Editions SAMSA

Editions SAMSA

J’ai interrogé en séance plénière la Ministre de la Culture concernant les Editions Samsa.

Voici notre échange:

Mme Isabelle Emmery  – Madame la Ministre, nous remettions ce midi le prix littéraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, consacré cette année à l’écriture théâtrale. C’est l’auteur Kenan Görgün qui l’a obtenu pour son œuvre intitulée «J’habite un pays fantôme». Je vous encourage d’ailleurs à découvrir cet ouvrage primé par notre Parlement.

Ce prix démontre l’importance que nous attachons au secteur de l’édition, ce qui m’amène à vous questionner à propos des différentes mésaventures que subit le milieu de l’édition. Il y a quelque temps, Luce Wilquin annonçait son retrait de la vie active et la fermeture de sa maison d’édition pour des raisons personnelles. Elle indiquait également que l’énergie à consacrer à une activité difficile à mener venait parfois à lui manquer.

Aujourd’hui, c’est l’éditeur Christian Lutz qui nous fait part de ses difficultés et qui pousse un cri d’alarme personnel. Il précise qu’à la veille de la Foire du livre de Bruxelles, un opus sortira afin de nous expliquer que si nous n’accordons pas plus d’attention aux subventions que nous octroyons au secteur de l’édition, nous risquons, à travers la fermeture de ces maisons d’édition, de couper le citoyen de la pensée.

Ces deux dossiers interviennent au même moment et amènent dès lors un questionnement général quant à ce secteur. Quel est votre ressenti quant à la fermeture de ces deux maisons d’édition? Un dialogue a-t-il été entamé concernant la fermeture de la maison d’édition SAMSA? Avez-vous envisagé des pistes de solution? Que va-t-il advenir des subventions antérieures?

Mme Alda Greoli, vice-présidente du gouvernement et ministre de la Culture et de l’Enfance. – Avant tout chose, je félicite le Parlement pour ce prix littéraire essentiel et le remercie de contribuer à la renommée du livre et des auteurs, mais aussi et surtout d’inciter nos citoyens à la lecture. Ce n’est pas un hasard si, tous ensemble, nous venons de finaliser le dossier du prix unique du livre, dossier vieux de 35 ans! Par ce geste, nous avons soutenu non seulement les auteurs et les lecteurs, mais aussi toute la chaîne du livre, au sein de laquelle les éditeurs jouent un rôle essentiel.

Aujourd’hui, la Communauté française consacre 700 000 euros au soutien des éditeurs. Dans ce cadre, nous avons négocié avec le milieu de l’édition afin d’établir une série de critères. Le secteur du livre étant soumis à la concurrence, des balises sont nécessaires afin de ne pas transformer ce budget de 700 000 euros en aide d’État. C’est pourquoi l’un des critères majeurs concerne la capacité de recettes propres au regard des subventions. Ce critère n’était pas rempli par certains éditeurs, qui ne pouvaient dès lors pas prétendre à des subventions. Un second critère crucial impose l’interdiction d’utiliser les subventions allouées par une autorité publique pour couvrir des dettes figurant au passif social.

Si la Communauté française regrette évidemment la fermeture de quelques maisons d’édition, elle peut aussi se réjouir de l’apparition, ces dernières années, de nouveaux éditeurs avec lesquels ont été signés des contrats de subvention pluriannuelle, à l’image d’ONLIT Éditions, dont la gamme de romans s’avère tout à fait intéressante. En outre, après consultation des fédérations représentatives, une subvention de 30 000 euros a été octroyée afin de renforcer prioritairement la présence de ces éditeurs à la Foire du livre. Jusqu’à présent, les conditions de la Foire privaient certains d’entre eux d’une telle vitrine. Je suis donc bel et bien attentive, tant à l’égard des éditeurs qu’à l’ensemble de la chaîne du livre. Ainsi, le cri d’alarme dont vous me faites part ne constitue qu’un cas isolé au regard de la relation de qualité que nous entretenons avec le secteur de l’édition.

(…)

Mme Isabelle Emmery  – Madame la Ministre, j’entends votre volonté de poursuivre votre soutien au secteur de l’édition. La manière dont nous avons traité le dossier du prix unique du livre en est effectivement un bel exemple. J’espère néanmoins que ce qui arrive à l’éditeur concerné n’est pas un cas isolé qui cacherait une pratique plus générale consistant à ne pas subventionner les éditions moins «populaires», donc moins génératrices de recettes propres, mais extrêmement importantes sur le plan de la «pensée» et de «l’accès à la pensée», pour reprendre les mots de M. Lutz. Il convient de rester vigilant à l’égard de cette problématique.

Les commentaires sont fermés