Déconfinement dans le secteur culturel

Déconfinement dans le secteur culturel

En Commission, j’ai interrogé la Ministre de la Culture sur le calendrier de déconfinement dans le secteur culturel

Voici mon intervention :

Mme Isabelle Emmery  – Tout le monde s’accorde à dire qu’avec l’horeca, le secteur culturel est le plus touché économiquement par la crise sanitaire actuelle. Si le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a rapidement pris des mesures pour soutenir les opérateurs culturels, les perspectives de déconfinement semblent encore très incertaines, hormis pour les musées et les bibliothèques.

L’intérêt croissant pour les offres culturelles alternatives en ligne montre à quel point nos citoyens ont besoin de culture au quotidien. Toutefois, celles-ci ne constituent pas une solution à long terme. La culture vit au contact du public. Elle ne se conçoit pas seule, confinée dans son salon. Les travailleurs du secteur réclament à cor et à cri un calendrier de déconfinement. Plusieurs centaines d’artistes ont signé un texte appelant la Première ministre à se pencher sérieusement sur leur sort et à les intégrer dans les discussions concernant la reprise de leurs activités, le tout selon un calendrier clairement établi. Les idées novatrices ne manquent pas: créer des théâtres en plein air, privilégier un public restreint, prévoir des dispositifs éphémères ou des formules en plein air dans les espaces publics, les cours d’immeubles, etc. Nos artistes débordent d’imagination.

La Fédération des employeurs des arts de la scène (FEAS) de la Fédération Wallonie-Bruxelles vous avait proposé une série de mesures possibles pour rouvrir les théâtres en septembre. Les gestionnaires de salles envisagent eux aussi des mesures concrètes en vue d’une réouverture, comme l’investissement dans des purificateurs germicides par exemple. Mais sans calendrier de reprise, toute cette énergie qui ne demande qu’à se déployer reste vaine.

Lors de la précédente réunion de commission, vous nous informiez de la mise sur pied de groupes de travail sectoriels sur la stratégie de déconfinement qui se réuniraient chaque semaine. Vous nous annonciez également qu’une task force «Redéploiement» était en cours d’élaboration afin de réfléchir à la rentrée culturelle.

Madame la Ministre, pourriez-vous nous en dire plus sur cette task force annoncée? A-t-elle été constituée? De qui est-elle composée? S’est-elle déjà réunie? Quel est l’agenda prévu pour ses travaux? Par ailleurs, fin avril vous avez organisé une série de groupes de travail. Des mesures complémentaires ont- elles été dégagées lors de ces réunions? Quand ces groupes de travail devraient-ils se réunir à nouveau? Une communication particulière est-elle prévue sur le travail mené par ces différents groupes avec des propositions concrètes par secteur sur les pistes de déconfinement?

Aujourd’hui, une nouvelle étape, que l’on peut qualifier d’historique, a été franchie avec la tenue d’une conférence interministérielle (CIM) de la Culture.

Une liste de demandes communes aux différents ministres de la Culture sera-t-elle présentée lors de la prochaine réunion du CNS? En effet, si cette demande commune n’est pas formulée, je crains que les pistes concrètes et le calendrier ne puissent être rapidement rendus opérationnels.

Étant donné que la communication qui a suivi la tenue de la CIM Culture est très vague, j’aimerais savoir si un accord portant sur une manière commune d’envisager les choses a été trouvé. En l’absence de cette vision commune, je crains que les prochaines réunions du CNS ne permettent pas de répondre aux attentes des artistes, ainsi qu’aux nôtres dans cette commission.

(…)

Mme Bénédicte Linard, vice-présidente du gouvernement et ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes. – Mesdames et Messieurs les Députés, les premières mesures d’urgence, prises dès le début de la crise par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ont visé la survie du secteur culturel. Certes, ces mesures de portée générale n’ont peut-être pas pu anticiper l’ensemble des cas particuliers, mais dire que le maintien des subventions, les avances de trésorerie et la constitution d’un fonds d’urgence qui n’existe pas à tous les niveaux de pouvoir, vous paraissent des mesures légères, me semble une affirmation peu fondée.

Sachez que la concertation a permis de récolter des réflexions et des propositions et de les intégrer aux mesures prises. Partout où celles-ci se sont avérées légitimes et réalistes, elles ont répondu aux demandes du secteur et aux préoccupations du plus grand nombre.

