Gare routière internationale à Erasme

Gare routière internationale à Erasme

Je suis intervenue au Parlement bruxellois auprès de la ministre de la Mobilité concernant le projet de gare routière internationale à Anderlecht.

Voici ma question:

Madame la ministre,

C’est indéniable, la situation concernant les gares routières internationales de la gare du Midi et de la gare du Nord doit évoluer. Que ce soit en termes de sécurité, de mobilité, d’engorgement des rues empruntées par les bus, d’accueil ou de confort des voyageurs, la situation actuelle est inacceptable. Depuis quelques mois, il est question d’implanter en remplacement de celles-ci une nouvelle gare routière internationale, unique, sur le parking Lennik, à hauteur du site d’Erasme à Anderlecht. Ce site aurait été désigné comme concluant par une étude de Perspective.brussels.
Cette annonce a non seulement reçu un accueil négatif des autorités communales, mais également des riverains qui se sont mobilisés en déposant une pétition auprès de la commune et prévoient des actions plus conséquentes. La direction de l’hôpital Erasme s’est montrée également très inquiète face à ce projet, de même que celle de l’ULB. Le recteur s’en est d’ailleurs ouvert il y a quelques jours auprès de la Commune et a marqué sa vive opposition à ce projet.

Les raisons justifiant cette opposition ne manquent pas :

  • Le « parking Lennik » se situe au coeur d’un nouveau quartier encore en construction, en plein développement et appelé à recevoir à terme 3.000 nouveaux habitants. Petits immeubles à appartements, logements sociaux, logements étudiants, maison de repos, école maternelle et primaire, cet endroit autrefois vide devient au fil des semaines un quartier résidentiel, peuplé.
  • L’autre versant de ce parking se situe sur une portion de la route de Lennik dédiée à la médecine, à la recherche, à l’accueil des patients, etc. : campus universitaire de l’ULB, écoles supérieures, Centre IMEDIA, Jardins de la Mémoire, New Bordet, New Érasme, Érasme Medical Center, toutes ces infrastructures sont dédiées à la santé. Des projets d’envergure sont prévus pour Érasme et ses alentours afin d’en faire un pôle hospitalier majeur, un lieu de recherche médicale de pointe, accueillant les plus éminents chercheurs. C’est un projet ambitieux tant pour la commune que pour notre Région. Y implanter une gare routière en plein milieu parait une aberration totale, avec tout ce que cela impliquera comme conséquences, « chargements », « déchargements » et accueil de voyageurs, de bagages, va et vient de cars, etc.
  • Les riverains craignent en particulier des problèmes de mobilité par la circulation de bus (jusqu’à 600 mouvements de bus/jour à terme) mais aussi de sécurité et nuisances dans un quartier qui souffre déjà d’une forte pression par la présence de la zone industrielle, du site Erasme et de leur propre quartier. Sans compter les voitures qui immanquablement viendront déposer et rechercher les voyageurs et leurs bagages… Quid aussi de la circulation des ambulances et transports d’urgence qui empruntent constamment le boulevard Simonet jouxtant le parking Erasme, l’hôpital se trouvant à quelques centaines de mètres à peine ?
  • Quant aux voyageurs empruntant ces bus internationaux, ils doivent pouvoir bénéficier d’un confort minimum et rejoindre facilement la ville ou la gare la plus proche. Le site Erasme est décentré et peu accessible. La seule alternative à la route est le métro, la station « Erasme » étant déjà fortement encombrée aux heures de pointe par un flot continu d’étudiants, personnel soignant, personnel académique et administratif, patients, visiteurs, etc.
  • D’un point de vue écologique, l’emplacement prévu est implanté à proximité immédiate de trois sites « verts » dont plusieurs hectares sont classés « réserve naturelle » : la Vallée de Neerpede, le Vogelzang et le Meylemeersch. Est-ce vraiment judicieux d’y implanter une gare routière de
    cette envergure alors que les mêmes lieux ont déjà dû subir la création du dépôt en sous-sol de métros ? Les aménagements décidés par les autorités
    régionales sur le boulevard d’entrée de ville rendent encore moins acceptable aux yeux des riverains l’arrivée de centaines de bus dans le quartier.
  • La DPG précise que Le Gouvernement « entend mener une politique de mobilité durable à la hauteur des enjeux en matière de qualité de l’air, de réduction des émissions de gaz à effets de serre au vu des objectifs 2030 et 2050 et d’amélioration de la qualité de vie des Bruxellois. (…) Elle visera également à répondre aux enjeux démographiques, à désenclaver les quartiers. » L’arrivée d’une gare internationale de bus unique à Anderlecht risque non seulement d’enclaver davantage ce quartier mais également de nuire gravement à la qualité de l’air, augmentant de façon significative la production de CO2 ainsi que la production des particules fines et autres gaz toxiques tels les NOx, CO, HC, etc.
    Il me revient que la Commune d’Anderlecht vous a fait part de ses craintes, ainsi que de celles de riverains, des autorités de l’ULB et de l’hôpital Erasme. Néanmoins, conscients de l’essor du transport par bus, la commune s’est montrée disposée à soutenir la création d’une gare de bus sur son propre territoire et vous a par ailleurs proposé de réfléchir à une localisation alternative dans la zone industrielle, répondant aux besoins techniques des promoteurs de ce projet et dont une liaison pourrait aisément être créée – via un tram – vers la gare du Midi. Cette nouvelle ligne de tram est d’ailleurs déjà prévue pour desservir à terme le quartier de Biestebroeck. Elle pourrait facilement être prolongée vers la zone industrielle.
    Vous avez pris acte des éléments soulevés et il me revient que vous vous êtes engagée à les faire analyser et qu’un débat serait à nouveau ouvert en Gouvernement dans le cadre d’une éventuelle procédure de concrétisation du projet.

