Edition littéraire francophone

Edition littéraire francophone

J’ai interrogé en commission la Ministre de la Culture concernant l’édition littéraire francophone versus édition flamande.

Voici notre échange:

Mme Isabelle Emmery  – Le secteur de l’édition francophone souffre et manquerait, selon certains, d’un soutien financier public adéquat. Nous en avons déjà débattu au sein même de cette commission. Je voudrais évoquer plus particulièrement la difficulté induite par la concurrence avec la Flandre et la France, qui ont des calendriers différents du nôtre, et par le manque de collaboration à la diffusion internationale.

Cette année, la Foire du livre a mis la Flandre à l’honneur. C’est un peu paradoxal lorsque l’on sait que le budget dégagé par la Flandre pour sa présence à la Foire du livre équivaudrait au budget total de cette dernière. Contrairement à l’édition francophone, la Flandre se met à la hauteur des Pays-Bas et de la France avec une présence affirmée dans les grandes foires, comme celles de Paris, Francfort, Bologne ou Londres. Ses forces reposent également sur un réseau de 250 librairies dites de «premier niveau», contre seulement 50 côté francophone, et d’un fonds de promotion calqué sur le modèle scandinave.

Madame la Ministre, quels sont les enseignements à tirer du modèle flamand? Pouvez-vous m’en dire davantage concernant le modèle scandinave sur lequel s’appuient nos voisins? Comment expliquez-vous le manque de participation des éditeurs francophones aux grandes foires européennes? A-t-il déjà été question de développer une cellule de promotion croisée entre la Communauté française et la Communauté flamande? Enfin, y a-t-il actuellement une collaboration avec la France et les Pays-Bas afin de mieux ajuster les calendriers?

Mme Alda Greoli, vice-présidente du gouvernement et ministre de la Culture et de l’Enfance. – Les comparaisons sont parfois compliquées à réaliser tant les environnements et les réalités sont différents. Les paysages de distribution sont en effet différents en Flandre et en Communauté française. Sur les 250 librairies que vous énumérez en Flandre, 150 sont des points de vente «Standaard Boekhandel» qui est une chaîne sélectionnant ses achats en amont des points de vente et limite ainsi le choix. Ce système d’achat uniformisé déforce de facto la diversité de la création. À ce sujet, le directeur du Vlaams Fonds voor de Letteren (VFL) déclarait cette année à la Foire du livre de Bruxelles que cette situation de quasi-monopole pouvait être dangereuse pour l’économie du livre en Flandre. Parmi ces 250 librairies, 50 autres points de vente sont installés dans les grandes surfaces.

Nous ne parlons de toute évidence pas de la même chose. Nous considérons en Communauté française qu’il y a entre 60 et 80 libraires de «premier niveau», dont 50 sont labellisés. Ce sont des librairies indépendantes qui commandent en toute autonomie les livres qu’elles décident de vendre. Pour être labellisée, une libraire doit remplir un certain nombre de critères liés aux collections, au ratio de nouveautés, à un quota d’auteurs belges, à la formation de ces libraires, etc.

En comparant ce qui se fait en Communauté française avec ce qui est mis en place en Flandre, je remarque deux grandes différences. D’une part, en Communauté française, les compétences culturelles et économiques ne dépendent pas du même gouvernement. Mon administration et le Conseil du livre élaborent actuellement un contrat de filière pour le livre qui pointe les responsabilités de chaque niveau de pouvoir – à savoir fédéral, régional et communautaire – dans l’espoir d’une action et d’engagements concertés en faveur du livre. D’autre part, les budgets alloués au soutien de la création sont très différents. En 2017, le soutien direct aux auteurs flamands tous genres confondus via des bourses accordées par le VFL s’élevait à 1 046 542 euros, tandis que pour la même période, la Communauté française a octroyé un soutien à 60 créateurs, tous genres confondus, pour un montant de 315 350 euros.

La participation des auteurs et des éditeurs belges francophones aux grandes foires européennes est loin d’être inexistante. Je vous informe que cette question relève également de la compétence du ministre-président qui a la tutelle sur Wallonie-Bruxelles International (WBI) et qui, dès lors, a la responsabilité des subventions relatives à la diffusion hors des frontières.

Toutefois, nos éditeurs participent régulièrement à différents salons, soit via un stand collectif géré par WBI ou la Communauté française, soit à titre individuel en sollicitant le soutien de l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (AWEX) ou de UP! Brussels.

Pour rappel, en 2017, la Belgique francophone a été l’invitée d’honneur, avec la France, de la Foire du livre de Francfort. Cette année, la Communauté française est l’invitée d’honneur du Salon du livre de Genève où une très belle délégation représentera nos lettres et une très belle exposition mettra en lumière huit éditeurs de la littérature jeunesse.

Il me semble intéressant de rester attentif à ce qui est mis en place en Flandre ainsi qu’aux talents qui y émergent. Et il est tout aussi intéressant de continuer à travailler ensemble sur des projets culturels comme tout ce que nous mettons en place avec Sven Gatz ou lorsque la Belgique sera mise à l’honneur. Il convient néanmoins de préciser que la Communauté française devrait fournir un effort considérable pour atteindre un financement équivalent à celui des néerlandophones. À titre d’exemple, la Flandre, associée aux Pays-Bas, a investi six millions d’euros pour leur participation comme invités d’honneur à la Foire du livre de Francfort en 2017. Sur ce point, il conviendrait également d’interroger WBI.

Mme Isabelle Emmery  – J’adresserai effectivement ma question au ministre-président pour ce qui concerne les foires internationales et l’aide aux auteurs. Vous avez, en outre, évoqué deux fois le contrat de filière pour une action concertée. Il s’agit d’une démarche intéressante qui concerne trois niveaux de pouvoir. Portez-vous ce dossier en conférence interministérielle (CIM) de la Culture, par exemple? Par quelle voie ce contrat de filière transitera-t-il?

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