Le montant de 8,6 millions d’euros, constitué pour la période de confinement allant de la mi-mars au 3 mai, comme fonds d’aide d’urgence au secteur culturel, a pour vocation de compenser les pertes subies par les opérateurs en raison des mesures sanitaires. Ces pertes sont les plus importantes dans les secteurs où le taux de recettes propres est lui-même conséquent. Ce montant a été calculé sur le volume annuel de recettes propres des secteurs concernés, ramené à la période estimée d’annulation des activités publiques. Il s’agissait d’une estimation a priori, dont les opérateurs invités à présenter leurs demandes de compensation d’ici le 18 mai, confirmeront ou infirmeront la justesse. La photographie des dommages, que vous invitez à établir, ne pourra cependant être définitive qu’une fois la crise derrière nous et les comptes annuels des opérateurs clôturés, sans compter les impacts indirects à plus long terme. Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a déjà dit clairement que ce montant constituait l’une des premières mesures de soutien urgentes pour faire face au confinement et aux besoins de première nécessité du secteur.

Je désire rétablir la vérité par rapport à certains faits et documents qui ont été envoyés. Il est nécessaire de bien séparer deux actions. D’une part, il y a les subventions et, d’autre part, les indemnisations à partir du fonds d’urgence.

Effectivement, un document comptant 74 pages a accompagné l’arrêté de pouvoirs spéciaux n 1 qui concerne les subventions. Je fais preuve de bonne foi en vous disant qu’une bonne partie de ce document est composée d’une série de captures d’écran représentant les étapes à suivre pour remplir correctement le formulaire sur la plateforme en ligne. Ces consignes existent effectivement, mais affirmer que ces 74 pages de théorie visent uniquement à expliquer comment introduire une demande est inexact. Il ne s’agit pas d’étudier et de comprendre 74 pages de théorie indigeste. Preuve en est qu’un grand nombre d’opérateurs ont déjà introduit leur demande.

Ensuite, il y a un formulaire qui concerne les indemnisations. À ce sujet, mon cabinet a envoyé un courrier avant la prise de décision officielle afin d’anticiper ce que le secteur pouvait prévoir comme soutien pour une période donnée avant de remplir le formulaire d’indemnisation. Ce courrier constitué de quatre pages expliquait qu’il y aurait probablement des demandes de justifications sur tel ou tel aspect. Ce formulaire est en ligne à l’heure actuelle et est complété assez facilement par la plupart des opérateurs. Je me permets dès lors de rectifier ce qui a été dit à propos de ce document de 74 pages.

Les mesures adoptées par la Fédération Wallonie-Bruxelles ont été accompagnées de la condition du maintien de la rémunération des prestataires finaux, artistes et techniciens, malgré les reports ou annulations. Les revenus de remplacement de ces catégories de travailleurs – et notamment les conditions d’accès au statut d’artiste – relèvent par contre du niveau fédéral qui a été alerté dès le début de la crise. La première CIM de la Culture s’est enfin tenue ce mardi, à ma demande, afin d’établir la stratégie d’aide en concertation avec les différents gouvernements. Comme je vous le disais en réponse à la question de M. Segers, cette CIM constitue une première étape. Des décisions ont donc été prises, des interpellations formulées, des arrêtés adoptés pour gérer l’urgence et assurer la survie du secteur culturel dans notre champ de compétences.

Après l’urgence, vient le temps du redéploiement. Dans cette double temporalité, la recherche d’un équilibre peut s’avérer périlleuse.

À l’initiative de mon cabinet, des groupes de travail associant les fédérations sectorielles se sont réunis en vue de consolider une proposition de protocole de déconfinement du secteur culturel. Ce protocole et l’agenda qui l’accompagne doivent recevoir l’aval du CNS avant de pouvoir être communiqués. Au terme de sa dernière réunion, le CNS a demandé que les Communautés se concertent et se coordonnent à ce sujet. Ainsi, lors de la CIM de ce matin, nous avons présenté une proposition commune définie conjointement par les Flamands et les francophones. Cette proposition devrait être validée ce jeudi par les autres membres de la CIM avant son envoi définitif au groupe d’experts en charge de l’Exit Strategy (GEES).

Les opérateurs sont impatients de reprendre leurs activités et de renouer contact avec leurs publics. Je les comprends et j’entends bien la nécessité de disposer de perspectives claires. Toutefois, il conviendra de respecter les règles de sécurité et de distance physique préconisées par le CNS, auxquelles le secteur est tout à fait prêt à se plier.

Après la période de déconfinement progressif, il faudra enfin envisager le redéploiement du secteur culturel et sa pérennité. Ses modes d’action sortiront questionnés de la crise; ses capacités de résilience constitueront des enseignements qui conduiront probablement à des mutations et à des dynamiques nouvelles. Une task force est en cours de constitution pour baliser ce chantier du redéploiement. Les consultations continueront et aboutiront, avec le soutien du gouvernement, à des mesures de soutien adaptées qui permettront au secteur de rebondir avec une créativité et une fertilité accrues. Certains secteurs, comme celui des arts vivants par exemple, auront le plus de difficultés à surmonter en raison des liens étroits qui existent entre leurs publics et leurs formes d’expression. Ils devront imaginer de nouvelles façons de toucher les spectateurs, créer d’autres narrations et de nouveaux imaginaires.

