Impact du protectionnisme américain

Impact du protectionnisme américain

J’ai interrogé en commission économie la Secrétaire d’état chargée du commerce extérieur et de la lutte contre l’incendie et l’aide médicale urgente concernant l’impact des politiques protectionnistes américaines sur l’économie bruxelloise.

Voici notre échange:

Isabelle Emmery – Depuis plusieurs mois, les États-Unis appliquent des tarifs douaniers importants sur l’importation de nombreux produits, contrés par des mesures similaires de la part de leurs partenaires commerciaux. Nous avons appris dans un article de L’Echo du début de ce mois que la Banque nationale de Belgique (BNB) estimait que les mesures protectionnistes américaines, ainsi que les représailles adverses, n’avaient qu’un impact limité sur l’économie belge.

Toutefois, il ne faudrait pas que la situation actuelle se transforme en véritable guerre commerciale, qui serait hautement plus préjudiciable pour la Belgique. Je cite un extrait de l’article : « La mise à exécution des menaces pesant sur l’ensemble des exportations chinoises et sur le secteur automobile, et l’éventuelle escalade protectionniste qui s’ensuivrait, seraient autrement plus dommageables pour l’économie mondiale et donc pour la Belgique. »

L’article faisait également part des inquiétudes de la Banque nationale de Belgique (BNB) quant à la vulnérabilité de plusieurs Régions – dont Bruxelles – aux mesures de l’administration américaine, qui auraient une incidence négative sur les filières concernées comme sur les chaînes de fournisseurs.

Le gouvernement bruxellois dispose-t-il d’informations plus précises quant à l’impact potentiel sur l’économie bruxelloise d’un renforcement des mesures protectionnistes nord-américaines et asiatiques ? Quels seraient les secteurs économiques bruxellois les plus durement touchés ? Combien d’emplois cela représenterait-t-il ?

Le gouvernement bruxellois a-t-il eu accès aux simulations de la BNB ? Si oui, pouvez-vous nous en dire plus ?

Cécile Jodogne, secrétaire d’État- Je vous confirme que les mesures protectionnistes américaines ont peu d’impact sur l’économie de la Région bruxelloise.

Tout d’abord parce que le poids des États-Unis y est relativement faible en termes de commerce de biens. Les États-Unis ne représentaient que 3% des exportations de biens de la Région en 2017, bien que ces exportations soient en constante augmentation ces trois dernières années, contrairement à ce que nous constatons dans les autres Régions.

Ensuite, le secteur particulièrement visé jusqu’ici, à savoir celui des métaux, qui regroupe notamment l’acier et l’aluminium, ne représente que 5,5% des exportations bruxelloises vers ce pays. Au niveau des exportations mondiales de métaux par la Région bruxelloise, les exportations vers les États-Unis ne représentent que 3,5% de l’ensemble.

De plus, l’industrie métallurgique n’emploie « que » 237 personnes dans notre Région. L’impact potentiel de ces mesures en termes d’emploi paraît donc relativement limité.

L’industrie automobile risque également d’être affectée par de futures sanctions si le différend commercial devait s’aggraver. Les exportations bruxelloises de matériel de transport vers les États-Unis représentent 0,02% des exportations de matériel de transport depuis notre Région ; rien donc de très préoccupant à première vue. Toutefois, ce secteur occupe tout de même 34 entreprises pour 2.787 personnes employées. Dès lors, même si les exportations de véhicules vers les États-Unis sont actuellement marginales, il faut rester vigilant quant aux impacts futurs dans ce secteur. Les mesures américaines visant à réduire les importations de voitures européennes pourraient en effet avoir un effet négatif sur les ventes de véhicules électriques, que la principale usine de la Région commencera à produire dans les semaines qui viennent.

Quoi qu’il en soit, nous pouvons affirmer que, dans la configuration actuelle, la hausse des tarifs douaniers américains n’aura pas d’impact mesurable sur les exportations bruxelloises. Néanmoins, si ces politiques protectionnistes devaient s’étendre à des secteurs d’exportation plus importants, notre économie en serait sans doute plus affectée.

Les secteurs chimiques et pharmaceutiques occupent une place particulièrement importante dans nos exportations vers les États-Unis, à savoir 166 millions d’euros ou 73,45%. Les exportations de ces secteurs vers les États-Unis représentent 10,5% des exportations bruxelloises de ces secteurs. Ces secteurs représentent à Bruxelles 28 entreprises et 1.635 employés. Nous devrons donc rester attentifs aux éventuelles mesures protectionnistes que prendrait l’un de nos partenaires commerciaux.

