La santé bucco-dentaire

La santé bucco-dentaire

J’ai interpellé un membre du Collège réuni, compétent pour la Politique de la Santé sur les effets à Bruxelles de la réforme fédérale des réseaux hospitaliers sur la santé bucco-dentaire.

Voici notre échange:

Mme Isabelle Emmery – Le mois dernier, une députée N-VA déplorait le trop faible pourcentage d’enfants effectuant une visite annuelle chez le dentiste, alors que les soins dentaires sont gratuits jusqu’à leur dix-huitième anniversaire. Elle pointait surtout du doigt les Wallons et les Bruxellois et plaidait pour une défédéralisation des soins de santé. D’après ses chiffres, seuls 11% des enfants à Bruxelles, 16% en Wallonie et 25% en Flandre font examiner leurs dents annuellement.

Selon la Société de médecine dentaire – l’association dentaire belge francophone -, les données officielles issues de l’Agence intermutualiste (AIM) montrent que ces pourcentages sont bien plus élevés. Selon les chiffres les plus récents de l’AIM, qui remontent à 2016 et sont publiés sur son site internet, on parle, pour les enfants de 5 à 14 ans ayant eu au moins deux contacts avec le dentiste sur une période de trois années civiles consécutives, de 70% des enfants en Région flamande, 62% en Région wallonne et 58% en Région bruxelloise. Ces dernières années, on constate aussi une nette évolution à la hausse dans les trois Régions.

Il n’apparaît également dans aucun chiffre de l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami) que les dépenses en santé dentaire seraient plus importantes dans la partie francophone du pays. Le cabinet de la ministre fédérale de la Santé a assuré qu’en moyenne, plus de 60% des enfants âgés de 5 à 17 ans se rendent chez un dentiste chaque année.

Les chiffres cités par la députée N-VA ne concerneraient donc que les jeunes s’étant présentés une fois par an durant cinq années consécutives chez un dentiste, tandis que ceux ayant sauté une consultation annuelle ne seraient pas comptabilisés.

Avez-vous connaissance de cette nouvelle polémique visant à décerner un bien sombre bulletin à notre Région en matière de santé ? Pourriez-vous nous faire part de votre position sur la question ainsi que des mesures spécifiques mises en place avec les professionnels de la santé en la matière ?

De manière plus large, j’aimerais vous interroger sur la prévention en matière de santé bucco-dentaire. Cette dernière constitue un marqueur important de la santé, régulièrement cité comme un révélateur du niveau social, alors qu’elle est souvent négligée et que les soins sont souvent reportés vu leur coût élevé. Or, en cette matière comme dans d’autres, une visite régulière permet d’éviter des problèmes plus graves pour la santé générale du patient.

Pourriez-vous nous éclairer sur les mesures concernant ce problème de santé et sur les moyens mis en œuvre ? La question de l’accessibilité des soins de santé est un élément important pour notre groupe mais aussi, nous en sommes sûrs, pour le Collège de la Commission communautaire commune (Cocom). Quelles sont donc les actions mises en œuvre en faveur de l’accessibilité des soins de santé et, plus particulièrement, des soins dentaires ?

Ce problème est-il intégré comme tel dans le Plan de santé bruxellois ?

M. Didier Gosuin, membre du Collège réuni.- Les chiffres cités par la députée Van Camp (N-VA) sont à la fois contestés par la Société de médecine dentaire et par le cabinet de la ministre De Block, et contredits par les chiffres de l’Agence intermutualiste (AIM) datant de 2016.

Selon l’AIM, 47,7% des Bruxellois se sont rendus chez le dentiste sur une base annuelle au moins deux fois lors des trois années écoulées. Cette proportion monte même à 58,5% chez les 5-14 ans. Cette catégorie, précisément mise en exergue par la députée sur la base de chiffres erronés, est pourtant la mieux couverte. Nous sommes donc bien loin des 11% avancés.

Toutefois, si l’on tient compte du fait que, depuis 2009, les soins dentaires sont gratuits pour les moins de 18 ans, on est en droit d’attendre de meilleurs résultats.

