Film d’animation francophone

Film d’animation francophone

J’ai interrogé la Ministre de la Culture sur le développement du secteur du film d’animation francophone.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – À la suite des échanges parus dans la presse sur la mobilisation des professionnels francophones du film d’animation, je voudrais revenir avec vous sur les opportunités intéressantes à saisir pour un secteur qui me semble mériter toute notre attention.

Même si certains pensent que la situation du côté francophone est préoccupante lorsqu’on la compare au volontarisme manifestement déployé par la Flandre pour soutenir le genre de l’animation, je me réjouis de l’initiative prise pour mobiliser le secteur et tenter d’apporter des réponses concrètes, concertées et dynamiques. Nous ne partons évidemment pas de rien; nous avons développé de longue date non seulement des lignes de financement, mais aussi des talents et des professionnels dont l’expertise a été reconnue sur des projets importants.

Par ailleurs, il est vrai que, comme pour l’ensemble du secteur du cinéma, le risque lié au rapatriement de moyens vers la France met en péril le développement de coproductions. J’ai pu lire également que pour le moment, même si l’idée était séduisante, la piste du développement d’un Fonds des séries d’animation semblait ne pas être à l’ordre du jour, faute de moyens suffisants. Mais d’autres pistes sont sur la table et devraient faire l’objet d’analyses plus approfondies dans les prochaines semaines pour évaluer la possibilité de leur mise en œuvre.

Madame la Ministre, puis-je vous demander de nous donner quelques indications sur ce qui pourrait constituer, le cas échéant, les premières étapes d’un futur plan ambitieux de développement du film d’animation? Il s’agit d’un secteur que chacun s’accorde à reconnaître comme un gisement d’emplois, une pépinière de créativité et un domaine fédérateur d’un public jeune.

J’ai pu noter la méthodologie positive choisie par le Centre du cinéma et de l’audiovisuel, qui a eu le flair de réunir d’emblée autour de la même table des producteurs, des réalisateurs, des écoles, mais aussi des diffuseurs afin de les associer à la réflexion, de même que les fonds d’investissement wallon et bruxellois. Pouvez-vous nous donner à ce stade un aperçu des résultats des réunions du groupe de travail? Partagez-vous la volonté de contribuer au développement de ce secteur important?

Je tiens aussi à souligner la valeur ajoutée que peut évidemment apporter la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le soutien au développement de projets d’animation, et qui constitue un facteur clé de leur réussite et de leur futur succès international.

Alda Greoli – C’est grâce aux relations étroites entre le Centre du cinéma et de l’audiovisuel et le secteur professionnel que nous avons effectivement pu nous rendre compte des problèmes actuels du secteur de l’animation. Je tiens d’ailleurs à souligner le travail remarquable du Centre du cinéma et de l’audiovisuel.

Alors que la Belgique francophone possède une longue tradition dans ce domaine, nous avons pu remarquer qu’à l’échelon international, nos professionnels ne parviennent plus à proposer des projets d’envergure, au contraire de leurs homologues néerlandophones. Partant de ce constat, le Centre du cinéma et de l’audiovisuel a pris l’initiative de réunir, à trois reprises, un groupe de travail composé de producteurs et de représentants de studios et d’écoles, tous spécialisés dans le secteur de l’animation. Il a aussi souhaité qu’y participent les fonds régionaux que sont Screen.brussels et Wallimage, ainsi que la RTBF – également active dans ce domaine – afin que la réflexion sur le rôle des fonds publics en la matière puisse se faire en totale concertation avec l’ensemble des acteurs concernés.

Il est ressorti des discussions que le secteur le plus affecté est celui de la série d’animation. Faute de moyens pour développer des séries d’animation au sein de notre propre territoire, nos créateurs délaissent ce créneau et choisissent d’aller travailler à l’étranger, là où leurs talents sont reconnus et les financements sont plus importants.

La RTBF partage entièrement le constat du Centre du cinéma et de l’audiovisuel, raison pour laquelle elle a décidé de consacrer une petite enveloppe spécialement au développement de séries d’animation. Cette enveloppe reste toutefois limitée et doit être complétée par d’autres moyens.

Au sein de la commission de sélection des films, nous réfléchissons actuellement à une réorientation de l’enveloppe de 120 000 euros consacrée aux fictions d’animation télévisées vers un appel à projets pour le développement de séries d’animations. Il ressort des échanges avec le secteur qu’un tel appel à projets adressé aux professionnels permettrait de relancer la création, parallèlement à la nouvelle enveloppe «développement» de la RTBF, et de donner une nouvelle énergie à ce secteur en perte de vitesse.

Par la suite, nous devrons réfléchir à des moyens complémentaires pour la mise en production de ces séries. C’est probablement là que les fonds régionaux auront un rôle important à jouer. C’est uniquement en mutualisant les moyens de chacun – Centre du cinéma et de l’audiovisuel, RTBF, fonds régionaux – que nous pourrons relancer une dynamique, comme ce fut le cas avec les séries de fiction via le fonds de la Communauté française et de la RTBF.

Isabelle Emmery – Quel délai prévoyez-vous pour cet appel à projets?

Alda Greoli – Une fois qu’on se sera mis d’accord.

Isabelle Emmery – C’est donc imminent.

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