Par ailleurs, je vous confirme que nous avons accès aux publications de la BNB mentionnées dans l’article de L’Echo. Ces informations sont libres d’accès sur le site internet de la banque. L’équipe en charge de la veille économique chez hub.brussels reste attentive à ce type de publications.

Vous avez mentionné une étude de la BNB citée dans l’article du journal L’ Écho, intitulé ‘Le nouveau protectionnisme américain et ses effets sur l’économie belge’. Celle-ci rappelle également que bien que la balance commerciale avec les États-Unis soit légèrement positive en valeur pour la Belgique, celle-ci devient légèrement négative quand elle s’exprime en valeur ajoutée, ce qui constitue une meilleure visualisation des échanges commerciaux. Contrairement à l’Allemagne, la Belgique n’est donc pas une cible pour un rééquilibrage – selon les termes de M. Trump – des échanges commerciaux pour l’administration américaine.

Cet article se veut donc rassurant quant à l’incidence des mesures américaines relatives à l’acier et l’aluminium sur l’économie belge. D’après les auteurs, la valeur ajoutée belge engagée dans les importations américaines de métaux de base, qui inclut l’acier et l’aluminium, se chiffre, par exemple, à 0,07% du produit intérieur brut (PIB) belge. Ceci confirme nos chiffres et notre analyse, qui nous poussent à rester sereins face à cette situation.

L’étude met cependant en avant un autre point d’attention, peut-être un peu moins évident : l’effet indirect qu’aurait une guerre commerciale entre la Chine et les États Unis sur l’économie belge. Cet effet potentiel proviendrait des différences fondamentales dans la contribution des intrants étrangers à la production à l’exportation de ces deux pays. Je m’explique : la Chine est généralement un maillon intermédiaire dans les chaînes mondiales de valeur. Les importations chinoises contribuent intensément à ses exportations. La Chine utilise une grande quantité de produits et de matières provenant de l’extérieur pour concevoir les produits qu’elle exporte. Ce n’est pas le cas des importations américaines, davantage destinées à la consommation et aux investissements domestiques.

Par conséquent, la Belgique est près de cinq fois plus exposée aux ventes chinoises sur le marché américain que l’inverse. Autrement dit, du fait que les produits chinois susceptibles d’être bloqués à la frontière américaine contiennent beaucoup d’importations belges, les mesures par rapport à la Chine pourraient affecter plus fortement l’économie belge que les exportations directes de la Belgique vers les États-Unis.

Il conviendra donc d’examiner avec soin l’influence d’éventuelles barrières aux exportations chinoises vers les États-Unis sur les importations chinoises de produits belges et bruxellois.

De manière plus générale, cela nous rappelle qu’il faudra rester attentif aux conséquences indirectes de la mise en place d’éventuelles nouvelles mesures protectionnistes par l’administration américaine, notamment en ce qui concerne l’inflation et la croissance du commerce mondial dans son ensemble : les impacts collatéraux d’éventuelles mesures de rétorsion, l’influence sur les taux d’intérêt, etc.

Ces conséquences indirectes ne seront d’ailleurs pas toutes nécessairement négatives pour notre commerce extérieur. Une hausse du dollar, par exemple, pourrait avoir – dans un premier temps, en tout cas – un impact positif sur la compétitivité des produits européens.

Il s’agit d’une question vaste et je pense avoir répondu précisément à celle que vous vous posiez, tout particulièrement en rapport avec le marché américain et les relations avec la Chine.

Isabelle Emmery – J’ai compris qu’à ce stade, nous ne devons pas craindre pour nos exportations vers les États-Unis, sachant que les produits touchés représentent une très faible part de nos exportations. Il en serait autrement si ce phénomène affectait notre industrie chimique et pharmaceutique.

Quant aux véhicules électriques, ils pourraient faire l’objet d’un débouché aux États-Unis.

Qu’exporte-t-on comme produits ou comme matières premières vers la Chine, qui pourraient être menacés ?

Cécile Jodogne – Je ne dispose pas d’une liste de ces produits, mais nous exportons énormément de matériel optique, par exemple.

Isabelle Emmery – Il s’agit de voir quel type d’entreprises et d’emplois pourraient être affectés.

Cécile Jodogne – C’est très varié. Il s’agit de produits entrant dans la composition de matériel technique, d’électroménager, etc., dont les Chinois sont de gros exportateurs.

 

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