Vous l’aurez donc compris, cette polémique semble davantage répondre à des enjeux électoralistes qu’à un problème de santé publique. Le fond du message vise une communautarisation des soins de santé plutôt qu’un panorama fiable de la santé bucco-dentaire.

En ce qui concerne la prévention, il est avant tout important de signaler que la prévention dans ce domaine doit commencer à un stade précoce afin d’éviter les détériorations futures. L’éducation sanitaire des enfants et des parents est donc essentielle dès la petite enfance et, par la suite, dans le milieu scolaire. Cette éducation sanitaire relève de la compétence de l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) et de Kind en Gezin, qui utilisent plusieurs dispositifs et forment les personnes en contact avec les enfants afin de les sensibiliser.

Ces organismes sont également compétents pour la promotion de la santé à l’école, et l’on sait que le milieu scolaire joue un rôle important dans la prise de bonnes habitudes, telles que le fait de se brosser correctement et quotidiennement les dents.

La situation des adultes, qui dépend largement du pouvoir fédéral, est liée aux remboursements dentaires décidés par l’Institut national d’assurance maladie-invalidité (Inami). Bien que cette situation ait connu une évolution favorable ces dernières années, des efforts restent nécessaires pour garantir une meilleure accessibilité aux groupes les plus vulnérables.

Le groupe de travail interministériel consacré à la prévention, qui s’inscrit dans le cadre de la conférence interministérielle (CIM) de la santé publique à laquelle nous participons, a également mis sur pied un groupe de travail technique chargé de la santé dentaire. Ce groupe examine des propositions pour améliorer l’accès aux soins bucco-dentaires préventifs, afin de les optimiser en mettant l’accent sur les personnes appartenant à une catégorie socio-économique défavorisée. Il s’agit là d’un enjeu car, toujours selon les derniers chiffres de l’AIM, seuls 24% des Bruxellois recourent à des soins dentaires préventifs.

En ce qui concerne le Plan de santé bruxellois, nous n’avons que peu de leviers directs de compétence en matière de santé bucco-dentaire. Néanmoins, le plan de santé reprend différents objectifs transversaux qui peuvent jouer un rôle dans son amélioration. Il en va ainsi de la volonté d’améliorer l’information des patients, pour laquelle l’exemple de la gratuité des soins dentaires pour mineurs est explicitement repris. En effet, comme le montrent les chiffres, cette gratuité est encore trop méconnue. Des différences sont effectivement observées dans la régularité des visites chez le dentiste pour les enfants en fonction du statut économique, alors que ces visites sont précisément gratuites. Les dispositifs visant à renforcer l’éducation thérapeutique des patients et leur rôle dans la prise en main de leur propre santé vont également dans ce sens.

Enfin, pour ce qui concerne les personnes âgées qui nous touchent peut-être plus directement, il y a une volonté d’affirmer le maintien à domicile tant que celui-ci est possible, et d’organiser des soins de proximité. Nous savons que l’hygiène dentaire est un enjeu pour les personnes âgées. Dès lors, il faut pouvoir faciliter les visites de dentistes ou les possibilités de dépistage.

Dans le cadre des maisons de repos et de soins qui relèvent de notre compétence, mon cabinet a travaillé avec des dentistes en vue de former et de sensibiliser le personnel de ces institutions à l’hygiène dentaire. Il a également participé à un groupe de réflexion sur la problématique de la dénutrition des personnes âgées, laquelle peut directement influencer la santé bucco-dentaire.

Parmi les pistes de réflexion, on envisage la possibilité de modifier les normes d’agrément des maisons de repos et de soins afin de constituer, pour chaque personne âgée, un dossier médical qui mentionnerait notamment les informations relatives au contrôle régulier de l’hygiène bucco-dentaire, prothèses dentaires incluses.

Mme Isabelle Emmery – Je vous remercie de nous avoir informés de ce que nous pouvons réaliser dans notre Région. Pour le reste, le but de ma question était aussi de rectifier des déclarations intempestives et erronées et d’enregistrer cette rectification dans les annales.

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