Madame la ministre,

  • Vos services ont-ils analysés ces divers éléments ? Quelles sont leurs conclusions ?
  • Quelle réponse pouvez-vous apporter aux riverains ?
  • Où en est aujourd’hui ce projet d’implantation de nouvelle gare routière ?
  • L’alternative proposée par la commune d’Anderlecht est-elle envisagée ?
  • Ne pensez-vous pas, comme moi, que plusieurs gares routières internationales, de tailles plus modestes et disposées à différents endroits aux portes de la Région seraient plus opportunes qu’une seule centralisant toutes les difficultés ? Celles-ci pourraient de fait accueillir plus facilement les bus provenant de régions situées au Nord de la Région bruxelloise.

Je vous remercie pour vos réponses.


Réponse de la Ministre:

La proposition d’implantation d’une gare routière à Erasme s’est faite en deux temps. D’une part sur base d’une étude globale de la circulation et du stationnement de tous les types de cars en RBC menée par Bruxelles Mobilité en 2016. D’autre part sur une étude spécifique menée par Perspective pour déterminer le site régional le plus optimal, en fonction de critères urbanistiques, d’accès en transport en commun et de maîtrise foncière.

Onze sites potentiels ont ainsi été étudiés. Le choix d’Erasme est vu comme une opportunité de créer un nouvel aménagement qui intégrerait les fonctionnalités du nouveau quartier Erasmus Garden et de l’Hôpital.

Good Move a également repris le site d’Erasme comme possible implantation d’une gare routière internationale.

Le projet de gare routière ne doit pas être réduit à un projet de construction de quais d’embarquement et débarquement. Il est question d’un projet architecturale intégré.

Le projet doit permettre d’améliorer les liaisons piétonnes entre le nouveau quartier Erasmus Garden et la station de métro ainsi qu’ouvrir un espace public de qualité sur le site du parking « Lennik » actuellement enclavé.

Malgré les études et les recommandations de Bruxelles Mobilité et Perspective, l’emplacement du projet de gare routière n’a pas encore été décidé. La décision sera prise en étroite concertation avec la commune où le projet de gare routière peut être réalisé.

L’alternative proposée par la Commune d’Anderlecht dans la zone industrielle a été étudiée dans le cadre du PAD Midi et l’étude a montré l’inadéquation de cette implantation notamment en raison de l’absence de ligne forte de transports en commun et son positionnement déjà fort avancé dans la région.

La piste d’une deuxième station de bus dans la région, est une piste qui peut être envisagée. Mais il faudra tenir compte du fait que selon les résultats des études, la dispersion de gares d’autocars ne parait pas adaptée et s’avère être un frein à leur usage. Un pôle unique permet par ailleurs de répondre, à moindre coût, à tous les besoins rencontrés par ce type de transport. Par exemple, le complexe doit proposer des services aux usagers et chauffeurs dont une salle d’attente, des guichets de vente de billet, des toilettes, de espaces de sécurisation,… . Disperser les pôles consisterait dès lors en une option plus onéreuse mais également plus consommatrice en espace public.

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