Certaines initiatives commencent à éclore, mais elles sont encore marginales. J’ai la volonté d’accompagner ces secteurs, de les aider à augmenter leur résilience. Les différents champs de la culture doivent impérativement être en mesure d’interagir, d’apprendre les uns des autres. Le contexte que nous connaissons aujourd’hui a révélé plus que jamais l’importance de la solidarité dans notre société et les dangers du repli sur soi.

Le contexte de la crise sanitaire ne me fait pas oublier l’enjeu primordial de l’accessibilité à la culture. Celle-ci est inscrite dans la feuille de route du gouvernement que la crise n’a pas détourné de la ligne qu’il s’était fixée. Je veillerai à ce que la crise n’ait pas de répercussions sur les politiques tarifaires destinées aux personnes exclues.

Mais la réalisation d’un droit n’est pas la satisfaction d’un besoin. C’est beaucoup plus. À mon sens, la question au cœur de l’accessibilité à la culture est celle de l’appropriation des institutions culturelles par les publics et non celle de savoir s’ils viendront en nombre aux spectacles proposés. Pour mener sereinement le secteur culturel sur cette voie, ce dernier doit être en bonne santé. Or, la crise sanitaire le met à mal. Le fonds actuellement débloqué répond à l’urgence: il est là pour assurer la sauvegarde des opérateurs dont la viabilité est mise en danger. Dans un second temps, il faudra certainement accompagner le redéploiement du secteur que le ministre-président et moi-même appelons de nos vœux.

(…)

Mme Isabelle Emmery  – Madame la Ministre, il vous faut évidemment beaucoup de courage pour gérer cette situation et nous sommes à vos côtés. Les membres de cette commission ont toujours travaillé de façon constructive, même si je m’interroge parfois sur la vision que certains ont de la construction.

Si j’ai bien compris vos propos, la stratégie de sortie de crise va être envisagée selon les étapes suivantes: une proposition commune sera présentée à l’ensemble des partenaires ce jeudi, la concertation qui en découlera aboutira alors à un projet commun, qui sera présenté au GEES et dont le prochain CNS se saisira. Pouvez-vous me confirmer que les étapes seront bien celles-là? Le CNS va donc être saisi de cette demande commune avec un calendrier de reprise précis. L’imagination est en marche, au service de la construction de pistes de solution.

 J’insiste sur le fait que, si nous n’aboutissons pas à une proposition commune, nous n’aurons jamais de proposition de déconfinement ni de stratégie de sortie de crise. Nous allons tourner en rond!

Mme Bénédicte Linard  – Pour repréciser le calendrier, je répète que trois étapes se présentent à nous: l’urgence, le déconfinement et le redéploiement.

Il y a trois semaines, nous avons anticipé le déconfinement en réfléchissant à des éléments de proposition à présenter au CNS. Ces éléments de propositions, nous les avons définis en concertation avec les secteurs. Pendant deux semaines, nous avons donc travaillé dans des groupes sectoriels afin de permettre à chaque secteur d’expliquer comment il voyait le déconfinement. Ces concertations nous ont permis d’aboutir à plusieurs propositions concrètes, définies par les secteurs et prenant en compte les phases de déconfinement prévues par le CNS. Nous avons remis ce plan au ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles la veille du précédent CNS. Le Conseil national de sécurité nous est ensuite revenu en nous disant qu’il faudrait une vision concordante entre la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui n’est pas dénué de sens.

Ainsi, dès que nous avons eu connaissance de cette information, nous sommes entrés en contact avec le cabinet de M. Jan Jambon afin de pouvoir adopter une position commune. Il était très intéressant de constater que le travail mené en Flandre était en fait très proche de celui mené en Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous avons donc pu aboutir à une note commune qui a été remise aujourd’hui à la commission interministérielle (CIM) Culture. La Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles n’étaient pas les seules consultées pour cette note, puisque les partenaires en ont également pris acte et ils ont demandé un peu de temps pour pouvoir y réagir. Nous leur avons donc proposé de le faire dans le courant de cette semaine. Ils devraient, pour la fin de cette semaine au plus tard, nous avoir communiqué leur avis sur la note.

Mais il nous a aussi été communiqué aujourd’hui que cette note devait passer avant tout par le groupe d’experts en charge de l’Exit Strategy (GEES) avant que le CNS prenne une décision. Je l’ai appris aujourd’hui et c’est ce qui détermine le calendrier. En revanche, la Première ministre a aussi dit en sortant de la CIM que nous aurions déjà certains éléments de réponse demain. Elle a parlé d’une porte qui s’entrouvrirait. J’ai donc fait mon travail! J’ai organisé une concertation avec les secteurs. Nous avons fait des propositions sur le déconfinement. Le calendrier est donc celui que je viens de vous do

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