrices et acteurs francophones et néerlandophones de la sensibilisation aux sciences à destination des publics scolaires et adultes, une étude a été publiée par Innoviris en 2019. Celle-ci est disponible sur son site internet.

L’analyse de ce document révèle l’existence de près de 80 organisations actives dans la promotion des sciences sur le territoire de la Région bruxelloise. Parmi elles, 50 % sont des associations, 25 % représentent les départements et services de communication scientifique des universités et hautes écoles bruxelloises et 10 % sont des institutions publiques comme le Muséum des sciences naturelles, le Planétarium et Innoviris lui-même. Ce dernier institut finance des projets de sensibilisation portés par des tiers et gère des actions propres comme le festival « I Love Science » qui aura lieu fin avril. Enfin, 5 % d’entre elles sont des entreprises, et quelques organismes situés en dehors de la Région, essentiellement des associations, mais qui opèrent sur notre territoire. 

L’ensemble de cet écosystème développe des activités autour de quatre grandes thématiques : la nature, les relations entre les arts et les sciences, les technologies, l’espace et les disciplines scientifiques fondamentales que sont les mathématiques, la chimie, la biologie et la physique. L’offre existante s’adresse aux enseignants et au grand public (les enfants de quatre à dix-huit ans et les adultes). Cette offre peut prendre la forme d’expositions, d’ateliers, d’activités en milieu scolaire, d’événements, de concours, de conférences, de diffusion d’information, de visites, etc.

Comme vous pouvez le constater, l’offre d’activités de promotion de la culture scientifique en Région bruxelloise est à la fois importante et fragmentée. 

Selon les acteurs rencontrés lors des consultations qui se sont tenues en 2017 et 2018, il subsiste une forte demande d’activités scientifiques ludopédagogiques en Région bruxelloise, à l’image du festival ponctuel « I Love Science ». Les initiatives mises en place dans ce domaine rencontrent un franc succès. 

Les acteurs de terrain estiment, en outre, que certains besoins ne sont pas encore couverts en matière de promotion des sciences. Il s’agit essentiellement de disposer d’un lieu attractif qui fédère les opérateurs en améliorant la visibilité des actions. Ce lieu fonctionnerait comme une plate-forme qui faciliterait la diffusion de l’offre existante.

En outre, ce lieu souhaité par les acteurs de l’écosystème fournirait un appui aux professionnels du secteur, notamment pour la mise à disposition de matériel pédagogique scientifique.

Les acteurs de la sensibilisation rencontrés soulignent en outre la difficulté d’attirer les personnes qui ne se rendent pas habituellement dans les centres de sciences, à savoir les adolescents de plus de quinze ans et les personnes les moins formées.

Cet annuaire et son analyse constituent donc une mine d’informations précieuses pour l’avancement du projet de cité des sciences à Bruxelles. Nous en sommes actuellement au stade de la collecte d’informations sur la programmation, les acteurs existants, les besoins, le lieu et le financement du projet. 

Mme Isabelle Emmery (PS).- Vous avez mis en évidence la nécessité de cerner et de viser les publics cibles que sont les enfants des quartiers défavorisés et le public féminin qui ne s’engagent pas souvent dans un cursus scolaire scientifique. 

Au vu de l’échéance fixée par le Feder, le temps presse. Je continuerai ainsi de vous interroger sur le sujet.

J’entends de votre analyse de l’annuaire réalisé par Innoviris que les associations sont nombreuses, mais très fragmentées. Il est donc nécessaire de créer dans notre Région un lieu attractif. Après le recensement des forces vives en Région bruxelloise, il faudra concrétiser ce potentiel.

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